L’association Addictions France a lancé mi-septembre 2025 une campagne forte intitulée « Carton rouge : le marketing agressif des paris sportifs », pour alerter sur les stratégies de promotion des opérateurs de jeux d’argent, en particulier sur Internet et via les réseaux sociaux, et leur impact sur les plus jeunes.

Les cibles et les techniques dénoncées

Selon un sondage IFOP, 88 % des Français estiment que la publicité pour les paris sportifs accroît les risques d’addiction. 72 % jugent qu’un encadrement plus strict réduirait ces risques. Addictions France met en lumière plusieurs points préoccupants.

  • Un profil type jeune et masculin

Le joueur de paris sportifs en ligne est très majoritairement un homme (89 %), âgé de moins de 35 ans (72 %). Les jeunes sont six fois plus susceptibles de développer une addiction que la moyenne. En 2024, 62 % des joueurs déclaraient avoir misé à cause des publicités, et 83 % de ceux exposés à des influenceurs affirmaient que cela leur avait donné envie de parier.

  • Un marketing agressif et omniprésent

En 2025, les opérateurs prévoient d’investir 695 millions d’euros en promotion, dont près de 60 % sous forme de gratifications financières (bonus, freebets). Déjà en 2024, 46 % des Français avaient été exposés à des publicités pour les paris sportifs, un chiffre atteignant 75 % chez les joueurs réguliers.

Extrait du rapport d'Addiction France.

Extrait du rapport d’Addiction France.

Addictions France a analysé 2 329 contenus promotionnels en 2024 : 63 % provenaient de comptes d’influenceurs, 55 % étaient éphémères (stories) et un tiers ne respectaient pas les recommandations de l’Autorité Nationale des Jeux. De plus, 80 % ne comportaient aucun message sanitaire conforme.

Les mineurs bombardés de publicités malgré l’interdiction

En France, la publicité pour les paris sportifs à destination des mineurs est formellement interdite depuis la loi de 2010 qui a encadré l’ouverture du marché. En théorie, les opérateurs doivent respecter des règles strictes : ne pas cibler les moins de 18 ans, afficher des messages de prévention, et s’abstenir de toute communication suggérant un enrichissement rapide. Pourtant, les chiffres montrent que les adolescents sont massivement exposés.

Selon une enquête de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives, plus de la moitié des jeunes de 17 ans déclarent avoir vu ou entendu une publicité pour les paris sportifs dans la semaine précédant l’enquête. Les réseaux sociaux jouent un rôle central : TikTok, Instagram, Snapchat et YouTube diffusent des contenus promotionnels où le pari est présenté comme un loisir branché, porté par des influenceurs suivis par des millions de mineurs.

Extrait du rapport d'Addiction France.

Extrait du rapport d’Addiction France.

Addictions France a recensé en 2025 plus de 3 000 contenus liés aux paris sportifs, dont une grande part ne respecte pas les obligations légales. Environ 80 % n’affichent pas clairement les messages de prévention, et près d’un tiers ne mentionnent même pas les avertissements exigés par l’ANJ.

Cette situation crée un paradoxe : les mineurs ne devraient pas être exposés, mais ils sont les premières cibles de formats attractifs et viraux. Les associations réclament donc une régulation renforcée, à l’image de la loi Évin pour l’alcool, afin de limiter les contenus numériques et mettre fin à une banalisation qui alimente l’addiction précoce.

Extrait du rapport d'Addiction France.

Extrait du rapport d’Addiction France.

L’addiction a explosé depuis la libéralisation de 2010

Depuis la libéralisation des paris sportifs en 2010, les données disponibles montrent une évolution forte tant sur les volumes financiers que sur les comportements à risque.

  • Hausse des mises : En 2024, les mises sur les paris sportifs ont progressé de 21 % pour atteindre près de 10,3 milliards d’euros, générant un produit net (c’est-à-dire la marge des opérateurs après paiement des gains) de 1,759 milliard d’euros.

  • Part du pari sportif dans les jeux en ligne : En 2023, les paris sportifs représentaient 63,3 % du produit brut des jeux (PBJ) en ligne.

  • Nombre de joueurs en diminution, mais usage intensifié : Bien que le nombre de parieurs sportifs ait diminué pour la première fois depuis 2019, la dépendance ou les pratiques excessives semblent de plus en plus concentrées chez ceux restant actifs, ce qui alimente davantage le PBJ.

