Déjà condamné pour escroquerie, Vincent Faudemer comparaît à nouveau devant la justice. Retour sur un parcours jalonné de controverses.

Il s’était fait connaître en transformant Babar en objet de luxe, avant de se lancer dans les NFT et les cryptomonnaies. Mais derrière la réussite médiatique de Vincent Faudemer, créateur des célèbres statuettes Babolex, se dessine un parcours entrepreneurial beaucoup moins reluisant. Le 9 octobre 2026, cet entrepreneur caennais de 40 ans a de nouveau comparu devant la cour d’appel de Caen, notamment pour fraude fiscale et travail dissimulé. Le ministère public a requis une peine de prison dont une partie ferme.

Cette nouvelle audience ravive les interrogations que nous avions soulevées dès décembre 2022 dans notre enquête intitulée « Vincent Faudemer, Babolex et Belouga : le grand bluff ». À l’époque, nous avions retracé les antécédents judiciaires de l’entrepreneur, ses méthodes commerciales et les nombreuses promesses entourant ses projets artistiques et financiers. Quatre ans plus tard, ses démêlés avec la justice donnent un nouvel éclairage à ce parcours.

Fraude fiscale et travail dissimulé : quatre mois de prison ferme requis en appel

Le vendredi 9 octobre 2026, Vincent Faudemer s’est présenté devant la cour d’appel de Caen pour répondre de plusieurs infractions, parmi lesquelles la fraude fiscale, le travail dissimulé et l’exercice d’une activité commerciale malgré une interdiction judiciaire.

En juin 2024, le créateur de Babolex avait été condamné en première instance à 40 000 euros d’amende et quinze années d’interdiction de gérer une entreprise. Contestant cette décision, il avait interjeté appel.

À l’audience, l’avocat général a rappelé que l’entrepreneur avait poursuivi ses activités commerciales malgré une précédente interdiction. Selon les éléments rapportés par ICI Normandie, 350 000 euros auraient été soustraits aux obligations fiscales, notamment en raison de revenus non déclarés et de TVA impayée.

Le représentant du ministère public a requis un an d’emprisonnement, dont huit mois avec sursis, soit quatre mois de prison ferme. Il a également demandé la confiscation du produit de l’infraction, correspondant à des fonds saisis sous forme de cryptomonnaies.

Pour sa défense, Vincent Faudemer a invoqué la négligence plutôt qu’une volonté délibérée de frauder. Il a affirmé avoir déjà remboursé 276 000 euros et assuré avoir tiré les leçons de ses erreurs. Il a également déclaré que la mauvaise publicité entourant ses affaires judiciaires avait profondément affecté sa vie.

Les magistrats semblent toutefois avoir accueilli avec réserve cette explication. L’un des enjeux du procès consiste précisément à déterminer si les manquements reprochés relèvent d’une mauvaise gestion ou de comportements pénalement répréhensibles.

La décision de la cour d’appel est attendue le 9 décembre 2026 à 8 h 30. Dans l’attente de cet arrêt, les réquisitions du ministère public ne doivent évidemment pas être confondues avec une condamnation définitive.

Avant Babolex, une condamnation pour escroquerie dans l’affaire Mécanistore

Les difficultés judiciaires de Vincent Faudemer ne commencent pas avec ses sculptures. Bien avant de devenir une personnalité médiatique de l’art contemporain, l’entrepreneur s’était illustré dans le commerce de deux-roues, de quads et de produits vendus sur internet.

Notre enquête de décembre 2022 revenait longuement sur l’affaire Mécanistore, du nom d’un site de commerce électronique dont l’exploitation avait provoqué de nombreux litiges avec les consommateurs.

Au début des années 2010, plusieurs structures commerciales liées à Vincent Faudemer connaissent d’importantes difficultés. Parmi elles figure Europamotors, liquidée en 2011 avec un passif d’environ 700 000 euros.

L’activité se poursuit notamment à travers les sites Mécanistore et Xtrem Store, spécialisés dans la vente de véhicules et d’équipements. Mais les commandes non honorées s’accumulent. Des produits continuent d’être proposés alors que leur livraison pose problème.

Notre enquête avait notamment décrit des pratiques destinées à entretenir l’apparence d’une activité commerciale normale : présentation de stocks, communication rassurante, réponses automatiques et reports de livraison.

Selon les éléments judiciaires que nous avions examinés, environ 280 clients avaient été affectés par les dysfonctionnements, tandis que le déficit terminal atteignait approximativement 715 000 euros.

