La Commission des sanctions de l’AMF sanctionne un conseiller en investissements financiers et ses dirigeants pour des manquements à leurs obligations professionnelles.
450 000 euros de sanction au total
Dans sa décision du 1er avril 2026, la Commission des sanctions a prononcé à l’égard de la société Kerdiz Finance et Conseil une sanction pécuniaire de 300 000 euros et à l’égard de chacun de ses dirigeants à l’époque des faits, MM. Anthony Finck et Marc Peuvrier, une sanction pécuniaire de 75 000 euros.

Profil Linkedin public de Marc Peuvrier.
Ces sanctions sont assorties d’une interdiction temporaire d’exercer l’activité de conseiller en investissements financiers pendant une durée de 5 ans.

Profil Linkedin public d’Anthony Finck.
Cette décision peut faire l’objet d’un recours.
L’influence du Suisse Domenico Albertalli?
Au moment des faits, Kerdiz comptait aussi comme président de son conseil d’administration un certain Domenico Albertalli. Le nom de ce ressortissant suisse ressort dans les statuts d’une entreprise enregistrée au Liechtenstein ou encore dans l’entreprise Four Gates France Courtage.

Photo publique de Domenico Albertalli.
D’après cet article paru en juin 1993, Domenico Albertalli a participé à la promotion de placements immobiliers en Autriche, notamment auprès de profils fragilisés comme les chômeurs ou les petits épargnants. Le discours reposait sur la promesse de rendements élevés, atteignant jusqu’à 14,5 %, présentés comme sûrs et accessibles. C’est ce que l’on a appelé en suiss l’affaire Star Service International.

Extrait d’un article de la presse suisse.
Les méthodes employées s’apparentaient à des techniques de vente sous pression, avec des réunions longues et intensives, visant à convaincre les participants de s’engager rapidement. Certains témoignages évoquent un fonctionnement proche d’un système pyramidal, où le recrutement de nouveaux vendeurs constitue un levier central.
Anthony Finck et Marc Peuvrier sanctionnés
La société Kerdiz Finance et Conseil, conseiller en investissements financiers, et ses dirigeants, Anthony Finck et Marc Peuvrier, étaient poursuivis pour des manquements à leurs obligations professionnelles commis entre 2020 et 2023.
La Commission des sanctions a retenu que Kerdiz Finance et Conseil avait manqué à ses obligations professionnelles en s’étant laissée présenter comme entité agréée en tant que prestataire de services d’investissements alors qu’elle n’en avait pas la qualité et en ayant affirmé de manière inexacte auprès d’un intermédiaire potentiel qu’elle avait obtenu une autorisation, de la part de l’AMF, de commercialiser les titres Vivat Multitalent.
Après une restructuration, « Kerdiz était détenue par MM. Peuvrier et Finck, chacun à hauteur de 33,01 % du capital ». Des membres de la famille allemande Hartung, qui possède et dirige Vivat Multitalent, détenait des participations minoritaires, « à hauteur respectivement de 4,32 % et 29,6 5% du capital ».
La famille Hartung au cœur du dispositif Kerdiz
Le groupe Multitalent est étroitement lié à la famille Hartung, en particulier à Waldemar Hartung, présenté comme l’initiateur et principal décideur du réseau. Il apparaît comme actionnaire unique ou dirigeant de nombreuses entités du groupe, ce qui lui confère un contrôle étendu sur les orientations stratégiques et les flux d’investissement. Cette centralisation des pouvoirs constitue un élément structurant du dispositif.

Waldemar Hartung et son fils Daniel.
Son fils, Daniel Hartung, occupe également des fonctions clés, notamment au sein de structures chargées de la commercialisation ou de la gestion opérationnelle. Cette présence familiale à plusieurs niveaux du groupe soulève des interrogations sur d’éventuels conflits d’intérêts et sur la gouvernance globale. Dans certains montages, les mêmes dirigeants interviennent à la fois côté émetteur et côté projets financés, ce qui peut complexifier la lecture des flux financiers et des responsabilités.

Profil Linkedin public de Daniel Hartung.
Kerdiz fait croire qu’il dispose du statut de PSI…
Kerdiz est enregistrée en tant que conseiller en investissements financiers (CIF) sur le registre unique des intermédiaires en assurance, banque et finance tenu par l’Organisme pour le registre des intermédiaires en assurance, banque et finance (Orias) depuis 2019. Elle est également courtier en opérations de banque et services de paiement et était courtier en opérations d’assurance jusqu’au 2023.
En 2022, Kerdiz a déposé auprès de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) une demande d’agrément en qualité de prestataire de services d’investissement (PSI), qui a été refusée par l’ACPR en 2023, après que l’AMF a émis un avis négatif sur le programme d’activité qui lui avait été soumis. Kerdiz a déposé auprès du Conseil d’État pour passer outre avant de se désister en 2024.
Kerdiz s’est présentée à partir de juillet 2022 auprès de ses clients et prospects comme « une société de Conseil en Investissement Financier en cours d’agrément pour devenir un Prestataire de Service d’investissement », alors que sa demande d’agrément était en cours d’instruction et que la société n’a jamais obtenu d’agrément spécifique de la part de I’AMF ou de l’ACPR.
Le jugement relève que « certains partenaires de Kerdiz ont présenté la société comme étant déjà agréée et que cette dernière n’a effectué aucune diligence pour éviter cette confusion ou y mettre fin, alors qu’elle était en copie de ces échanges » ou encore que « Kerdiz a fait état, de manière mensongère, dans un courriel adressé le 17 octobre 2022 à M. B, d’un accord qui lui aurait été donné par I’AMF, dans le cadre de sa demande d’agrément, pour commercialiser les titres Vivat Multitalent ».
Beaucoup de Multitalent, un peu de Girdardin avec Guyane Agricole
Dans le cadre de son activité de CIF, Kerdiz a recommandé à plusieurs de ses clients, entre 2020 et 2023, d’investir dans les offres du groupe Vivat Multitalent du groupe Vivat, consistant en la souscription aux titres obligataires émis notamment par les sociétés Multitalent AG, Multitalent II AG, Multitalent III AG et Multitalent Investment GmbH, établies au Liechtenstein et en Allemagne, et destinées à financer des investissements dans des actifs immobiliers et des métaux précieux.
Kerdiz a également recommandé à ses clients, entre 2022 et 2023, d’investir dans les offres Guyane Agricole consistant en la souscription d’actions de sociétés par actions simplifiée permettant de bénéficier du dispositif de défiscalisation « Girardin ». (voir notre enquête sur Guyane Agricole)

