Bp.banque.fr commence à faire des dégâts parmi les épargnants français. Nous nous sommes penchés sur son cas.

Vous êtes victime de cette arnaque ? Obtenez justice !

Bp.banque.fr a été créée il y a longtemps mais il faut rester méfiant

Une recherche de Whois avec bp.banque.fr nous indique que ce site a été créé il y a 9400 jours. Plus cette durée est longue, plus un site inspire confiance. C’est un critère intéressant mais cependant insuffisant. En effet, une URL ancienne peut malgré tout dissimuler une arnaque pour plusieurs raisons:

  • Certaines arnaques mettent des années à être détectées, dénoncées et fermées. C’est particulièrement le cas des arnaques pyramidales dans lesquelles les premiers venus gagnent effectivement de l’argent. Des arnaques célèbres comme OneCoin ou Omegapro se sont développées pendant plusieurs années avant d’être dénoncées.
  • Certains escrocs rachètent des URLs anciennes en déshérence pour bénéficier de leur ancienneté et donc de leur crédibilité. Si bien qu’une arnaque récente peut avoir l’air d’exister depuis 10 ans. C’est une façon sophistiquée de tromper les épargnants et les consommateurs.

Les escrocs développent de véritables stratégies. On peut donc distinguer ceux qui multiplient les petites arnaques rapidement découvertes et dénoncées et ceux qui investissent dans une arnaque sur le long terme. Pour les seconds, le whois n’est pas un critère suffisant pour les détecter. Il arrive même que les seconds remboursent des clients pour continuer à en arnaquer d’autres le plus longtemps possible. Ce sont logiquement les plus sophistiquées qui font le plus de dégâts.

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bp.banque.fr, un nom de domaine suspendu

Quand nous nous sommes rendus sur bp.banque.fr, nous avons trouvé un message indiquant que cette URL, c’est-à-dire l’adresse du site internet, posait problème.

Ce genre de message peut venir soit de l’hébergeur qui a été alerté et qui a décidé d’en bloquer d’office le contenu, soit du navigateur (Explorer, Safari, Chrome, Firefox ou Opera) qui tient à jour une liste d’URL frauduleuse et qui décide de bloquer d’office toute tentative de connexion.

Les hébergeurs bloquent souvent d’office un site quand il ont reçu des informations démontrant que cette URL viole des règles de l’ICANN (l’administration américaine qui gère l’attribution des noms de domaines sur internet), des règlements internes propres à chaque hébergeur (voir par exemple les règles en vigueur chez Orange) ou encore des lois et règlements nationaux.

C’est d’ailleurs pour cette raison que certains sites mal intentionnés sont hébergés dans des pays dont les lois sont volontairement laxistes, comme c’est traditionnellement le cas dans ce que l’on appelle les paradis fiscaux. Ils savent qu’ils auront moins de comptes à rendre. Il s’agit donc, au minimum, d’un indice négatif qui doit alerter les internautes.

Une escroquerie à la récupération de fonds

bp.banque.fr pratique ce que l’on appelle la « retape », l’arnaque dans l’arnaque ou encore l’arnaque à la récupération de fonds. En anglais on parle généralement de « recovery room ». Vous pouvez les retrouver dans cette rubrique. C’est une sorte de « voiture-balais » de l’escroquerie. Quand les escrocs ont rincé leur victime et que cette dernière a compris qu’elle s’est faite avoir. Elle est recontactée par des personnes qui prétendent être en mesure des aider à récupérer leur argent… contre de l’argent, bien évidemment…

Les scénarios peuvent varier en deux familles:

  • Dans la première, il s’agit de la même équipe qui recontacte la victime en se faisant passer par exemple pour des policiers, pour des avocats, une société de recouvrement ou même une nouvelle offre d’investissement. Leur atout, c’est d’être déjà au courant de tout, ce qui peut donner à la victime l’impression qu’elle a affaire à des gens qui savent de quoi ils parlent.
  • Dans la seconde famille, il s’agit d’équipes sans aucun lien avec la première escroquerie. Ils trouvent les victimes d’arnaques via des publicités classiques, généralement sur internet, sur lesquelles tombent les victimes quand elles cherchent de l’aide. Tout un petit écosystème de fausses sociétés d’aide à la récupération de fonds s’est ainsi développé. Pour en savoir plus, nous avons publié cette enquête sur le sujet.

Pour comprendre de l’intérieur comment l’arnaque fonctionne, vous pouvez lire cet article sur l’une des rares affaires qui a été jugée en France: l’affaire Ilan Marco.

[email protected], une adresse mail utilisé par cette arnaque

Pour communiquer avec leurs victimes, cette équipe utilise l’adresse mail [email protected]. Il s’agit évidemment d’une fausse identité qui vise à crédibiliser dette ofre frauduleuse.

Ce n’est sans doute pas la seule qu’ils utilisent, mais c’est celle que nous avons réussi à confirmer. Il est probable qu’ils utilisent d’autres adresses mail sur le même modèle du type [email protected].

Une offre sortie de nulle part et totalement inconnue d’internet

Cette offre semble totalement inconnue d’internet. Les moteurs de recherche sortent très peu ou pas de réference pour cette offre. Cela semble signifier que personne n’a jamais entendu parler de cette offre et que personne ne sait ce qu’elle vaut. C’est assez inquiétant quand on propose de tels services. C’est cohérent avec le fait que cette proposition a été lancée il y a peu de temps. Elle risque de disparaître aussi rapidement, après avoir abusé des personnes.