Vincent Faudemer avait été condamné dans cette affaire pour des infractions comprenant l’escroquerie et des abus de biens sociaux. ICI Normandie rappelle qu’une condamnation prononcée en 2017 lui avait infligé deux ans de prison avec sursis, assortis d’une interdiction d’exercer une profession commerciale.

Cette interdiction constitue aujourd’hui un élément central de ses nouveaux démêlés judiciaires : malgré cette mesure, l’entrepreneur a continué à développer des activités commerciales, notamment dans la vente de matelas, avant de lancer Babolex.

Babolex : comment Vincent Faudemer a construit son image de star de l’art contemporain

En 2018, Vincent Faudemer réussit un spectaculaire changement d’image. Exit les quads et les difficultés du commerce électronique : place à Babolex, une sculpture représentant Babar avec une montre Rolex.

Le concept repose sur une association particulièrement efficace : un personnage emblématique de l’enfance, des codes visuels empruntés au luxe et une esthétique proche de certaines créations de Jeff Koons ou Richard Orlinski.

Faudemer comprend rapidement l’intérêt des réseaux sociaux, des célébrités et du marketing de la rareté. Ses sculptures chromées, déclinées en différentes couleurs et éditions, circulent sur Instagram. Des personnalités du sport et du divertissement posent avec ses créations.

Le succès médiatique est considérable. Des publications lui consacrent des portraits flatteurs, allant jusqu’à le présenter comme le « petit prince de l’art contemporain ». Sa communauté numérique prend de l’ampleur, et l’entrepreneur revendique une réussite spectaculaire.

Pourtant, derrière cette communication particulièrement maîtrisée, plusieurs questions apparaissent. Notre enquête de 2022 relevait notamment la multiplication des éditions et la difficulté à distinguer la valeur artistique d’une œuvre de sa valeur spéculative.

Nous avions également constaté que certaines sculptures proposées à des prix élevés se retrouvaient sur le marché secondaire à des tarifs nettement inférieurs. Un Babolex associé au rappeur Snoop Dogg, initialement commercialisé autour de 1 200 euros, était ainsi proposé à 550 euros sur eBay au moment de nos vérifications.

Ces observations ponctuelles ne permettent pas de mesurer l’évolution générale du marché de Babolex. Elles illustrent néanmoins les risques encourus par les acheteurs lorsqu’un objet de collection est présenté, explicitement ou implicitement, comme susceptible de prendre de la valeur.

NFT, AlienX et Belouga : notre enquête de 2022 avait révélé une multiplication de projets controversés

Le succès de Babolex ne suffit pas à Vincent Faudemer. Entre 2018 et 2022, l’entrepreneur multiplie les initiatives destinées à prolonger l’engouement autour de ses créations.

Notre enquête « Vincent Faudemer, Babolex et Belouga : le grand bluff », publiée le 22 décembre 2022, avait recensé une succession de projets : cartes à collectionner Babolex, NFT, AlienX, Baboland, Villa Estate et Belouga.

Plusieurs initiatives mêlaient divertissement, collection numérique et perspectives de gains financiers. Le projet Baboland, par exemple, devait permettre aux joueurs de gagner des jetons numériques en participant à des activités virtuelles. Villa Estate promettait quant à lui des opportunités immobilières dans un univers numérique inspiré de Los Angeles.

Mais les réalisations ne suivaient pas toujours les annonces. Lors de notre enquête, nous avions relevé que plusieurs projets étaient abandonnés, interrompus ou toujours inachevés, alors que de nouvelles initiatives continuaient d’être présentées à la communauté.

Certains clients dénonçaient des commandes non honorées ou des avantages promotionnels qu’ils affirmaient ne pas avoir reçus. Ces témoignages de mécontentement ne constituent pas, à eux seuls, la preuve d’une escroquerie, mais ils mettaient en évidence un décalage préoccupant entre la communication commerciale et l’exécution de certaines promesses.

Le cas de Belouga.io nous avait particulièrement interpellés. Lancé en septembre 2022, ce projet prétendait permettre de participer à une activité de minage de Bitcoin utilisant de l’électricité produite grâce à la récupération de méthane provenant de puits pétroliers.

Notre enquête avait identifié plusieurs anomalies : des informations légales insuffisantes concernant un partenaire présenté comme fournisseur technique, une équipe dont certaines fonctions n’avaient pas pu être confirmées et des offres ressemblant à des placements financiers.

