Le site de mode Pretty Little Thing sanctionné par la DGCCRF pour pratiques commerciales trompeuses portant sur les promotions.

Une enquête ciblée sur les promotions

La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a publié le 23 septembre 2025 un communiqué officiel dévoilant les conclusions d’une enquête menée entre novembre 2022 et mai 2023. Cette enquête visait le site de prêt-à-porter en ligne PrettyLittleThing.fr, filiale du groupe britannique Boohoo, pour d’éventuelles pratiques commerciales trompeuses liées aux réductions de prix affichées sur le site.

Les enquêteurs du Service national des enquêtes (SNE) de la DGCCRF ont relevé et analysé les prix de vente, les prix barrés, ainsi que les pourcentages de réduction appliqués sur plusieurs centaines de produits.

Des réductions illusoires selon la DGCCRF

Le rapport de la DGCCRF met en lumière plusieurs manquements systématiques à la réglementation applicable aux annonces promotionnelles.

  • Dans 55 % des cas analysés, l’annonce de réduction ne correspondait à aucune baisse réelle de prix : le prix barré n’était pas justifié par une pratique antérieure concrète.
  • Dans 30 % des cas, la baisse était inférieure à celle annoncée, ce qui constituait une forme de présentation trompeuse.
  • Et dans environ 5 % des situations, il s’agissait en réalité d’une augmentation déguisée en promotion.

Selon la réglementation française, l’annonce d’une réduction doit reposer sur un prix de référence correspondant au prix le plus bas pratiqué au cours des 30 jours précédant la promotion. Or, dans plusieurs cas, Pretty Little Thing n’aurait pas tenu compte de promotions antérieures, ou avait majoré certains prix immédiatement avant d’y appliquer une “remise”.

Communiqué de presse de la DGCCRF.

Communiqué de presse de la DGCCRF.

La sanction : transaction pénale acceptée

Pour sanctionner ces pratiques, la DGCCRF a proposé à Pretty Little Thing une transaction pénale, avec l’accord de la procureure de la République de Paris. L’entreprise a accepté l’offre.

L’amende fixée s’élève à 1,3 million d’euros. Le communiqué du ministère de l’Économie indique que la DGCCRF maintiendra sa vigilance sur ce type de pratiques dans le secteur.

De plus, le communiqué invite les consommateurs à se méfier des offres promotionnelles trop attrayantes, susceptibles de constituer des pièges publicitaires.

Contexte : la fast-fashion sous surveillance

La sanction contre Pretty Little Thing intervient dans un contexte de plus grande pression réglementaire sur la fast fashion et les pratiques de commerce en ligne. Plus tôt en 2025, c’est le géant Shein qui avait été condamné en France à une amende record de 40 millions d’euros pour des pratiques similaires — affichage trompeur des réductions, majoration des prix avant application des remises, et manquements aux allégations environnementales.

Ces décisions marquent le renforcement du rôle de la DGCCRF dans la protection des consommateurs face aux stratégies marketing agressives du commerce en ligne.

Impacts et enseignements pour les consommateurs

Sur le plan juridique, cette affaire rappelle que les réglementations entourant les promotions ne sont pas purement formelles : elles imposent une transparence réelle et non biaisée sur les réductions affichées.

Pour les consommateurs, cela signifie qu’il faut rester vigilants face aux “prix barrés” et aux remises instantanées. Il est préférable de consulter l’historique des prix (via des outils de suivi ou des sites comparateurs), ou d’attendre des moments de promotions clairement défendues (soldes réglementaires, etc.).

Du côté des plateformes de mode, la leçon est limpide : respecter scrupuleusement la réglementation sur les annonces de réduction est désormais une exigence incontestable — faute de quoi le risque de sanction est réel.

En somme, la sanction infligée à Pretty Little Thing constitue un autre signal fort adressé aux acteurs de l’e-commerce : les consommateurs ne sont pas au-delà de la loi, et les pratiques marketing trompeuses peuvent désormais coûter cher.

Pretty Little Thing, une enseigne britannique de prêt-à-porter fondée en 2012

Pretty Little Thing est une enseigne britannique de prêt-à-porter féminin en ligne, fondée en 2012 à Manchester par Umar et Adam Kamani, fils du fondateur du groupe Boohoo. La marque s’adresse principalement à une clientèle jeune et connectée, séduite par des vêtements tendance à prix très bas. Son positionnement repose sur la « fast fashion » : des collections renouvelées en permanence, inspirées des réseaux sociaux et des célébrités, afin de coller aux modes éphémères.

Le site propose une vaste gamme de produits : robes, ensembles de soirée, vêtements de sport, chaussures, accessoires et cosmétiques. Il s’est imposé rapidement en Europe, aux États-Unis et au Moyen-Orient grâce à une communication agressive, souvent relayée par des influenceuses et des stars de la téléréalité. L’univers de la marque joue sur l’image du glamour, de la fête et du style urbain.

Cependant, Pretty Little Thing est régulièrement critiqué pour ses conditions de production jugées peu transparentes, sa faible attention aux enjeux environnementaux et ses méthodes marketing agressives. Filiale de Boohoo Group Plc, elle fait partie des acteurs majeurs du commerce en ligne de mode low cost. Son modèle, basé sur la rapidité et le volume, l’expose aujourd’hui à une surveillance accrue des autorités de régulation.

La répression des fraudes veille au grain

La répression des fraudes, plus exactement la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes), est un service du ministère de l’Économie et des Finances. Sa mission principale est de protéger les consommateurs et d’assurer une concurrence loyale entre les entreprises.

Concrètement, la DGCCRF contrôle les produits et services disponibles sur le marché afin de vérifier qu’ils respectent la loi. Cela concerne autant la sécurité alimentaire (contrôle des restaurants, supermarchés, étiquetages) que les pratiques commerciales (publicités, promotions, contrats, ventes en ligne). Elle lutte aussi contre les fraudes économiques et les ententes anticoncurrentielles.

Ses agents, appelés « enquêteurs », peuvent effectuer des contrôles sur place, collecter des preuves et sanctionner les entreprises qui ne respectent pas la réglementation. Les sanctions varient : avertissements, amendes administratives, saisies, voire transmission des dossiers à la justice.

La DGCCRF agit également sur le plan préventif, en informant les consommateurs et en publiant des mises en garde contre les arnaques. Elle collabore avec d’autres autorités françaises et européennes pour surveiller les pratiques commerciales, en particulier dans le commerce en ligne, domaine où les tromperies sont fréquentes.

Philippe Miller

Journaliste professionnel, télé et web, carte de presse n°115527, depuis 2010, spécialiste des arnaques financières, des paradis fiscaux et des mafias.

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