Partie du cœur de l’Ombrie, l’affaire DT Coin est devenue, en quelques années, l’une des plus vastes escroqueries financières jamais découvertes en Italie. Plus de 30 000 victimes dans le monde, 36 à 38 millions d’euros envolés, des voitures de luxe, des sociétés-écrans et une promesse de richesse facile : un cocktail typique des arnaques numériques du XXIᵉ siècle.

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Une promesse d’or numérique née à Cascia

Tout commence à Cascia, paisible ville italienne connue pour son sanctuaire de sainte Rita. C’est ici qu’un informaticien romain, Daniele Marinelli, aurait bâti l’écosystème du DT Coin, une cryptomonnaie censée combiner innovation technologique et stabilité financière.

Profil Linkedin public de Daniele Marinelli.

Profil Linkedin public de Daniele Marinelli.

Présenté comme un “token” garanti par les diamants, puis adossé au commerce des Big Data, le DT Coin promettait des rendements annuels de 5 à 12 %. L’idée était simple : investir dans le futur de la finance numérique, sans risque apparent, tout en participant à un projet “révolutionnaire”.

Mais derrière le discours séduisant se cachait une réalité bien plus sombre. Selon les procureurs de Spoleto, aucun modèle économique réel ne permettait de générer ces profits. Tout reposait sur un système de recrutement pyramidal, où les nouveaux investisseurs finançaient les gains des anciens.

Nous avons publié de nombreux articles et alertes sur cette arnaque.

Une machine financière bien rodée

Entre 2019 et 2023, le système DT Coin aurait brassé des dizaines de millions d’euros. Pour les enquêteurs, la clé du succès résidait dans une stratégie marketing parfaitement huilée : sites web, applications mobiles, webinaires, canaux Telegram et promesses d’une future entrée en Bourse. Le tout servait à entretenir l’illusion d’une monnaie d’avenir, utilisable dans une supposée “réseau commercial réel”.

Les investisseurs, souvent issus d’Italie mais aussi de France, d’Espagne ou d’Amérique latine, pouvaient acheter des jetons, les stocker dans une application et, théoriquement, les revendre à prix d’or. En pratique, aucun n’a pu récupérer son argent. Les plaintes se sont accumulées, les forums de discussion se sont remplis de messages d’incompréhension, puis de colère.

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Des millions d’euros blanchis via un réseau international

L’enquête, dirigée par le procureur en chef Claudio Cicchella avec les substituts Michela Petrini et Roberta Del Giudice, a mobilisé plusieurs brigades : les noyaux spéciaux de police valutaria de Milan, Rome et Pérouse, ainsi que la Guardia di Finanza du chef-lieu ombrien.

Leurs investigations ont mis au jour une constellation de sociétés immatriculées en Italie, Angleterre et Malte, servant à canaliser les fonds collectés. Les profits étaient ensuite redistribués à des proches, ou réinvestis dans des véhicules de luxe, des bateaux, des polices d’assurance, voire dans d’autres cryptomonnaies.

Un schéma classique de blanchiment et d’autoriciclaggio, où l’argent sale se dilue dans une série de transactions légales, rendant son origine presque indétectable.

Daniele Marinelli, le “dominus” du réseau

Au centre de ce maillage financier, un nom revient sans cesse : Daniele Marinelli. Selon les autorités italiennes, l’informaticien romain, domicilié à Cascia, serait le cerveau et le visage public de l’opération. Il aurait créé un “écosystème virtuel” comprenant une multitude de sociétés satellites, de plateformes d’échange et d’applications de gestion crypto.

Marinelli se présentait comme un visionnaire de la blockchain, un entrepreneur prônant la décentralisation et l’autonomie financière. Des centaines de vidéos promotionnelles et d’interventions publiques vantaient les mérites de son projet. Mais pour la Procura di Spoleto, cette vitrine technologique n’était qu’un décor de théâtre destiné à dissimuler une vaste fraude.

Une escroquerie à visage humain

Les récits des investisseurs donnent la mesure du désastre. Des retraités italiens ont placé leurs économies, convaincus d’assurer leur avenir. Des jeunes entrepreneurs y ont vu une opportunité de diversification. Certains n’ont jamais pu retirer un seul euro. D’autres ont vu leurs comptes bloqués du jour au lendemain.

Les promesses de cotation en Bourse et les communiqués triomphants publiés sur les réseaux sociaux entretenaient l’illusion. Marinelli et ses partenaires annonçaient régulièrement des “partenariats” avec des entreprises fictives ou inactives, ou encore le lancement d’une intelligence artificielle censée révolutionner le monde des données. Autant d’annonces destinées à maintenir la confiance et à attirer de nouveaux fonds.

La chute : une enquête patiente et méticuleuse

C’est à Milan que tout a commencé à se fissurer. Les autorités financières ont repéré une activité suspecte de recyclage d’argent via des transferts internationaux atypiques. En remontant la trace des flux, elles ont découvert la piste du DT Coin et de ses ramifications en Ombrie.

Les investigations se sont ensuite élargies à plusieurs pays européens. En mars 2025, la Consob (l’équivalent italien de l’Autorité des marchés financiers) a ordonné le blocage de plusieurs sites liés à DT Coin, les accusant d’offre illégale de services de crypto-actifs. Ce signal a marqué le début de la fin pour le réseau.

25 inculpés, mais une procédure encore ouverte

Aujourd’hui, 25 personnes sont mises en examen pour escroquerie, abus de services financiers, appropriation indueet autoriciclaggio. La clôture de l’enquête, annoncée par la Procura di Spoleto, marque une étape décisive mais non définitive : le procès, s’il s’ouvre, devra encore établir les responsabilités pénales de chacun.

Pour l’heure, Marinelli et ses proches bénéficient de la présomption d’innocence, même si les preuves rassemblées par la Guardia di Finanza dessinent le portrait d’une machination sophistiquée, digne des plus grands scandales crypto européens.

Le symbole d’une époque sans garde-fous

Au-delà du cas DT Coin, cette affaire illustre les failles persistantes du marché des cryptomonnaies. Dans un secteur où l’absence de régulation attire autant les innovateurs que les escrocs, la frontière entre start-up visionnaire et pyramide de Ponzi se brouille aisément.

Les autorités italiennes multiplient désormais les mises en garde contre les “crypto-actifs non régulés”, rappelant que la promesse d’un rendement garanti dans ce domaine est presque toujours le signe d’une fraude.
Pour les victimes, cependant, ces avertissements arrivent trop tard. Beaucoup ont perdu leurs économies, d’autres leur confiance dans tout projet lié à la blockchain. Une leçon amère pour des milliers de petits épargnants séduits par le mirage du profit numérique.


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Philippe Miller

Journaliste professionnel, télé et web, carte de presse n°115527, depuis 2010, spécialiste des arnaques financières, des paradis fiscaux et des mafias.

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