Le Carlton Palace avait été acquis avec le fruit de l’arnaque à la taxe carbone. Il est mis aux enchères à 4,7 M € mais personne ne s’est encore porté acquéreur.

Un bien d’exception sur la corniche Kennedy

Le bâtiment connu sous le nom de Carlton Palace, situé sur la corniche Kennedy à Marseille, a été saisi dans le cadre d’une enquête liée à la fameuse escroquerie à la taxe carbone. Il s’étend sur une superficie de 1 749,05 m² et jouit d’une vue dominante sur la Méditerranée.

Immeuble du Carlton Palace.

Immeuble du Carlton Palace.

La mise à prix pour la vente aux enchères a été fixée à 4,743 millions d’euros. Cependant, l’immeuble, bien qu’en bon état général, nécessite des travaux inachevés en raison de la procédure judiciaire. De plus, il est divisé en onze lots, comprenant des locaux, parkings, et des espaces pouvant être transformés en appartements haut de gamme avec terrasses ou piscines.

L’opération de vente se fait en ligne : les enchères débutent un lundi à midi et se clôturent le lendemain à 16 h. Ce procédé vise à élargir le champ des participants, notamment à des investisseurs partout en France ou à l’international.

Pas d’enchérisseur pour le moment

Personne ne s’est porté acquéreur lors de la mise aux enchères du Carlton Palace. Cela signifie qu’aucune offre valable n’a été enregistrée malgré la mise à prix initiale.

Cette absence d’enchérisseur peut être interprétée comme un signal d’alerte : l’enjeu financier, le coût des travaux et la complexité du projet dissuadent visiblement les investisseurs potentiels. Le contexte judiciaire, les contraintes techniques et les contraintes urbaines liées à l’emplacement en front de mer rendent l’opération risquée.

Le contexte judiciaire : une affaire de fraude à la taxe carbone

L’origine de cette saisie remonte à l’une des affaires les plus retentissantes de fraude fiscale de la décennie. Entre 2008 et 2009, un réseau orchestré autour de la taxe carbone aurait détourné jusqu’à 385 millions d’euros des caisses de l’État. Parmi les personnes condamnées figure Christiane Melgrani, ancienne professeur de mathématiques à Marseille, condamnée à neuf ans de prison pour avoir joué un rôle central dans ce système.

L’immeuble a donc été saisi dans le cadre de cette enquête, et sa mise aux enchères s’inscrit dans le mécanisme de récupération d’avoirs illégalement détournés. Cette affaire illustre la puissance des dispositifs judiciaires contraignants dans la lutte contre la corruption, la fraude fiscale et le blanchiment d’argent.

Enjeux immobiliers et économiques pour Marseille

Cette vente exceptionnelle place le Carlton Palace comme une opportunité rare sur le marché immobilier marseillais. L’emplacement — sur la corniche — est extrêmement recherché, ce qui contribue à la valorisation de l’immeuble. Mais le gros défi sera de convaincre des acquéreurs ayant les fonds nécessaires et la capacité de mener à bien les transformations exigées par leur projet.

Au-delà de la valeur financière, cette opération revêt un symbole fort : celui de la régénération possible de biens saisis dans des affaires de grande ampleur, et de la capacité des pouvoirs publics à les remettre en circulation dans l’économie légale.

L’enjeu pour Marseille est également de taille : une réussite de ce projet pourrait relancer des investissements sur la corniche et les zones sensibles de la ville, tandis qu’un échec pourrait laisser un édifice imposant en attente pendant de longues années.

Philippe Miller

Journaliste professionnel, télé et web, carte de presse n°115527, depuis 2010, spécialiste des arnaques financières, des paradis fiscaux et des mafias.

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