Page d’accueil de Guyane Agricole.
10 000 000 millions d’euros collectés pour Multitalent
Les titres émis par les Émetteurs Multitalent ont représenté pour Kerdiz, sur la période contrôlée, un montant de 10 228 000 euros, soit 66 % du montant total de 15 460 516 euros collecté par le CIF.
Pour la seule année 2022, au cours de laquelle Anthony Finck occupait ce poste, les titres émis par Multitalent ont représenté, d’après les déclarations de Kerdiz, un montant total de souscription représentant 75 % du montant total de 9 674 516 euros collecté par le CIF.
Des risques de conflits d’intérêt avec Vivat Multitalent
La décision de la Commission des sanctions a retenu que Kerdiz Finance et Conseil n’avait pas identifié de manière appropriée, dans ses procédures, les risques de conflits d’intérêts relatifs notamment à ses liens avec le groupe Vivat Multitalent, avec lequel elle entretenait pourtant des liens tant commerciaux que capitalistiques, et qu’elle n’avait pas mis en œuvre la seule mesure prévue par sa procédure pour encadrer le conflit d’intérêts lié à son actionnariat.
S’agissant des offres Vivat Multitalent, conseillées par Kerdiz Finance et Conseil, la Commission a considéré que celle-ci n’avait pas appliqué les mesures prévues par sa procédure de gouvernance des produits, dont l’objet est de prévoir des dispositifs de recueil d’informations sur les produits distribués dans un objectif de protection des investisseurs, et qu’elle n’avait pas collecté les informations nécessaires à la compréhension et la connaissance des produits distribués.
En outre, elle a retenu que le conseiller en investissements financiers n’avait pas exercé son activité dans les limites autorisées par son statut, avec la compétence, le soin et la diligence qui s’imposent au mieux des intérêts de ses clients, d’une part, en ne vérifiant pas, dans le cadre de la commercialisation des titres émis par les sociétés Multitalent AG, Multitalent II AG, Multitalent III AG et Multitalent Investment GmbH, qu’une société de gestion et qu’un dépositaire avaient été désignés, et d’autre part, en conseillant à ses clients ces titres alors que leur commercialisation en France était interdite.
Par ailleurs, la Commission a retenu que Kerdiz Finance et Conseil avait manqué à ses obligations professionnelles en ayant procédé à une campagne de démarchage concernant l’offre Guyane Agricole, qui consistait à investir dans le secteur agricole guyanais par l’intermédiaire de sociétés par actions simplifiées, pour laquelle le risque de pertes est supérieur au montant de l’apport financier initial.
Enfin, la Commission a considéré que Kerdiz Finance et Conseil avait manqué à plusieurs de ses obligations relatives à la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme et qu’elle avait manqué de diligence à l’égard des contrôleurs.
La Commission a retenu que l’ensemble des manquements de Kerdiz Finance et Conseil étaient imputables à Peuvrier et Finck, à l’exception de ceux non notifiés à Finck.
Encore une fraude qui utilise les frontières étatiques…
Cette affaire met en lumière un mécanisme bien connu des régulateurs financiers : l’exploitation des failles du cadre européen pour commercialiser des produits étrangers à la légalité incertaine. Le principe est simple. Des instruments financiers sont émis dans une juridiction où ils sont autorisés — ou peu contrôlés — puis distribués dans un autre pays, ici la France, où leur commercialisation est en réalité interdite ou strictement encadrée.
Nous l’avons déjà observé à plusieurs reprises, par exemple dans l’affaire Thomas Lloyd ou l’affaire Fairvesta-Vérifort.
Dans le cas examiné par l’Autorité des marchés financiers (AMF), des produits liés au groupe Vivat Multitalent, structurés à l’étranger, ont été massivement recommandés à des clients français non professionnels. L’AMF relève une combinaison de facteurs à risque : complexité juridique des produits, absence de certaines garanties réglementaires, et surtout un enchevêtrement de liens capitalistiques et commerciaux entre émetteurs et distributeurs.
Ce type de montage rend la compréhension difficile pour les investisseurs et complique les recours en cas de litige. Entre les différentes juridictions, les responsabilités se diluent, tandis que les intermédiaires locaux jouent un rôle clé dans la diffusion.
Sans préjuger d’une qualification pénale, l’affaire illustre les dérives possibles d’une finance transfrontalière où la fragmentation réglementaire peut devenir un levier commercial — au détriment de la protection des épargnants.



j’ai été arnaquer plusieurs fois sans aucune récupérations de mes investissements