Le cabinet d’Henri Drogue conseil a promu plusieurs produits frauduleux tels que Thomas Lloyd ou Asia Plantation Capital.

Une « obligation à capital protégé » appelée « Green growth Bond ».

Le 16 mai 2019 s’est tenu à Vannes une réunion un peu spéciale. Elle était organiée au Roof, un restaurant prisé de Vannes, en Bretagne par le cabinet HDC, le cabinet de conseil en investissement fondé par Henri Drogue.

Le Cabinet HDC invite à une soirée privée sur la finance énergétique verte au Roof à Vannes.

Extrait de l’invitation du cabinet HDC.

L’invitation diffusée promettait même de de rémunér les participants qui parraineraient des proches, au moyen de magnums de champagne.

Deux captures d'écran affichant une campagne de parrainage avec une bouteille de champagne en récompense.

Extrait de l’invitation du cabinet HDC.

Cette soirée avait été organisée pour présenter une offre d’investissement chez Thomas Lloyd. « Pourquoi investir au travers d’une société allemande? » demandait l’invitation. Réponse: des « possibilités de revenus complémentaires immédiats » sur des « placements à court terme 1 à 3 ans » sur une « obligation à capital protégé » appelée « Green growth Bond ». Un revenu régulier et sans risque, c’est précisément ce que recherchait l’assistance. Sauf que le capital investi n’était absolument pas protégé…

Vue d'ensemble d'un hôtel-restaurant double avec une aire de stationnement sur le devant.

C’est ici que la réunion avait été organisée.

L’AMF avait pourtant indiqué que ces produits sont interdits…

En réalité, cela fait des mois que l’AMF a déjà alerté sur l’illégalité des offres de Thomas Lloyd. En octobre 2018, l’AMF adresse une lettre à l’Association Nationale des Conseils en Investissement (ANACOFI).

Extrait de la lettre de l'AMF à propos des produits Thomas Lloyd.

Extrait de la lettre de l’AMF à propos des produits Thomas Lloyd.

Une dénonciation officielle que Thomas Lloyd s’est employée méthodiquement à contourner, de plusieurs manières. Dans son alerte, l’AMF indique qu’il n’existe qu’une seule possibilité pour un conseil en investissement de proposer ces produits: il faut que le client ait spontanément demandé l’accès à un produit précisément mentionné par lui sans que le conseiller ne le lui ait jamais suggéré.

Thomas Lloyd avait élaboré et diffusé des méthodes de contournement

Thomas Lloyd va s’engouffrer dans cette brèche. Puisqu’un conseiller en investissement n’a pas le droit de proposer les produits Thomas Lloyd, il lui doit suffire de faire de faire signer une « reverse sollicitation », c’est-à-dire une lettre par laquelle un client formalise sa demande « spontanée » de se voir proposer les produits Thomas Lloyd…

Extrait de la lettre de Thomas Lloyd.

Conseils donnés par Thomas Lloyd pour passer outre l’interdiction.

En pratique, aucun de ceux qui vont signer une telle lettre n’auront jamais spontanément demandé à leur conseiller de leur proposer du Thomas Lloyd. Il s’agissait donc bien d’un stratégème destiné à maquiller une pratique illégale Des juges auraient pu y voir des faux antidatés.

L’AMF avait même prévu dès 2018 ce cas et indiqué qu’il « serait considéré comme un contournement de l’interdiction de commercialisation ». Thomas Lloyd va carrément diffuser « des modèles de lettre de demande d’information » en inventant pour l’occasion la notion de « commercialisation passive »?

L’ancien Raélien Charles Jeandupeux invité vedette de la soirée

Le 16 mai 2019 pourtant, aucune commercialisation passive ne semble avoir pris place. D’après les témoins que nous avons pu consulter, personne ne s’est précipité pour supplier qu’on leur propose des produits Thomas Lloyd. Au contraire. La soirée avait été organisée pour présenter et promouvoir ces produits.

Deux prospectus ThomasLacyd sur fond bois, avec un visuel de viaduc et un titre sur les besoins fondamentaux.

Prospectus distribué sur place par Thomas Lloyd.

Thomasd Lloyd avait même envoyé sur place son conseiller star, Charles Jeandupeux. Ancien membre de la secte des Raélien, citoyen suisse et personnage histrionique, Jeandupeaux sait flatter et trouver des réponses à chaque objection.

Capture d'un profil LinkedIn identifié Gérard Charles Jeandupeux, décrivant ses services d'expert financier en Suisse.

Profil Linkedin public de Charles Jeandupeux.

En 2026, il oeuvre toujours depuis la Suisse, où il participe désormais « à un projet incroyable qui a pour mission de nettoyer notre planète de la polution plastique, avec possibilité de gagner de l’argent, en le faisant depuis la maison ». Cela rappelle furieusement une arnaque pyramidale appelée Amplivo-Corsair. Mais Jeandupeux évite soigneusement d’écrire le nom de l’entreprise pour laquelle il participe.