  • Prise de conscience sociale : 82 % des Français identifient le risque d’addiction lié aux paris sportifs, soit une hausse de 9 points depuis 2022.

  • Jeunes particulièrement exposés : Par exemple, 57 % des adolescents de 17 ans déclarent avoir vu ou entendu une publicité pour les paris sportifs au cours de la semaine précédant l’enquête, et parmi ceux exposés via les influenceurs, 83 % disent que cela leur donne envie de parier. Addictions France

Ces chiffres traduisent une double dynamique : d’une part, l’essor économique du secteur (plus de mises, plus de revenus pour les opérateurs), d’autre part, une augmentation nette des comportements à risque — en particulier chez les jeunes — qui se sentent exposés et influencés. L’addiction aux paris sportifs n’est plus un phénomène marginal : elle prend des formes visibles, avec des conséquences financières, psychiques et sociales de plus en plus documentées.

Un rapport accablant contre l’industrie des paris sportifs

Addictions France s’est livré à une enquête approfondie, s’appuyant sur :

  • Durée et échantillon : deux années (de mars 2023 à mars 2025), plus de 3 000 contenus (posts, stories, vidéos, lives) analysés sur des plateformes comme TikTok, Instagram, YouTube, Twitch, Snapchat.

  • Marques identifiées : 19 marques de paris sportifs promues via influenceurs ou contenus sponsorisés, avec des comptes totalisant plus de 33 millions de followers cumulés.

  • Investissements publicitaires record : en 2024, les opérateurs ont investi environ 670 millions d’euros dans la publicité des paris sportifs.

  • Impact sur les comportements :
    • 62 % des parieurs déclarent avoir été incités à jouer sous l’influence de la publicité.
    • Parmi les personnes exposées à des contenus d’influenceurs, 83 % affirment que ces contenus leur donnent envie de parier.

  • Non-respect des régulations :
    • Près de 30 % des contenus d’influenceurs ne respectent pas les directives de l’Autorité Nationale des Jeux (ANJ).
    • 80 % des contenus observés ne comportent pas les messages de prévention obligatoires, ou les utilisent de façon illisible ou négligée.

Extrait du rapport d'Addiction France.

Extrait du rapport d’Addiction France.

D’importants risques identifiés

Selon Addictions France :

  • Le risque d’addiction comportementale augmente, avec des conséquences non seulement financières (endettement) mais aussi psychologiques, sociales.

  • L’exposition précoce des mineurs, ou de personnes vulnérables, à des contenus normalisant le pari comme divertissement ou moyen de profit rapide.

  • Le coût sociétal estimé : souffrance individuelle, impact familial, coût de la santé publique pour traiter les conséquences, et coût économique lié à la perte de productivité, etc. Addictions France évalue lui-même certains coûts à plusieurs milliards d’euros.

Extrait du rapport d'Addiction France.

Extrait du rapport d’Addiction France.

Quelles réformes propose Addictions France?

Face à ces constats, l’association formule des recommandations pour encadrer le marketing des paris sportifs, notamment :

  1. Réduire drastiquement la publicité

    • Interdire ou limiter fortement la publicité pour les jeux d’argent sur les réseaux sociaux, à la télévision, à la radio.

    • Supprimer les messages promotionnels ou visuels valorisant la réussite sociale ou l’enrichissement rapide via les paris.

  2. Interdire le sponsoring sportif par les opérateurs de jeux

    • Clubs, équipes, fédérations : ne plus pouvoir être sponsorisés directement ou indirectement par des marques de paris sportifs.

  3. Supprimer ou encadrer les gratifications incitatives

    • Bonus, free bets, offres promotionnelles : les limiter voire les interdire.

    • Limiter les notifications push ou autres sollicitations digitales fréquentes.

  4. Renforcer les sanctions et le contrôle

    • Que l’ANJ dispose de davantage de moyens pour contrôler, sanctionner les violations.

    • Que la réglementation oblige le respect strict des obligations de prévention dans tous les contenus promotionnels.

  5. Inspirations législatives

    • Addictions France évoque la loi Évin (relative à la publicité pour l’alcool) comme un modèle, pour créer un cadre légal fort interdisant certaines pratiques ou supports publicitaires.

Extrait du rapport d'Addiction France.

Extrait du rapport d’Addiction France

Les défis pour la mise en œuvre d’une réforme

Si les propositions sont claires, les obstacles ne manquent pas :

  • Liberté d’expression vs régulation : définir les frontières entre ce qui est promotion légitime et ce qui devient incitation toxique est politiquement et juridiquement délicat.