C’est aussi un indice que cette offre n’a pas cherché à investir en réputation, sans doute parce qu’elle ne vise pas à s’installer durablement mais parce qu’elle sait qu’elle disparaitra rapidement. C’est une stratégie parmi d’autres. Certaines offres frauduleuses investissent dans des stratégies réputationnelles pour se construire de toute pièce une réputation fausse. Ces offres visent en revanche à s’installer dans la durée. Mais cela suppose un investissement que toutes les offres frauduleuses ne veulent pas débourser.

Désormais, les arnaques financière en ligne fonctionne comme des industries

Pour le néophyte qui découvre bp.banque.fr, son apparence a l’air parfaitement originale et unique. En réalité, bp.banque.fr est une escroquerie produite d’une façon industrielle. En étudiant chaque jour les nombreuses arnaques qui apparaissent sur internet en permanence, nous relevons régulièrement des points communs entre plusieurs d’entre elles.

Il s’agit généralement d’une même structure graphique et d’une même construction dans le programme informatique (le langage html). Les escrocs ont seulement changé les noms, les couleurs, les illustrations et un peu le texte pour réaliser des économies d’échelles et multiplier les arnaques à moindre coût. Ils font parfois appel à des services de traduction automatique pour pouvoir exploiter leur arnaque dans 10, 20, 30 langues ou plus !

C’est exactement le cas de bp.banque.fr. Nous avons déjà publié des articles sur des arnaques qui ont manifestement été créés par la même équipe et qui sont probablement exploités également par une même équipe d’escrocs. Il faut bien comprendre qu’avec internet et les nouvelles technologies de l’information, l’escroquerie financière est entrée dans un âge industriel. Les tâches (conception des sites, exploitation de l’arnaque, recherche de victimes…) se sont spécialisées et morcelées pour plus d’efficacité et de rentabilité.

Typiquement, bp.banque.fr fait partie d’une série conçue par la même équipe d’escrocs. Les victimes de ces arnaques ont souvent l’impression d’avoir été dupées par une ou deux personnes. En réalité, elles sont les victimes d’équipes bien plus structurées et nombreuses. En dessinant les contours réels de ces bandes organisées et en additionnant les préjudicies de toutes leurs victimes, le problème des arnaques financières en ligne prend une consistance réelle dont l’opinion publique, la police et la Justice n’ont sans doute pas conscience.

Cette arnaque usurpe l’identité d’une autorité administrative

Un scénario d’arnaque possible consiste à usurper l’identité d’autorités publique. C’est ce que pratique bp.banque.fr. C’est souvent dans un scénario d’arnaque à la « retape », c’est-à-dire d’arnaque à la récupération de fonds ciblant les personnes déjà victime d’arnaque.

Les arnaques sont désormais structurées comme une industrie, comme en témoigne l’édifiante affaire Ilan Marco, jugé en France pour avoir pratiqué la retape à grande échelle. Cette affaire a été une fenêtre ouverte sur l’industrie de l’arnaque financière organisée depuis Israël.

Quand les escrocs comprennent qu’elles ont pris tout ce qu’elles peuvent à une victime et que celle-ci a compris qu’elle s’est faite avoir, son dossier est transmis à une autre équipe spécialisée dans ce type de scénario d’arnaque conçu spécialement pour les personnes déjà victimes d’une première arnaque. Elle vont étudier le profil de la victime pour imaginer un scénario plausible qui implique généralement l’usurpation de l’identité d’une autorité publique pour légitimer cette démarche.

Il s’agit souvent de ce que l’on appelle des Autorités Administratives Indépendantes ou AAI. Celle dont l’identité est la plus usurpée est sans conteste l’AMF, l’Autorité des Marchés Financiers pour la France. En Angleterre, la FCA ou le fisc voient également leur identité régulièrement usurpée. Mais il arrive aussi que les escrocs usurpent l’identité de la police, de la gendarmerie ou de l’administration fiscale, ou encore d’officier public comme des notaires

Cette arnaque utilise l’adresse [email protected]

Pour communiquer avec leurs victimes, cette équipe utilise l’adresse mail [email protected]. Il s’agit évidemment d’une fausse identité qui vise à crédibiliser dette ofre frauduleuse.

Ce n’est sans doute pas la seule qu’ils utilisent, mais c’est celle que nous avons réussi à confirmer. Il est probable qu’ils utilisent d’autres adresses mail sur le même modèle du type [email protected].

Une entité figurant dans la liste noire de l’Assurance Banque Epargne Info Service

La présence sur la liste noire de l’Assurance Banque Epargne Info Service de l’entité bp.banque.fr doit vous dissuader de poursuivre votre relation avec votre interlocuteur. La technique manipulatoire qui consiste à vous faire croire que cette présence n’a pour but que de vous éviter de gagner de l’argent dans une dimension conspirationniste ne doit pas vous impressionner.

La mise en garde de l’Assurance Banque Epargne Info Service sur cette entité n’est pas là par hasard. En cas de fraude, vous ne pourrez pas faire appel à elle pour vous défendre. La création de ces listes noires est en partie un aveu d’impuissance des autorités qui ne parviennent pas à mettre fin à la prolifération d’arnaque sur internet et plus largement, à réguler internet. Elles ont donc recours à cette forme de « shaming » public.

A notre avis, bp.banque.fr est bien une arnaque

Aucun doute possible pour nous, bp.banque.fr est bien une arnaque et doit être considéré comme tel.

Les victimes ont souvent du mal à admettre que des gens mettent autant de moyens, d’énergie et d’intelligence pour les dépouiller. Pourtant c’est bien le cas: cette URL sert à rançonner des épargnants et cette activité fait vivre beaucoup de complices. L’arnaques 2.0 est devenue une industrie.

Philippe Miller

Journaliste professionnel, télé et web, carte de presse n°115527, depuis 2010, spécialiste des arnaques financières, des paradis fiscaux et des mafias.

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