En quatre jours, trois plaintes pour droits d’auteur ont visé neuf enquêtes de Warning Trading. Une nouvelle menace pour la liberté de la presse.
Trois plaintes DMCA en quatre jours pour faire disparaître neuf articles de presse
Les 11 et 14 octobre 2026, la rédaction de Warning Trading a reçu trois notifications de Google Search Console annonçant le déréférencement de neuf articles publiés sur notre site. Le motif invoqué est toujours le même : une prétendue violation des droits d’auteur. Ces signalements s’inscrivent dans une série de pressions visant notre travail journalistique de dénonciation des arnaques financières.
La première notification, datée du 11 octobre 2026 à 20 h 52, concerne un article consacré à Ufunded.io. Deux autres notifications sont arrivées le 14 octobre, respectivement à 12 h 26 et 14 h 51. Elles concernent huit articles supplémentaires, consacrés à différentes plateformes de trading et offres financières suspectes.
Dans ces courriers, Google indique avoir été averti que notre site porterait atteinte aux droits d’auteur de tiers. Le moteur de recherche annonce en conséquence la suppression des contenus signalés de ses résultats de recherche pour les utilisateurs du monde entier.
Les trois réclamations reposent sur des accusations particulièrement sommaires. La première se contente de la formule anglaise « Copied my work », autrement dit « A copié mon travail ». Les deux suivantes affirment que des contenus protégés auraient été reproduits sans autorisation. Les notifications communiquées à notre rédaction ne contiennent cependant aucun élément permettant de vérifier l’identité des plaignants, l’antériorité des œuvres revendiquées ou la réalité des reproductions alléguées.
Nous contestons que de simples déclarations de cette nature puissent suffire à justifier la disparition d’articles journalistiques des résultats d’un moteur de recherche dominant. Pour notre rédaction, ces plaintes présentent les caractéristiques d’une possible instrumentalisation du droit d’auteur destinée à faire taire des informations dérangeantes.
La liste intégrale des neuf articles visés par Google
Par souci de transparence, nous publions ci-dessous l’intégralité des adresses signalées dans les trois notifications, accompagnées de leurs titres ou de leur sujet. Ces URL sont celles mentionnées par Google, indépendamment d’éventuelles redirections ou modifications ultérieures.
Première plainte : 11 octobre 2026
Référence Google : 4-8376000041864-1339579473
- Ufunded.io : une plateforme de trading simulé signalée pour arnaque
https://warning-trading.com/avis-arnaque/ufunded-io-une-plateforme-de-trading-simule-signalee-pour-arnaque/Cet article porte sur Ufunded.io et les risques associés à une offre de trading simulé. Il vise à alerter les internautes sur les interrogations soulevées par cette plateforme et sur les précautions à prendre avant de lui confier de l’argent. Le détail des constats de l’enquête n’est pas reproduit dans la notification de Google.
La plainte est résumée par trois mots : « Copied my work ». Une affirmation qui ne démontre pas, à elle seule, une quelconque violation des droits d’auteur.
Deuxième plainte : 14 octobre 2026 à 12 h 26
Référence Google : 4-9865000042024-1273922836
- Actualys.com : avis sur cette arnaque au trading
https://warning-trading.com/trading/arnaque-escroquerie-scam-actualys-avis/Cette enquête examine les risques présentés par Actualys.com. Elle analyse notamment l’ancienneté de son nom de domaine, les dangers du trading sur le Forex et les CFD, ainsi que les questions réglementaires liées à une activité financière présentée comme établie au Royaume-Uni. - Asterax.fr est une belle arnaque
https://warning-trading.com/trading/escroquerie-scam-sms-asterax-fr-avis/Notre rédaction s’intéresse à Asterax.fr, à l’ancienneté limitée de son nom de domaine, à sa réputation en ligne et à l’absence de contenu visible sur le site lors des vérifications rapportées dans l’article. Ces éléments conduisent notre rédaction à mettre en garde les épargnants. - Finetras.com : arnaque financière siégeant aux Comores
https://warning-trading.com/trading/finetras-com-avis-arnaque-avis-comores/Cet article examine Finetras.com, une plateforme proposant des services de trading. Notre enquête analyse notamment les déclarations relatives à son implantation aux Comores, la portée de sa réglementation revendiquée, ses mentions légales et les garanties offertes aux investisseurs européens. - Mirrors-trade.io : avis sur une offre de prop firm suspecte
https://warning-trading.com/trading/mirrors-trade-io-avis-arnaque-propfirm/Cette publication concerne Mirrors Trade et les risques associés aux offres de prop firms. Notre travail sur cette plateforme examine notamment la jeunesse de son domaine et les méthodes de promotion utilisées pour attirer des clients vers des activités de trading.