Nous avions notamment interrogé Vincent Faudemer sur les autorisations réglementaires nécessaires. Il nous avait répondu avoir sollicité des avocats afin d’étudier les possibilités d’enregistrement auprès de l’Autorité des marchés financiers.

Ces interrogations étaient d’autant plus importantes que les cryptomonnaies, les NFT et les investissements présentés comme innovants peuvent exposer les particuliers à des pertes considérables, notamment lorsque la transparence sur les opérateurs et les mécanismes économiques est insuffisante.

Il convient cependant de préciser que les poursuites examinées à Caen en octobre 2026 ne constituent pas, sur la base des informations disponibles, un jugement sur la légalité des projets Belouga ou AlienX. Il serait donc inexact de présenter les controverses entourant ces initiatives comme des infractions établies par la cour d’appel.

Un excellent communicant, mais des difficultés de gestion récurrentes

Un élément traverse l’ensemble du parcours de Vincent Faudemer : sa capacité à créer de l’attention autour de ses activités.

De la vente de deux-roues aux sculptures Babolex, puis des NFT aux projets liés au Bitcoin, l’entrepreneur a régulièrement démontré une aptitude à identifier des marchés porteurs et à mobiliser des communautés autour de nouvelles offres.

Mais cette capacité commerciale contraste avec les difficultés judiciaires et financières qui ont accompagné plusieurs de ses entreprises. Lors de l’audience du 9 octobre 2026, l’avocat général a utilisé une comparaison avec Célesteville, la ville imaginaire de Babar, pour évoquer le rapport particulier de l’entrepreneur à l’argent et à ses obligations.

Cette observation fait écho à une question déjà soulevée dans notre enquête de 2022 : comment expliquer la répétition de difficultés de gestion alors que les projets successifs bénéficient parfois d’une importante exposition médiatique ?

Il serait simpliste de réduire ce parcours à une seule explication. Les difficultés d’une entreprise peuvent résulter d’erreurs de gestion, d’une croissance mal maîtrisée ou d’un modèle économique fragile. Mais les condamnations antérieures de Vincent Faudemer et les infractions actuellement examinées en appel dépassent le cadre d’une simple discussion sur ses qualités de gestionnaire.

Pour les consommateurs et les investisseurs, cette distinction est essentielle. Une forte notoriété, un nombre élevé d’abonnés ou la présence de célébrités ne constituent jamais une garantie de sérieux financier ou de conformité réglementaire.

Vincent Faudemer envisage déjà de relancer Babolex

Malgré ses démêlés judiciaires, Vincent Faudemer ne semble pas avoir renoncé à ses ambitions entrepreneuriales.

Lors de l’audience d’octobre 2026, il a expliqué exercer désormais une activité de consultant en marketing sur internet. Il a également indiqué envisager de reprendre la commercialisation de Babolex dès lors que sa situation judiciaire le lui permettrait.

Cette perspective pose une question importante : dans quelles conditions un entrepreneur ayant fait l’objet d’interdictions professionnelles peut-il reprendre une activité commerciale ? La réponse dépend notamment de la portée exacte des décisions judiciaires, de leur caractère exécutoire et de leur éventuelle modification en appel.

Le prochain arrêt de la cour d’appel sera donc déterminant pour l’avenir professionnel de Vincent Faudemer. Il permettra également de savoir si les magistrats confirment, modifient ou infirment les sanctions prononcées en première instance en 2024.

Pour Warning Trading, cette affaire rappelle surtout l’importance de ne pas confondre réussite médiatique et fiabilité économique. L’histoire de Babolex illustre la manière dont une communication spectaculaire peut parfois détourner l’attention de questions plus fondamentales : qui exploite réellement une activité, quelles obligations légales sont respectées et quelles garanties sont offertes aux clients ?

Notre enquête de 2022 avait mis en lumière de nombreuses zones d’ombre autour des projets de Vincent Faudemer. Les nouvelles audiences judiciaires ne valident pas automatiquement l’ensemble de nos interrogations, mais elles confirment que son parcours entrepreneurial mérite un examen attentif, au-delà de l’image soigneusement construite sur les réseaux sociaux.

Le 9 décembre 2026 constituera une nouvelle étape judiciaire pour le créateur de Babolex. En attendant, cette affaire rappelle qu’une réputation numérique, aussi impressionnante soit-elle, ne saurait remplacer la transparence commerciale, la rigueur comptable et le respect de la loi.

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Philippe Miller

Journaliste professionnel, télé et web, carte de presse n°115527, depuis 2010, spécialiste des arnaques financières, des paradis fiscaux et des mafias.

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