Casino-Rallye : 10 condamnés pour corruption, manipulation et délit d’initié. Jusqu’à 4 ans de prison et 40 M€ d’amende.
10 personnes condamnées pour corruption et abus de marché
Le 29 janvier 2026, le tribunal correctionnel de Paris a condamné cinq personnes physiques et cinq personnes morales pour des faits de corruption privée, de manipulation de marché en bande organisée et de délit d’initié.
Ces condamnations font suite à des signalements adressés dès 2020 au Parquet national financier (PNF) par l’Autorité des marchés financiers (AMF), dans le cadre d’une enquête portant sur l’information financière et le marché des titres Casino et Rallye.
Une enquête ouverte en 2018
L’affaire trouve son origine dans une enquête ouverte en octobre 2018 par l’AMF concernant la communication financière et les transactions sur les titres Casino et Rallye. À l’issue de ses investigations, et notamment de visites domiciliaires, l’AMF a identifié plusieurs agissements susceptibles de qualifications pénales.
Les enquêteurs ont mis au jour un schéma manipulatoire impliquant le groupe Casino et M. Nicolas Miguet. Selon les éléments recueillis, une relation d’affaires rémunérée aurait été dissimulée sous la forme d’une convention de conseil et de la vente d’abonnements au journal Hebdo BoursePlus.
Par ailleurs, des faits susceptibles de constituer un délit d’initié ont été relevés. Le directeur de la communication du groupe Casino aurait transmis à M. Miguet une information privilégiée relative à l’accélération et au dépassement des objectifs de cessions d’actifs du groupe, engagés dans une stratégie de désendettement. Cette information aurait ensuite été utilisée par M. Miguet pour intervenir sur le titre Casino et formuler des recommandations positives auprès de son lectorat et de son auditoire.
Au total, cinq signalements ont été transmis par l’AMF au PNF à compter de janvier 2020.
Le choix de poursuites pénales
Dans le cadre de la procédure d’aiguillage entre l’AMF et le PNF — mécanisme permettant de déterminer l’autorité la plus appropriée pour engager les poursuites en matière d’abus de marché — il a été décidé que les poursuites seraient exercées par le PNF, compte tenu de la gravité des faits.
Durant toute la procédure, l’AMF est restée étroitement associée au dossier. Elle a assisté les magistrats lors de perquisitions et d’auditions, répondu à plusieurs réquisitions ainsi qu’à une demande d’avis, et s’est constituée partie civile, conformément aux dispositions du code monétaire et financier issues de la loi de sécurité financière de 2003. Cette participation lui permet de soutenir l’action publique et d’apporter son expertise technique à l’autorité judiciaire.
Des peines lourdes et exemplaires
Dans sa décision du 29 janvier 2026, la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris a prononcé des peines pouvant aller jusqu’à quatre ans d’emprisonnement, dont des peines ferme, ainsi que des amendes atteignant 40 millions d’euros. Des interdictions d’exercice ont également été prononcées.
Parmi les personnes condamnées figurent le groupe Casino et plusieurs anciens cadres dirigeants : Jean-Charles Naouri, Franck-Philippe Georgin, Nicolas Boudot et Jacques Dumas. Nicolas Miguet ainsi que trois sociétés lui étant liées ont également été condamnés.
Plusieurs actionnaires, constitués parties civiles, ont obtenu réparation de leurs préjudices matériel et moral. Le tribunal a en outre reconnu la recevabilité de la constitution de partie civile de l’AMF et l’existence de son préjudice moral.
La décision reste susceptible d’appel.
Un autre volet déjà sanctionné en 2023
Cette procédure pénale s’inscrit dans une enquête plus large. Dans un autre volet du dossier, également issu de l’enquête ouverte en octobre 2018, l’AMF avait choisi d’exercer elle-même les poursuites à l’issue de la procédure d’aiguillage.
Le 7 septembre 2023, la Commission des sanctions avait ainsi infligé 26 millions d’euros de sanctions pécuniaires à la société Rallye et à son directeur général pour diffusion d’informations fausses ou trompeuses, susceptibles d’avoir fixé le cours du titre à un niveau anormal ou artificiel.
Une coopération renforcée contre les abus de marché
L’ensemble de cette affaire illustre la coopération étroite entre le Parquet national financier et l’Autorité des marchés financiers. Cette coordination est essentielle pour détecter et sanctionner efficacement des pratiques graves susceptibles de porter atteinte à l’intégrité des marchés financiers et à la confiance des investisseurs.
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