Le plaignant affirme, en anglais, qu’un contenu qu’il aurait créé indépendamment a été copié et publié sans son consentement. La notification ne permet pas d’établir que cette affirmation concerne effectivement des éléments protégés reproduits illicitement dans les quatre articles.
Troisième plainte : 14 octobre 2026 à 14 h 51
Référence Google : 8-4218000041401-0300774423
- Quantfury : notre avis sur une offre de trading signalée
https://warning-trading.com/trading/arnaque-scam-sms-avis-sur-quantfury/Cet article est consacré à Quantfury et aux interrogations que soulève cette offre de trading. Son objectif est d’informer les investisseurs des risques potentiels. Le détail de ses conclusions n’est pas fourni dans la notification reçue. - GenesisArbit Expert : grosse arnaque ? Notre enquête
https://warning-trading.com/trading/genesisarbit-expert-grosse-arnaque-3/Cette publication porte sur GenesisArbit Expert et les soupçons exprimés par notre rédaction à l’égard de cette offre financière. Elle participe à notre activité d’information et de prévention des risques d’escroquerie. - VenturoFX : avis et alerte sur une possible escroquerie
https://warning-trading.com/trading/venturofx-arnaque-escroquerie-scam-sms/L’article examine VenturoFX, une offre associée au trading, dans le cadre de nos enquêtes sur les plateformes financières présentant des risques pour les particuliers. - Webtrader Nuxeros.app : notre avis sur une plateforme suspecte
https://warning-trading.com/trading/webtrader-nuxeros-app-avis-arnaque-sms/Cette enquête est consacrée à l’interface de trading associée à Nuxeros.app. Elle vise à attirer l’attention des lecteurs sur les risques potentiels de cette offre et sur la nécessité de vérifier les garanties d’une plateforme avant tout investissement.
Cette troisième plainte invoque également une prétendue duplication de contenus protégés sans autorisation. Aucun des documents transmis ne permet toutefois d’établir matériellement les faits allégués.
Il faut souligner un élément important : ces neuf articles concernent des offres différentes. Leur regroupement dans trois plaintes déposées sur une période extrêmement courte soulève des interrogations légitimes sur l’origine et les motivations des signalements. Cela ne suffit pas à démontrer une coordination, mais justifie que les demandes soient examinées avec une vigilance particulière.
Le droit d’auteur détourné pour obtenir ce qu’un tribunal n’a pas ordonné
Le droit d’auteur constitue une protection légitime des créateurs. Warning Trading ne conteste évidemment pas son existence ni la nécessité de lutter contre les reproductions illicites. Nous dénonçons en revanche la possibilité d’utiliser les mécanismes de signalement comme des instruments de censure contre des journalistes.
Une procédure-bâillon désigne une démarche visant à intimider, épuiser ou réduire au silence une personne ou une organisation participant au débat public. Traditionnellement associée aux poursuites judiciaires abusives, cette logique peut également se retrouver dans des signalements répétés auprès d’intermédiaires techniques.
Le mécanisme est particulièrement préoccupant lorsque les contenus visés dénoncent des offres financières suspectes. Plutôt que de répondre publiquement aux informations publiées ou de saisir une juridiction compétente, un acteur souhaitant faire disparaître un article peut être tenté de recourir à une procédure de retrait pour droits d’auteur.
Dans les trois dossiers reçus, nous n’avons connaissance d’aucune décision judiciaire constatant une violation du droit d’auteur par les articles concernés. Les notifications ne démontrent pas non plus que leurs auteurs seraient les personnes ou sociétés mises en cause dans nos enquêtes. C’est précisément pourquoi nous demandons que l’origine et le fondement des plaintes soient examinés sérieusement.
Notre rédaction considère que ces signalements pourraient relever d’une stratégie de procédure-bâillon numérique. Cette hypothèse doit être distinguée d’une accusation établie contre un plaignant identifié.
