Une prétendue enquête d’Élise Lucet, une mise en page empruntée au Figaro et la promesse de gagner plusieurs milliers d’euros par mois avec 250 euros : la page diffusée sur dici-ou-dailleurs.live accumule les signaux d’une opération de recrutement pour un investissement à risque. Notre avis : ne remplissez pas son formulaire et ne versez pas d’argent à la suite de cette publicité.

Le détail qui change tout : l’adresse du site

La page reproduit les rubriques, la signature et même le pied de page du Figaro. Elle se présente comme une « enquête exclusive » publiée le 13 octobre 2026 par la rédaction économie du journal. Pourtant, l’adresse affichée dans le navigateur est dici-ou-dailleurs.live, et non celle du Figaro.

Cette différence n’a rien d’anodin. Copier l’apparence d’un média permet de donner à une publicité les attributs d’un article de presse : une rédaction identifiable, une date, des témoignages, des commentaires et une supposée vérification indépendante. Aucun de ces éléments, lorsqu’il apparaît sur un domaine tiers, ne prouve que le journal cité a publié ou cautionné le contenu.

Le bon réflexe : lorsqu’un article prétend émaner d’un média connu, vérifiez son adresse dans la barre du navigateur, puis recherchez-le directement sur le site officiel du média. Ne vous fiez pas au seul logo affiché sur la page.

Une « enquête » qui débouche sur un dépôt de 250 euros

Le récit met en scène Élise Lucet, Cash Investigation, Laurent Delahousse et une agence BNP Paribas. Selon la page, une caméra cachée aurait révélé qu’une banque réserve à ses clients fortunés une technologie d’investissement fondée sur l’intelligence artificielle. Cette même technologie serait accessible au grand public grâce à une plateforme appelée Arolestin.

Le texte multiplie les détails spectaculaires : vidéo vue des millions de fois, reportage que les avocats de la banque auraient voulu faire supprimer, dizaines de milliers d’inscriptions et retrait d’argent prétendument possible sous 24 heures. Ces affirmations sont celles de la page examinée ; elles ne constituent pas des faits établis. Leur fonction est de rendre crédible l’étape finale du parcours : communiquer ses coordonnées, attendre l’appel d’un « manager », puis déposer au moins 250 euros.

La mécanique repose aussi sur une promesse financière extraordinaire. La page annonce des gains pouvant atteindre plusieurs milliers d’euros par mois à partir d’une mise initiale de 250 euros, sans expérience et grâce à un système qui « travaille seul ». Un rendement élevé, régulier et présenté comme quasiment sans risque doit au contraire conduire à une extrême prudence.

Pourquoi les témoignages et les commentaires ne suffisent pas

Une retraitée lyonnaise aurait réglé ses difficultés financières grâce à la plateforme. D’autres internautes affirment, dans une longue section de commentaires, avoir retiré leurs premiers gains en quelques jours. La page attribue également des avis favorables à des experts.

Sur un site contrôlé par ceux qui promeuvent l’offre, ces témoignages ne sont pas des preuves indépendantes. Rien, dans le seul contenu reproduit, ne permet de vérifier l’identité des personnes citées, la réalité des opérations ou l’existence des retraits annoncés. Une interface peut afficher un solde en hausse sans que l’argent soit effectivement récupérable.

Le texte cherche par ailleurs à neutraliser les objections avant qu’elles ne soient formulées : il affirme que les 250 euros « restent sur votre compte », que l’inscription serait gratuite et que les fonds pourraient être retirés d’un clic. Ces phrases ne disent ni qui reçoit effectivement les fonds, ni auprès de quel établissement ils sont conservés, ni quelles conditions contractuelles encadrent les retraits.

La référence à l’AMF et à MiCA ne vaut pas autorisation

La page assure qu’Arolestin serait enregistrée auprès de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et conforme au règlement européen MiCA. Une telle déclaration doit être vérifiée auprès des registres officiels, et non acceptée parce qu’elle figure dans une publicité. Il faut notamment identifier la société qui exploite réellement le service, son numéro d’enregistrement, la nature précise de son activité et l’autorité compétente.

La mention de MiCA, qui concerne les crypto-actifs, ne valide pas à elle seule une offre d’investissement et ne garantit aucun rendement. De même, une éventuelle inscription sur un registre ne signifierait pas que l’AMF approuve les gains avancés par la page.

Une adresse accompagnée de paramètres publicitaires

L’adresse communiquée pour cette opération comporte de nombreux paramètres, notamment des identifiants de campagne et de suivi tels que subid, utm_source et gclid. Ils peuvent servir à mesurer la provenance des visiteurs ou à attribuer une inscription à une publicité.

Ces paramètres ne démontrent pas, à eux seuls, une fraude ni une redirection vers un autre site. Ils prennent toutefois un sens particulier ici : la page ressemble moins à un article destiné à informer qu’à un parcours publicitaire conçu pour conduire le lecteur jusqu’à un formulaire d’inscription.

Notre avis sur dici-ou-dailleurs.live

Le domaine distinct de celui du Figaro, l’utilisation alléguée de journalistes connus, les revenus promis, les témoignages invérifiables et l’insistance sur un dépôt initial forment un ensemble de signaux d’alerte sérieux. À notre avis, cette page ne doit pas être traitée comme une enquête de presse ni comme une source fiable de conseils financiers.

Ne transmettez pas vos coordonnées et ne déposez pas les 250 euros demandés. Si vous avez déjà rempli le formulaire, méfiez-vous des appels qui suivront et ne communiquez ni document d’identité, ni accès bancaire, ni code de validation. Si vous avez effectué un paiement, contactez rapidement votre banque, conservez les captures d’écran et les échanges, puis consultez notre guide destiné aux victimes d’arnaques.

Nicolas Gaiardo

Journaliste spécialisé dans la fraude financière et la protection des consommateurs. Fondateur du site de presse WARNING TRADING.

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