La DGCCRF publie un bilan accablant sur les allégations environnementales trompeuses : 3 000 contrôles, plus de 15 % de manquements graves.


Qu’est-ce que cette opération « anti-greenwashing » ?

Depuis 2023, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a lancé une vaste campagne de contrôle des allégations « vertes » faites par les entreprises — que l’on appelle le greenwashing (ou écoblanchiment).

L’objectif : vérifier que les affirmations environnementales (sur les produits, services, emballages, publicité) sont vérifiables, pertinentes, non trompeuses et supportées par des preuves explicites.

Cette opération n’est pas nouvelle : dès 2021-2022, la DGCCRF avait déjà mené son « enquête de grande ampleur » sur les produits non-alimentaires et les services, contrôlant 1 100 établissements pour relever près d’un quart d’anomalies.

Mais le récent volet (2023-2024) marque une montée en intensité : plus de 3 000 établissements ont été ciblés, dans des secteurs divers (textile, ameublement, cosmétiques, hôtellerie, services à domicile, alimentation).

L’enquête a permis de mettre en lumière de nombreuses pratiques problématiques :

  • l’usage de mentions vagues et globalisantes (« écologique », « bon pour la planète », « livraison écoresponsable ») sans précision ni justification réelle ;
  • l’emploi de labels autoproclamés (créés par les marques elles-mêmes, sans contrôle indépendant) ou l’appropriation abusive de labels reconnus sans respecter leurs critères ;
  • des allégations contradictoires ou mensongères (par exemple des produits prétendument « upcyclés » alors qu’ils sont importés neufs) ;
  • des affirmations illégales selon la réglementation environnementale (par exemple « bon pour l’environnement » sur des produits chimiques toxiques).

Le bilan 2023-2024 et les sanctions imposées par la DGCCRF

Le 1ᵉʳ octobre 2025, la DGCCRF a rendu public le bilan de ses contrôles en matière d’écoblanchiment pour la période 2023-2024.

Voici les points saillants :

  • Plus de 3 000 contrôles ont été effectués dans plusieurs secteurs économiques.
  • Près de 15 % des professionnels contrôlés ont été identifiés comme présentant des manquements « graves ».
  • Ces manquements ont donné lieu à plus de 430 injonctions de mise en conformité, 500 avertissements, et plus de 70 amendes ou procès-verbaux (administratifs ou pénaux).
  • En outre, des cas très médiatisés ont été sanctionnés : notamment l’amende record de 40 millions d’euros infligée à Shein pour des assertions environnementales non justifiées.

La DGCCRF rappelle que les sanctions peuvent prendre diverses formes : retrait des allégations trompeuses, injonction, amendes administratives ou pénales, voire publication de la décision en cas d’atteinte à la réputation.


Vers un renforcement du cadre réglementaire

Cette campagne de la DGCCRF s’inscrit dans une dynamique plus large : le cadre juridique français et européen est en cours de renforcement pour lutter contre l’écoblanchiment.

  • En France, la loi Climat et Résilience (2021) a étendu les pratiques trompeuses aux allégations environnementales, et l’article L. 229-68 du Code de l’environnement interdit certaines mentions comme « neutralité carbone » sans justification claire.
  • Par ailleurs, la DGCCRF va conclure un protocole de coopération avec l’ADEME pour croiser expertises et données sur les impacts environnementaux, les labels, et les affichages écologiques.
  • Dès 2026, une vérification par un tiers indépendant des allégations environnementales sera rendue obligatoire par la directive européenne 2024/825 dite « Green Claims ».
  • La DGCCRF prévoit de renforcer ses contrôles en 2025-2026 via de nouveaux partenariats, des outils de détection du greenwashing (notamment un projet avec l’association QuotaClimat) et une meilleure exploitation des signalements des consommateurs.

Ainsi, le dispositif vise à dissuader les entreprises qui misent sur un verdissement de façade et à protéger les consommateurs de l’illusion d’un choix « écologique » fallacieux.


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Philippe Miller

Journaliste professionnel, télé et web, carte de presse n°115527, depuis 2010, spécialiste des arnaques financières, des paradis fiscaux et des mafias.

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