Google s’érige en arbitre mondial de la liberté d’informer
Le problème dépasse largement ces neuf articles. En décidant de retirer des contenus journalistiques de ses résultats à la suite de réclamations privées, Google exerce un pouvoir considérable sur la circulation de l’information.
Il existe une différence fondamentale entre supprimer un article de son site d’origine et le déréférencer d’un moteur de recherche. Dans le second cas, l’article reste techniquement accessible, mais sa visibilité peut s’effondrer. Pour un média dont les lecteurs découvrent les enquêtes par les moteurs de recherche, cette sanction peut être économiquement et éditorialement dévastatrice.
Nous dénonçons ici une forme d’impérialisme juridique privé. Une entreprise américaine applique ses propres procédures de traitement des réclamations et peut prendre des décisions affectant l’accès à des publications françaises, y compris pour des lecteurs situés hors des États-Unis.
Certes, la législation permet aux intermédiaires de traiter certaines notifications de violation du droit d’auteur sans attendre systématiquement une décision de justice. Mais la légalité de ce mécanisme ne doit pas empêcher d’en discuter la légitimité, les garanties et les conséquences sur la liberté de la presse.
À nos yeux, lorsqu’une contestation concerne un véritable article journalistique portant sur un sujet d’intérêt général, la décision de le rendre invisible devrait bénéficier de garanties beaucoup plus fortes. Les litiges complexes relatifs à la liberté d’expression doivent pouvoir être examinés par des juridictions indépendantes, et non être tranchés de fait par les procédures internes d’une multinationale.
Des procédures automatisées incapables de juger le travail journalistique
Les grandes plateformes numériques reçoivent des volumes considérables de réclamations. Pour les traiter, elles recourent à des processus standardisés, à des outils automatisés et à des systèmes de priorisation. Ces méthodes peuvent être adaptées à certains cas simples de reproduction illicite. Elles sont beaucoup moins pertinentes lorsqu’il s’agit d’apprécier la légitimité d’une enquête de presse.
Un article journalistique peut citer des documents, reproduire des déclarations, commenter des informations publiques et présenter des éléments nécessaires à la compréhension d’une affaire. Apprécier la légalité de ces usages suppose de connaître le contexte, l’origine des informations et les exceptions applicables au droit d’auteur.
Un formulaire de signalement ne remplace pas cette analyse. Il ne suffit pas qu’un plaignant déclare être propriétaire d’un texte pour que le contenu d’un journaliste constitue une contrefaçon.
Les notifications reçues par Warning Trading illustrent les limites de ce dispositif : plusieurs articles distincts sont visés par des déclarations génériques, sans que les courriers communiqués exposent une comparaison précise entre les œuvres revendiquées et les passages prétendument copiés.
Nous ne disposons pas d’informations permettant de déterminer si ces trois plaintes ont été examinées par des personnes ou par des systèmes automatisés. Nous constatons néanmoins que le résultat annoncé par Google est une mesure de déréférencement, alors que les éléments communiqués à l’éditeur ne permettent pas de comprendre précisément les infractions alléguées.
Cette asymétrie favorise les détournements : déposer une plainte peut être rapide, tandis que la contester exige du temps, des justificatifs et parfois une assistance juridique.
Menaces, intimidations et représailles : une réalité quotidienne pour Warning Trading
Warning Trading est un site de presse spécialisé dans la dénonciation des arnaques financières, des faux investissements et des pratiques trompeuses visant les épargnants. Nos journalistes publient des enquêtes et des alertes destinées à permettre aux internautes de mieux identifier les risques.
Ce travail expose régulièrement notre rédaction à des réactions hostiles. Nous avons déjà consacré un article aux menaces, chantages, insultes, vengeances et procédures-bâillons auxquels nous sommes confrontés.
Les tentatives de suppression de nos contenus ne sont donc pas un sujet nouveau. Elles s’inscrivent dans un environnement où les publications critiques peuvent déclencher des démarches visant moins à débattre des faits qu’à empêcher leur diffusion.
Nous avons également raconté comment notre site avait déjà été mis hors ligne pendant plusieurs jours à la suite de difficultés liées à ce type de pressions. Une interruption de cette nature porte directement atteinte à la continuité de notre activité journalistique et à l’accès du public aux informations que nous publions.
