Des acteurs anonymes tentent de faire disparaître nos enquêtes en copiant nos articles sur Tumblr avant de déposer de fausses plaintes DMCA auprès de Google.

Une mécanique de censure bien rodée et répétée

Nous faisons face à une situation désormais bien identifiée : pour la quatrième fois, nos contenus journalistiques font l’objet d’une tentative de déréférencement abusif via le mécanisme DMCA de Google (voir un exemple). Le procédé, particulièrement préoccupant, repose sur une manipulation grossière mais redoutablement efficace des outils automatisés de signalement.

Le mode opératoire est toujours le même. Des individus – que l’on peut qualifier de “nettoyeurs” spécialisés dans la réputation en ligne – copient intégralement ou partiellement nos articles publiés sur Warning-Trading.com. Ces contenus sont ensuite republés sur la plateforme Tumblr, avec une antériorité artificiellement construite ou difficilement vérifiable. Dans un second temps, ces mêmes acteurs adressent une plainte DMCA à Google en affirmant que notre site aurait copié leur contenu.

Exemple de fausse plainte DMCA

Exemple de fausse plainte DMCA

Résultat : nos articles, pourtant originaux et issus d’un travail journalistique, se retrouvent accusés d’être des copies. Cette inversion totale de la réalité est facilitée par l’absence d’analyse approfondie dans le traitement initial des plaintes. Une simple déclaration suffit souvent à déclencher un processus de déréférencement temporaire.

Les données issues de la base Lumen confirment cette stratégie répétée. Plusieurs plaintes récentes visent Warning-Trading, avec des schémas identiques : des “Original URLs” hébergées sur Tumblr et des “Allegedly Infringing URLs” pointant vers notre site. Ces signalements ont été émis depuis des pays tels que la Norvège, la Hongrie ou la Lituanie, ce qui interroge fortement sur leur authenticité géographique.

Il est en effet difficile de croire que ces réclamations proviennent réellement de ces juridictions. Tout porte à penser qu’il s’agit de localisations artificielles, probablement obtenues via des VPN, afin de complexifier les recours et brouiller les pistes.

Des procédures DMCA détournées : une forme de procédure-bâillon

Ce type de pratique s’inscrit clairement dans ce que l’on appelle une procédure-bâillon (SLAPP). L’objectif n’est pas de faire reconnaître un droit légitime, mais d’obtenir la disparition rapide d’un contenu dérangeant sans passer par un juge.

Chez Warning-Trading, nous sommes un site de presse spécialisé dans la dénonciation des arnaques financières. Nos articles reposent sur des enquêtes, des témoignages de victimes et des analyses documentées. Pourtant, les personnes mises en cause ne choisissent presque jamais la voie judiciaire classique pour contester nos publications.

Au lieu de saisir les tribunaux – seuls compétents pour juger du caractère diffamatoire ou non d’un contenu – ces acteurs préfèrent détourner les outils techniques mis en place par des intermédiaires comme Google. Ces procédures, conçues à l’origine pour protéger les droits d’auteur, sont ici instrumentalisées pour obtenir une censure privée.

Le problème est aggravé par le fonctionnement largement automatisé de ces systèmes. Google, comme d’autres géants du numérique, traite un volume colossal de plaintes DMCA. Dans ce contexte, les vérifications sont souvent limitées, voire inexistantes à ce stade. Il en résulte une situation où un acteur malveillant peut, avec peu d’efforts, faire disparaître temporairement un contenu journalistique.

Dans notre cas, la manipulation est particulièrement flagrante : le contenu prétendument “original” est en réalité une copie de nos propres articles, publiée sur Tumblr dans le seul but de créer un faux précédent. Pourtant, cette fraude évidente ne semble pas être détectée automatiquement par les systèmes de traitement des plaintes.

Une pression constante contre notre travail journalistique

Cette nouvelle tentative de censure ne constitue pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans un ensemble plus large de pressions et de représailles que nous subissons régulièrement. Menaces, chantage, insultes, tentatives de déstabilisation : ces méthodes sont devenues le quotidien de notre rédaction.

Nous avons documenté ces pratiques dans un article détaillé accessible ici. Dans certains cas, ces attaques ont eu des conséquences particulièrement graves. Notre site a déjà été mis hors ligne pendant plusieurs jours à la suite de signalements abusifs adressés à nos prestataires techniques. Nous avons relaté cet épisode ici.

Ces éléments illustrent une réalité inquiétante : les outils censés protéger les droits peuvent être retournés contre ceux qui informent le public. Dans ce contexte, les “nettoyeurs” exploitent les failles des filtres automatisés pour faire disparaître des contenus gênants sans jamais avoir à répondre sur le fond.

Le plus préoccupant reste l’absence de contradictoire. Avant même que nous ayons la possibilité de contester une plainte, nos articles peuvent être déréférencés, réduisant considérablement leur visibilité. Cette asymétrie profite clairement aux acteurs malveillants.

Face à ces attaques répétées, notre position reste inchangée. Nous continuerons à republier nos articles autant de fois que nécessaire. Chaque tentative de censure fera l’objet d’un nouvel article, afin d’informer nos lecteurs des méthodes utilisées pour tenter de faire taire la presse indépendante.

Si les personnes visées par nos enquêtes estiment que nos contenus sont inexacts, elles disposent d’un recours simple et légitime : saisir la justice. Le détournement des procédures DMCA, en revanche, constitue une atteinte grave à la liberté d’informer.

Cette quatrième republication en est la preuve : loin de nous faire taire, ces manœuvres renforcent notre détermination à dénoncer les arnaques et ceux qui cherchent à les dissimuler.

Nous craignons que même cet article fasse l’objet d’une plainte et que Google lui donne raison…


Retrouvez notre rubrique judiciaire.

Philippe Miller

Journaliste professionnel, télé et web, carte de presse n°115527, depuis 2010, spécialiste des arnaques financières, des paradis fiscaux et des mafias.

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