Suxxessfx.com commence à causer des préjudices chez des épargnants français. Nous avons examiné son fonctionnement.

Vous êtes victime de cette arnaque ? Obtenez justice !

Suxxessfx.com existe depuis un certain temps, mais la prudence reste de mise

Une recherche Whois sur suxxessfx.com indique que le domaine a été créé il y a 846 jours. Une ancienneté plus importante peut rassurer, car elle suggère une certaine stabilité. Mais ce signal, à lui seul, ne suffit pas. Une URL ancienne peut tout à fait cacher une escroquerie, notamment pour plusieurs raisons :

  • Certaines fraudes mettent longtemps avant d’être identifiées, signalées puis stoppées. C’est fréquent avec les systèmes pyramidaux, où les premiers entrants peuvent effectivement percevoir des gains. Des cas célèbres comme OneCoin ou Omegapro ont prospéré durant des années avant d’être publiquement dénoncés.
  • Certains fraudeurs rachètent des noms de domaine anciens abandonnés afin de profiter de leur ancienneté et donc de leur crédibilité. Une arnaque récente peut ainsi paraître active depuis des années. C’est une méthode plus élaborée pour tromper épargnants et consommateurs.

Les escrocs travaillent avec de vraies stratégies. On observe d’un côté ceux qui enchaînent des fraudes « rapides », vite repérées, et de l’autre ceux qui construisent une escroquerie sur la durée. Pour cette seconde catégorie, l’ancienneté Whois ne permet pas à elle seule de trancher. Il arrive même que certains remboursent ponctuellement des clients afin de conserver une apparence de légitimité et continuer à piéger d’autres victimes. Ce sont souvent les montages les plus sophistiqués qui causent les dommages les plus importants.

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Pourquoi les traders particuliers perdent-ils leur argent 9 fois sur 10 ?

Depuis une quinzaine d’années, le trading sur les marchés financiers sert régulièrement de prétexte à des arnaques visant les investisseurs particuliers à qui l’on promet de devenir trader. 7 milliards d’euros auraient ainsi été soutirés à des épargnants français, probablement davantage. Le schéma est récurrent : l’escroc recrute un particulier, l’incite à prendre des positions très risquées, avec une forte probabilité de perte. Et, selon des scénarios variables, ces « traders » finissent presque toujours par perdre leur capital, quelle que soit leur formation.

Ces plateformes se multiplient parce que chaque intermédiaire peut potentiellement récupérer l’argent perdu par le client. C’est particulièrement visible avec le Forex et les CFD (voir notre lexique pour la définition). Le Forex concerne les taux de change. Les CFD permettent de parier sur l’évolution d’un actif, y compris des actions. Cela vaut aussi pour les options ou les contrats à terme, encore plus techniques.

Sur le Forex et les CFD, la plateforme n’est pas une bourse centralisée comme le marché actions. C’est plutôt un système d’appariement interne et d’intermédiation. Pour chaque ordre, il faut une contrepartie : le particulier ne détient pas une action, il s’engage sur un prix à payer (ou à recevoir) selon l’évolution future.

Trading, casino, forex, jeux d’argent, CFD, options… quelle différence ?

On se rapproche donc d’un marché de paris plus que d’un lieu d’échange de titres. La plateforme peut faire correspondre votre position avec celle d’un autre client qui parie dans l’autre sens. Elle peut aussi chercher une contrepartie ailleurs sur les marchés mondiaux. Ou encore, elle peut elle-même se placer en face de son client en prenant la position inverse.

Mais la plateforme dispose d’un avantage décisif : elle sait qu’un particulier est généralement un mauvais trader. Les particuliers perdent 9 fois sur 10, comme le montre une étude de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF). Elle peut aussi analyser le carnet d’ordres de ses clients et comparer leurs comportements au marché.

Quand un client accumule les pertes, la plateforme peut juger plus rentable de prendre elle-même la contrepartie des ordres plutôt que de couvrir le risque ailleurs. Elle récupère alors directement les pertes du client, à la place d’un intervenant de marché.

Au final, ce mécanisme ressemble fortement à celui d’un casino. Les ressorts psychologiques sont proches. De nombreux vendeurs de formations l’ont compris et affirment qu’une formation permettrait de rendre cette activité rentable.

Que vaut une formation à l’analyse technique et à la stratégie ?

Même formé, un particulier perdra dans la grande majorité des cas. Les professionnels le savent, et beaucoup de particuliers l’ont appris à leurs dépens. Pourtant, des formations promettent de vous transformer en trader, en vous initiant à l’analyse technique, parfois sans aucun prérequis. Elles sont souvent très chères, et il est généralement plus pertinent d’utiliser ces sommes pour investir prudemment ou consulter des conseillers financiers.

Souvent, ces « formateurs » ne vivent pas du trading, mais de la vente de formations. C’est un signal évident : si une méthode permettait vraiment d’éviter le risque et de gagner durablement, pourquoi la vendre plutôt que l’exploiter ? Le danger s’accroît encore avec l’effet de levier, qui peut entraîner des pertes massives.

L’effet de levier consiste à miser plus que ce que l’on possède. En cas de gain, on encaisse. En cas de perte, il faut couvrir la différence. C’est pourquoi le trading ne doit jamais être présenté comme un investissement prudent. Il s’agit au contraire d’une activité exposée à un risque de perte en capital très élevé, bien différent d’un investissement classique en actions.

