Condamné à de la prison ferme pour une escroquerie estimée à deux millions d’euros, Grégory Najman reste également mis en examen dans une affaire de meurtre. Enquête sur un système frauduleux mêlant trading fictif, mondanités parisiennes et disparition d’un associé.
Un trader imaginaire dans le décor feutré du Marais
Pendant plusieurs années, Grégory Najman a évolué dans un décor soigneusement choisi : celui du Marais, de ses bars branchés, de ses commerçants et de ses soirées mondaines. C’est là, dans le IIIe arrondissement de Paris, qu’il se présentait comme trader indépendant, travaillant depuis la France pour la filiale londonienne du courtier américain R.J. O’Brien. Costume décontracté, discours technique maîtrisé, cartes de visite rassurantes : tout concourait à donner l’image d’un professionnel aguerri de la finance.
À ses côtés, son épouse de l’époque, Caroline Najman, créatrice de bijoux reconnue, jouait sans le vouloir un rôle central. Sa notoriété dans le milieu de la mode, son réseau et son entregent ont servi de caisse de résonance aux promesses de Grégory Najman. Les victimes, pour la plupart issues du secteur de la mode ou de cercles artistiques parisiens, pensaient confier leur argent à un proche, presque à un ami, rencontré lors d’un dîner ou d’un verre partagé en terrasse.
Or, derrière cette façade, aucun agrément, aucune autorisation légale pour exercer une activité de trading. Les sociétés utilisées pour recevoir les fonds des clients, souvent immatriculées à l’étranger ou maquillées sous des noms évoquant de grands courtiers américains, relevaient en réalité d’activités sans rapport avec la finance. Le vernis s’est fissuré lorsque plusieurs investisseurs ont demandé à récupérer leurs mises.
Deux millions d’euros envolés et une trentaine de victimes
L’enquête judiciaire a permis d’établir l’ampleur du préjudice : environ deux millions d’euros, pour une trentaine de victimes identifiées à ce stade. Le mécanisme mis en place par Grégory Najman s’apparentait à une pyramide de Ponzi classique. Les fonds versés par les nouveaux investisseurs servaient à payer les intérêts promis aux précédents, maintenant artificiellement l’illusion de performances financières solides.
Pour renforcer cette illusion, Najman n’hésitait pas à mettre en scène son activité. Il recevait ses clients dans son appartement parisien ou dans des bureaux du Marais, parfois loués temporairement sur Airbnb, qu’il avait transformés en fausses salles de marché. Écrans multiples, graphiques boursiers, jargon financier : tout était fait pour impressionner et rassurer.
Selon plusieurs témoignages, l’argent des victimes transitait par des comptes bancaires ouverts au nom de sociétés fictives ou de membres de sa famille, notamment sa sœur et son neveu. Ces derniers ont toutefois été relaxés par le tribunal correctionnel de Paris, faute d’éléments suffisants établissant leur participation consciente au système frauduleux.
Le 27 novembre 2025, le tribunal a condamné Grégory Najman à trois ans de prison, dont dix-huit mois ferme, assortis d’un sursis probatoire. Il devra également indemniser ses victimes, même si beaucoup redoutent de ne jamais revoir leur argent, les comptes de l’escroc étant aujourd’hui vides.
Trade Nation, commissions et faux courriels
Au fil de l’instruction, un autre pan de l’affaire est apparu : le recours par Grégory Najman à des plateformes de trading en ligne, notamment le site Trade Nation. Des échanges de courriels ont mis en évidence son rôle d’apporteur d’affaires pour ce courtier international, avec à la clé des commissions versées pour chaque client amené sur la plateforme.
Plusieurs factures, émises par Najman et réglées par un employé de Trade Nation, Derek Lawless, via une société française, ont pu être consultées. Elles attestent de flux financiers, certes modestes en apparence, mais révélateurs d’un système plus large. Certaines victimes affirment avoir confié plusieurs milliers d’euros à Najman pour des opérations prétendument réalisées sur Trade Nation, sommes rapidement perdues sur des produits dérivés à haut risque.
Selon ces témoignages, Najman allait jusqu’à fabriquer de faux courriels émanant de Trade Nation afin de rassurer ses clients sur la réalité de leurs investissements. Il lui serait également arrivé de donner des cours de trading sous pseudonyme, renforçant encore son image d’expert.
Ce schéma illustre une réalité bien connue des autorités financières : le trading en ligne, notamment sur produits dérivés, constitue un terrain privilégié pour les escroqueries. Les courtiers eux-mêmes reconnaissent que plus de 80 % des clients particuliers y perdent leur mise, un modèle économique qui repose sur la multiplication des pertes individuelles.
L’ombre d’un meurtre et un associé démembré
Mais l’affaire Najman ne se limite pas à une escroquerie financière. En parallèle de cette première condamnation, Grégory Najman reste mis en examen dans une affaire criminelle d’une gravité exceptionnelle. En mai 2024, le corps de son ancien associé, disparu depuis le printemps 2023, a été découvert démembré dans une forêt de l’Ain.
Les deux hommes avaient fondé ensemble une société de trading. Leur relation se serait dégradée peu avant la disparition de l’associé, sur fond de soupçons et de tensions financières. Le véhicule de la victime a été retrouvé plusieurs mois plus tard à Nice, muni de fausses plaques d’immatriculation. Son conducteur a expliqué aux enquêteurs que la voiture lui avait été remise par un certain « Greg » en règlement d’une dette.
Placée en garde à vue, Grégory Najman a nié toute implication dans ce meurtre. Toutefois, les enquêteurs ont relevé de nombreux éléments troublants : déplacements suspects, contradictions dans ses déclarations, liens financiers persistants entre les deux hommes. L’instruction est toujours en cours, et Najman demeure présumé innocent dans ce dossier tant qu’aucune décision définitive n’a été rendue.
Un premier épilogue judiciaire, et de nombreuses zones d’ombre
La condamnation de Grégory Najman pour escroquerie constitue un premier épilogue judiciaire, mais elle est loin de clore le dossier. Pour les victimes, le sentiment d’injustice demeure profond. Beaucoup ont perdu non seulement leurs économies, mais aussi des proches, leur logement ou leur équilibre familial. La relaxe des membres de la famille Najman a été vécue comme une seconde peine par certains plaignants.
Au-delà du cas individuel, cette affaire met en lumière les failles persistantes de la régulation financière et la facilité avec laquelle des individus charismatiques peuvent exploiter la confiance de cercles sociaux fermés. Elle interroge également la porosité entre le monde du trading en ligne, les jeux d’argent et les systèmes de rémunération par commissions, qui incitent à la prise de risques inconsidérés.
Dans l’attente de nouveaux développements judiciaires, notamment sur le volet criminel, Grégory Najman incarne désormais l’un des visages les plus sombres des dérives du faux trading à la parisienne. Une histoire où le vernis de la réussite sociale a masqué, trop longtemps, une fuite en avant aux conséquences dramatiques.
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Dans l’attente de décisions définitive, tout mis en cause doit être présumé innocent.