Des commissions de recrutement digne du marketing multiniveau

Charles Jeandupeux semble avoir joué un rôle déterminant dans le recrutement de conseillers financiers pour promouvoir Thomas Lloyd en France.

Dans une vidéo qu’il semble avoir tenté de faire systématiquement disparaître d’internet il s’adressait ainsi aux conseillers français qu’il essayait de convaincre de vendre du Thomas Lloyd: « voulez-vous doubler votre chiffre d’affaire, toucher deux commissions réccurentes cumulées en plus de ovtre commission d’acquisition (…), recevoir une commission de parrainage et des récurrents à vie? ».

Ce que décrit Charles Gérard Jeandupeux ressemble furieusement à ce que l’on voit dans le MLM ou marketing multiniveau, qui a toujours été accusé de dissimuler des arnaques pyramidales, dans lesquelles les recruteurs sont bien plus rémunérés par des commissiosn de recrutement que par une réelle activité économique profitable.

Portrait de Gerard JeanDupeux sur la page 183 du livre Fiers d’Être Raéliens.

Extrait d’une publication du mouvement raélien.

Ceux qui se laisseront convaincte d’investir se soir-là commenceront par toucher quelques dividendes. Et très rapidement plus rien. De façon assez prévisible, Thomas Lloyd s’est avéré être non seulement une fraude mais également une arnaque.

Ce qui est plus surprenant, c’est qu’un professionnel de l’investissement comme Henri Drogue, inscrit en bonne et due forme à l’ORIAS, bénéficiant du titre de conseiller en investissement financier, ait accepté d’organiser une soirée de promotion d’un produit que son autorité de tutelle, l’Autorité des Marchés Financiers, avait reconnu explicitement comme fraude quelques mois auparavant. Plusieurs investisseurs floués se sont tournés vers la justice.

Le cabinet d’Henri Drogue est-il coutumier du fait?

Mais ce qui est encore plus surprenant, c’est que le cabinet d’Henri Drogue n’a pas promu que la fraude Thomas Lloyd. Parmi ses clients, certains se sont vus conseiller d’investir dans des arnaques avérées comme Asia Plantation Capital, Fairvesta devenu Vérifort ou encore Capiom. Un investisseur avec lequel nous avons échangé a ainsi versé des milliers d’euros pour devenir propriétaire d’une parcelle d’arbres en Malaisie, destinée à produire des copeaux ou de l’huile d’oud. Il n’a jamais reçu la moindre dividende…

Ce qui est particulièrement troublant, c’est de se rappeler que Charles Gérard Jeandupeux était déjà l’un des agents commerciaux de Fairvesta. Ces antécédents laissent deviner un réseau relativement stable de recruteurs d’épargnants pour des produits financiers conçus pour décevoir. Au moins un autre promoteur de Thomas Lloyd a également promu Asia Plantation Capital. A moins qu’il ne s’agisse d’une pure coïcidence?

HDC, un cabinet bâti autour d’Henri Drogue et de sa famille

Le Cabinet HDC a été créé en 2010 avec 225 000 euros par Henri Drogue. Le cabinet est vite devenu familial, avec l’intégration de son fis, Richard Nicoli-Drogue. L’objet social va progressivement couvrir le courtage en assurances, le conseil en investissement financier, le démarchage financier, le conseil en gestion de patrimoine et, à partir de 2014, le courtage en opérations de banque et services de paiement.
Captur d'écran du profil de Henri Drogue, géran de société en Bretagne.

Profil professionnel public d’Henri Drogue.

En décembre 2014, une réorganisation du capital fait apparaître deux sociétés détenant chacune la moitié des 22 500 parts d’HDC : Henjarima, représentée par Henri Drogue, et Necessitas Fati, représentée par Richard Drogue. En 2021, le siège est alors transféré à Baden. Quelques mois plus tard, en avril 2022, nouveau déménagement : HDC quitte le Morbihan pour Sartène, en Corse.
Interface en ligne de la base de données publique Orias pour la recherche et le suivi des informations relatives à un courtier indépendant (Cabinet HDC).

Fiche ORIAS d’Henri Drogue.

Entre 2008 et 2022, le cabinet a administré le site henridrogue.com, qui n’affiche plus de contenu. Son contenu à cependant été archivé par la Wayback Machine. « L’éthique et la rigueur morale guident notre façon de travailler et d’accompagner nos clients » pouvait-on lire sur le site en 2019.

Après un transfert du siège social en Corse en 2022, le cabinet HDC a fait le choix de se dissoudre en 2024.


Pour rédiger cet article, nous avons tenté de prendre contact avec Henri Drogue et Charles Jeandupeux pour leur permettre de donner leur point de vue. Seul Henri Drogue nous a indiqué par un texto lapidaire « en retraite depuis 4 ans je ne suis plus CIF », refusant de répondre à nos questions.


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Philippe Miller

Journaliste professionnel, télé et web, carte de presse n°115527, depuis 2010, spécialiste des arnaques financières, des paradis fiscaux et des mafias.

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