Des passerelles entre trading et criminalité organisée

Les plateformes peuvent être régulées ou non régulées. Lorsqu’elles sont basées légalement dans l’Union européenne et disposent du « passeport financier européen », elles peuvent proposer leurs services dans les autres pays membres, dont la France.

Mais certains États, par un nivellement laxiste par le bas, attirent des acteurs douteux en réduisant les contrôles. Des sociétés s’y installent ensuite pour viser des victimes situées dans d’autres pays européens, notamment en France.

La connexion israélo-chypriote

Le cas le plus connu est Chypre, située à environ 300 km des côtes israéliennes. Les sociétés enregistrées à Chypre figurent parmi les plus citées dans les plaintes adressées à l’AMF. Les acteurs non régulés n’ont pas le droit de démarcher, mais le font quand même. Les régulés peuvent ressembler à des « arnaques légales ». Les non régulés sont illégaux et relèvent très souvent de l’escroquerie. Un professionnel n’utilise jamais une plateforme non régulée.

Pour mesurer l’ampleur des fraudes liées au trading visant les particuliers, nous recommandons cette enquête du Times of Israël. Elle décrit en détail pourquoi le trading « grand public » s’apparente à une forme de casino. Cet article et d’autres éléments mettent aussi en avant certains liens entre l’industrie du trading, celle des jeux d’argent et des réseaux de criminalité organisée.

Pourquoi proposer ses services depuis les Seychelles ?

suxxessfx.com serait rattaché à une société installée aux Seychelles. Au-delà de leurs plages, les Seychelles sont aussi connues pour être un paradis fiscal notoire, un angle mort de la finance : les règles locales peuvent faciliter la dissimulation de l’identité des véritables bénéficiaires. Pourquoi faire ? Pour contourner l’impôt et, plus largement, échapper à des réglementations bien plus strictes dans d’autres pays. Dans le cadre d’une escroquerie, ce type d’implantation aide à agir à distance en se cachant derrière l’opacité.

D’une part, une société basée aux Seychelles n’est pas autorisée à proposer des services financiers dans l’Union européenne sans cadre adéquat. D’autre part, si vous devenez client de suxxessfx.com, il est évident que vous n’irez pas y chercher réparation sur place : les recours seront difficiles, et l’identité des propriétaires réels restera très probablement hors de portée. C’est l’un des intérêts des paradis fiscaux : une protection réglementaire pour les fraudeurs.

Les mentions légales de suxxessfx.com sont-elles suffisantes ?

Pour rassurer les épargnants, suxxessfx.com affiche des mentions légales sur son site. Mais encore faut-il qu’elles soient complètes et exploitables. Ici, suxxessfx.com semble les avoir publiées surtout « pour la forme ». Or, ces mentions ne constituent jamais une garantie à elles seules, et les internautes ne devraient pas se laisser convaincre par une présentation superficielle.

Selon la loi de 2004 pour la confiance dans l’économie numérique« tous les sites internet professionnels doivent afficher des mentions obligatoires pour l’information du public », c’est-à-dire :

Le non-respect de cette obligation d’information est sévèrement sanctionné : 1 an d’emprisonnement et 75 000 € d’amende. Au regard de la nature des services annoncés par suxxessfx.com, une absence ou une insuffisance de mentions peut être un signal particulièrement inquiétant.

Suxxessfx.com figure déjà sur liste noire

Après vérification, nous sommes face à une entité illégale, puisqu’elle apparaît sur la liste noire de l’Autorité des Marchés Financiers. Cette information est essentielle et doit vous pousser à une extrême prudence vis-à-vis de suxxessfx.com et de toute personne se présentant comme son représentant. Les explications ou justifications avancées par un interlocuteur ne doivent pas suffire à vous rassurer.

Ces listes noires constituent en partie un constat de difficulté pour les autorités, qui peinent à enrayer la multiplication des arnaques en ligne. Elles recourent alors à cette forme de « shaming » public pour alerter les épargnants.

Selon nous, suxxessfx.com correspond bien à une arnaque

Pour nous, il n’y a pas d’ambiguïté : suxxessfx.com doit être considéré comme une arnaque.

Les victimes peinent souvent à croire que des individus puissent mobiliser autant de moyens, de temps et d’ingéniosité pour dépouiller des particuliers. Pourtant, c’est une réalité : ce type d’URL peut servir à soutirer de l’argent à des épargnants, au profit de réseaux et de complices. L’arnaque 2.0 est devenue une industrie.


AVERTISSEMENT

Une ou plusieurs images contenues dans cet article sont des captures d’écran de sites internet que nous avons modifiées à l’aide de l’intelligence artificielles. Cette pratique vise à éviter des plaintes adressées à Google pour demander un déréférencement de cet article sur le motif de la violation de droit de propriété sur les images. Nous utilisons ces captures d’écran au titre du droit de citer et d’illustrer nos articles, conformément à ce que reconnait le droit de la presse pour les journalistes. Mais cette pratique fait régulièrement l’objet de plaintes auprès de Google qui, malheureusement, traite ces plaintes de façon automatisée et fait presque systématiquement droit à ces demandes de censure sans exiger l’intervention d’un juge. C’est une forme d’impérialisme juridique américain et de censure de la liberté de la presse qui nous a poussé à pratiquer la modification des captures d’écran avant publication. Nous conservons les originaux pour preuve de notre bonne foi et nous.

Philippe Miller

Journaliste professionnel, télé et web, carte de presse n°115527, depuis 2010, spécialiste des arnaques financières, des paradis fiscaux et des mafias.

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