La répétition de ces incidents révèle une vulnérabilité structurelle des médias indépendants : ils dépendent de fournisseurs techniques qui disposent de moyens considérables, mais dont les procédures ne tiennent pas toujours suffisamment compte des exigences propres à la presse.
Contester une plainte abusive : une charge financière supplémentaire pour les médias indépendants
Google invite les éditeurs qui estiment leurs contenus retirés à tort à déposer une notification de contestation. Les trois courriers renvoient vers le formulaire disponible à l’adresse g.co/legal, avec une référence propre à chaque réclamation.
Présenté comme une voie de recours, ce dispositif transfère néanmoins une partie importante de la charge de travail vers le média concerné. Il faut identifier les articles touchés, analyser les accusations, rassembler les éléments justifiant la publication, préparer les contestations et suivre les réponses éventuelles.
Lorsque neuf articles sont concernés en quelques jours, ce travail représente une mobilisation significative. Pour une petite rédaction, chaque heure consacrée à répondre à une plainte infondée est une heure qui n’est pas consacrée à enquêter, vérifier des témoignages ou publier de nouvelles alertes.
Le déséquilibre est d’autant plus important que les auteurs de signalements abusifs peuvent multiplier les démarches à un coût relativement faible. La rédaction visée, elle, doit se défendre dossier par dossier, avec le risque de perdre une partie de son audience pendant le traitement des recours.
C’est l’un des effets recherchés par les procédures-bâillons : même lorsqu’elles échouent finalement, elles peuvent produire un effet d’épuisement financier, administratif et psychologique.
Les sites de presse doivent bénéficier d’une protection spécifique contre les déréférencements abusifs
Nous demandons que Google et les autres fournisseurs techniques mettent en place des garanties renforcées lorsqu’une plainte vise un média identifié et des contenus relevant manifestement d’une activité journalistique.
Une telle protection pourrait notamment reposer sur un examen humain préalable, une obligation de communiquer des éléments précis justifiant l’atteinte alléguée, une procédure de contestation prioritaire et des mécanismes permettant de détecter les plaintes répétitives ou manifestement abusives.
Il ne s’agit pas d’accorder une immunité aux journalistes. Les médias doivent évidemment respecter le droit d’auteur, le droit de la presse et les décisions judiciaires. Mais la possibilité de faire disparaître une enquête de la recherche en ligne ne devrait pas dépendre d’une simple affirmation difficilement vérifiable.
Nous réclamons également que les plateformes tiennent compte du rôle particulier de la presse dans le débat démocratique. Un article d’investigation consacré à une offre financière potentiellement dangereuse ne saurait être traité exactement comme un fichier piraté ou une reproduction commerciale non autorisée.
Les procédures de retrait doivent enfin être suffisamment transparentes pour permettre aux rédactions de connaître les éléments reprochés et d’exercer un recours réellement effectif, sans devoir supporter des coûts disproportionnés.
Warning Trading continuera à publier ses enquêtes malgré les tentatives de censure
Les trois notifications reçues entre le 11 et le 14 octobre 2026 constituent un nouvel épisode préoccupant pour notre rédaction. Neuf articles consacrés à des offres financières différentes se retrouvent visés par des plaintes fondées sur le droit d’auteur, sans que les documents transmis établissent la réalité des reproductions reprochées.
Nous refusons que des mécanismes légitimes de protection des créateurs puissent devenir des instruments permettant de soustraire des informations d’intérêt général au regard des internautes.
Les personnes ou entreprises qui contestent nos enquêtes disposent de voies légales pour faire valoir leurs droits, notamment le recours aux juridictions compétentes. Elles peuvent également nous communiquer des éléments vérifiables susceptibles de justifier une correction ou une mise à jour. Ce débat contradictoire ne doit pas être remplacé par une stratégie de suppression opaque.
Notre rédaction continuera de documenter les signalements qui visent ses publications, d’en contester le bien-fondé lorsque cela est nécessaire et d’informer ses lecteurs des pressions exercées contre son travail.
La liberté de la presse ne peut pas dépendre de la facilité avec laquelle un tiers remplit un formulaire de réclamation. Protéger les journalistes contre les détournements des procédures de retrait, c’est aussi protéger le droit du public à être informé.
Sources : trois notifications Google Search Console datées des 11 et 14 octobre 2026 ; articles et enquêtes publiés par Warning Trading ; documentation relative aux procédures-bâillons.

