Google a reçu une notification alléguant une violation de droits d’auteur visant un article de Warning-Trading. Une procédure contestable qui s’apparente à une tentative de censure.

Une notification DMCA utilisée pour faire disparaître un article de presse

Le 25 mars 2026, Google a informé le site Warning-Trading qu’une plainte pour atteinte présumée aux droits d’auteur avait été déposée à son encontre. Cette notification s’inscrit dans le cadre des procédures automatisées de retrait de contenu mises en place par les grandes plateformes numériques. L’objectif affiché est de protéger les titulaires de droits, mais dans les faits, ces dispositifs sont régulièrement détournés.

Dans le cas présent, la plainte affirme que des images et vidéos protégées appartiendraient à une créatrice utilisant les pseudonymes « Mibadbitch », « Bri Naranjo » ou « Brianna Naranjo », et que leur diffusion en dehors de la plateforme OnlyFans serait interdite. Sur cette seule base déclarative, Google a décidé de déréférencer une page du site Warning-Trading, sans intervention d’un juge ni analyse contradictoire approfondie.

La notification est désormais archivée dans la base Lumen, consultable à l’adresse suivante : https://lumendatabase.org/notices/81378887. Ce type de publication vise la transparence, mais intervient après coup et ne protège pas efficacement contre les abus initiaux.

Une URL ciblée : analyse du contenu visé

La plainte concerne précisément l’URL suivante :

Cet article s’inscrit dans la ligne éditoriale de Warning-Trading, qui consiste à enquêter sur des pratiques douteuses et à alerter le public sur des risques d’arnaques. Le contenu de cette page analyse des activités suspectes associées à un individu ou une entité, en s’appuyant sur des éléments factuels, des témoignages et des vérifications journalistiques.

Contrairement à ce que suggère la plainte, l’objectif de cet article n’est en aucun cas de diffuser du contenu protégé à des fins illicites. Il s’agit d’un travail d’information relevant du droit de la presse. Si des éléments visuels sont présents, ils sont utilisés dans un cadre informatif, ce qui peut relever d’exceptions légales telles que le droit de citation ou le droit à l’information.

Le recours à une procédure DMCA dans ce contexte soulève donc des questions sérieuses : s’agit-il réellement d’une défense légitime de droits d’auteur, ou d’un prétexte pour tenter de faire disparaître un հոդված gênant ?

Une procédure automatisée inadaptée au traitement des contenus journalistiques

Les grandes plateformes comme Google ont mis en place des systèmes de traitement automatisé des plaintes. Ces mécanismes, bien que nécessaires à grande échelle, présentent une faiblesse majeure : ils ne sont pas conçus pour apprécier la complexité des contenus journalistiques.

Dans la pratique, une simple déclaration suffit souvent à déclencher un déréférencement provisoire. L’éditeur du site visé doit ensuite engager une procédure de contestation, inversant ainsi la charge de la preuve. Cette situation est particulièrement problématique pour les médias indépendants, qui ne disposent pas toujours des ressources juridiques nécessaires pour répondre rapidement.

Ce déséquilibre favorise les abus. Des individus ou organisations mis en cause dans des enquêtes peuvent exploiter ces outils pour tenter d’effacer des contenus dérangeants, sans passer par les voies judiciaires classiques. Pourtant, seules ces dernières permettent un débat contradictoire équitable.

Une nouvelle illustration de procédure-bâillon contre la presse

Cette affaire s’inscrit clairement dans le cadre des procédures-bâillons (SLAPP), visant à intimider ou réduire au silence les journalistes et les lanceurs d’alerte. Plutôt que de contester les informations publiées devant les juridictions compétentes, certains préfèrent détourner des mécanismes techniques pour obtenir un retrait rapide.

Warning-Trading est régulièrement confronté à ce type de pressions. Menaces, tentatives de chantage, insultes et procédures abusives font partie du quotidien du site, comme détaillé dans cet article.

Dans certains cas, ces attaques ont eu des conséquences graves. Le site a déjà été mis hors ligne pendant plusieurs jours à la suite de signalements abusifs auprès de prestataires techniques, comme expliqué ici.

Ces éléments illustrent une stratégie récurrente : contourner la justice pour obtenir une censure rapide et discrète.

Défendre la liberté d’informer face aux abus de procédure

Warning-Trading rappelle qu’il est un site de presse engagé dans la dénonciation des arnaques et des pratiques frauduleuses. Les personnes mises en cause disposent de recours légaux pour contester les publications, notamment par voie judiciaire. Pourtant, elles choisissent fréquemment de ne pas utiliser ces moyens, préférant des procédures techniques moins transparentes.

Cette situation pose un enjeu démocratique majeur. Si des acteurs peuvent faire disparaître des contenus journalistiques par de simples notifications automatisées, sans contrôle judiciaire préalable, c’est l’ensemble du droit à l’information qui est fragilisé.

Face à cette tentative de censure, Warning-Trading se réserve le droit de contester la décision de Google via une notification de contestation (contre-notification). Le site continuera à défendre son travail d’enquête et à dénoncer les abus, qu’ils soient financiers ou procéduraux.

Plus largement, cette affaire souligne la nécessité urgente de réformer les mécanismes de signalement en ligne, afin d’éviter qu’ils ne deviennent des outils de censure au service de ceux qui cherchent à échapper à la critique légitime.

Philippe Miller

Journaliste professionnel, télé et web, carte de presse n°115527, depuis 2010, spécialiste des arnaques financières, des paradis fiscaux et des mafias.

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