  • Technologie et formats numériques éphémères : stories, lives, contenus sponsorisés par des micro-influenceurs, contenus viraux, plateformes étrangères… beaucoup de ces contenus échappent aux contrôles existants.

  • Ressources de régulation : l’ANJ est souvent dénoncée comme insuffisamment dotée, parfois débordée par le volume des campagnes, par l’innovation marketing des opérateurs.

  • Opposition des opérateurs : les entreprises concernées (Winamax, Unibet, Betclic, PMU Sports, etc.) ont un fort intérêt économique à maintenir leurs stratégies de visibilité. Toute restriction peut être contestée, notamment si elle nuit à leur modèle économique.

  • Adaptation européenne / internationale : beaucoup de contenus sont hébergés sur des plateformes internationales ou produits hors du territoire français, ce qui complique la régulation locale.

Extrait du rapport d'Addiction France.

Extrait du rapport d’Addiction France.

Enjeux pour les pouvoirs publics et pour la société

Cette campagne porte plusieurs enjeux importants :

  • Protéger la santé publique : prévenir l’addiction, réduire les dommages psychologiques, sociaux et financiers.

  • Protéger les jeunes et les publics vulnérables (milieux modestes, quartiers populaires) d’une surexposition et d’arguments marketing qui flattent l’illusion du “profit facile”.

  • Maintenir un équilibre entre activité économique légale (les jeux et paris sportifs représentent une part non négligeable d’activité, de fiscalité, d’emplois) et responsabilité sociale.

  • Préserver l’intégrité du sport : le sponsoring par les opérateurs de paris peut faire douter de la neutralité, de l’éthique du sport, surtout s’il y a risques de conflits d’intérêt ou de paris illégaux.

Extrait du rapport d'Addiction France.

Extrait du rapport d’Addiction France.

Bilan & perspectives

La campagne « Carton rouge » d’Addictions France arrive à un moment critique, avec une croissance continue des mises, des investissements publicitaires records, et une société de plus en plus connectée où les messages marketing circulent de façon non filtrée.

Ce qui devait être un simple divertissement (parier sur un match de foot, soutenir son équipe) est devenu pour beaucoup une source d’addiction ou de problème. Si les propositions de l’association trouvent un soutien politique et législatif, elles pourraient entraîner des changements notables :

  • révision de la législation relative aux jeux d’argent

  • extension des obligations pour les plateformes numériques et les influenceurs

  • renforcement de l’ANJ (moyens, pouvoir de sanction)

  • éventuellement, des mesures comparables à la loi Évin pour le tabac ou l’alcool, mais appliquées aux jeux d’argent.

L’initiative d’Addictions France met clairement sur la table une question cruciale : à quel moment le marketing des paris sportifs cesse-t-il d’être un simple outil promotionnel pour devenir un facteur de risque pour la santé publique ?

Il ne s’agit pas seulement de juger les opérateurs ou de condamner les publicités, mais de réinterroger les règles du jeu — littéralement : ce qui est permis, ce qui devrait être interdit, et comment protéger les publics fragiles.

Si rien n’est fait, la banalisation du pari sportif pourrait continuer à s’étendre, avec toutes ses conséquences. Mais cette campagne offre aussi un levier : un débat public, des données solides, et des pistes législatives claires pour mieux encadrer l’industrie.

Principaux sites autorisés en France

  1. Winamax — un des leaders, souvent repris dans les tops.

  2. Unibet — vise un large public, reconnu pour sa fiabilité.

  3. Betclic — très présent, particulièrement en football ou évènements populaires.

  4. PMU — opérateur historique, propose des paris sportifs également.

  5. ParionsSport (FDJ) — la branche paris sportifs de la Française des Jeux.

  6. NetBet — mentionné régulièrement dans les comparatifs des meilleurs bookmakers.

  7. Vbet — plateforme avec bonne visibilité, options diverses.

  8. Genybet — plus petit mais actif, souvent cité dans les comparatifs.

  9. FeelingBet — récemment montée en visibilité.

  10. PokerStars Sports — extension de la marque PokerStars vers les paris sportifs, avec licence.


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Philippe Miller

Journaliste professionnel, télé et web, carte de presse n°115527, depuis 2010, spécialiste des arnaques financières, des paradis fiscaux et des mafias.

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