Déjà cité dans plusieurs enquêtes de Warning Trading sur Centurion, ConnectJob et Freedom IP, Ali Kassem Kassab est mort en détention en Tunisie.
L’homme d’affaires et ingénieur libanais Ali Kassem Kassab est décédé alors qu’il était détenu à la prison civile de Mornaguia, près de Tunis. Son décès intervient alors que les prisons tunisiennes font l’objet de nouvelles alertes concernant la surpopulation, les fortes chaleurs, l’accès à l’eau et la prise en charge médicale des détenus.

Extrait d’un article relatant la nouvelle de sa mort.
Pour Warning Trading, ce nom n’est pas inconnu. Ali Kassab était apparu dans plusieurs de nos enquêtes, d’abord autour de Centurion Invest, puis à propos de l’échec du projet crypto ConnectJob et, plus récemment, lors du lancement de Freedom IP Capital. Des activités qui avaient suscité de sérieuses interrogations et, concernant Centurion Invest, des témoignages de personnes affirmant avoir perdu des sommes importantes.
Les circonstances de la mort d’Ali Kassab restent à établir
Le 9 septembre 2026, le média tunisien Directinfo a rapporté, en se fondant sur une publication de Moez Haj Mansour, le décès d’Ali Kassem Kassab à la prison de Mornaguia. Selon cette version, cet homme d’affaires libanais, marié à une Tunisienne, était venu passer ses vacances d’été en Tunisie avant son arrestation. Il aurait été détenu pendant près de deux mois. Les motifs et circonstances exacts de cette arrestation méritent toutefois d’être confirmés par des sources officielles.
Plus important encore, la cause exacte de sa mort n’est pas établie publiquement. Moez Haj Mansour a évoqué une possible déshydratation dans un contexte de fortes chaleurs et mis en cause la prise en charge sanitaire en détention. En l’absence de conclusions médico-légales publiques permettant de trancher cette question, ces affirmations doivent rester présentées comme telles et ne permettent pas, à ce stade, d’imputer la mort à une personne ou à une institution déterminée.
Ce décès s’inscrit néanmoins dans un contexte qui dépasse très largement le seul cas d’Ali Kassab. L’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) a récemment alerté sur la dégradation des conditions de détention pendant l’été 2026, citant les vagues de chaleur, les difficultés d’accès à l’eau et à l’électricité, la surpopulation ainsi que les problèmes d’accès aux soins. L’organisation rapporte également des malaises, des difficultés respiratoires et des hospitalisations dans certains établissements.
33 000 détenus pour seulement 17 000 places
Les chiffres permettent de mesurer l’ampleur du problème. Selon les dernières données disponibles du World Prison Brief, 33 000 personnes étaient détenues en Tunisie en mai 2025 pour une capacité officielle d’environ 17 000 places. Cela correspond à un taux d’occupation national de 194,1 %. Certains établissements dépasseraient même largement les 200 %.
La situation est devenue particulièrement préoccupante pendant l’été 2026. La Ligue tunisienne des droits de l’homme a recensé plusieurs dizaines de décès pendant cette période. Son président Bassem Trifi a indiqué à l’AFP que l’organisation avait documenté 23 morts de détenus à partir d’informations provenant notamment de médecins, d’avocats et de familles. Les autorités tunisiennes ont cependant souligné qu’un décès ne pouvait être médicalement attribué à la chaleur sans conclusions de médecins légistes.
Le quotidien Le Monde a également rapporté plusieurs témoignages de familles faisant état de cellules surpeuplées, de chaleur extrême et de difficultés d’accès à l’eau. Le journal souligne parallèlement qu’aucun bilan officiel consolidé des décès n’avait alors été communiqué par l’administration pénitentiaire.

Article paru dans Le Monde à propos de conditions carcérale dans cette prison.
Ces éléments ne permettent donc pas de conclure automatiquement que la chaleur ou les conditions carcérales ont causé le décès d’Ali Kassab. Ils rendent en revanche particulièrement nécessaire la publication des conclusions de l’enquête et des constatations médicales.
Ali Kassab était déjà apparu dans nos enquêtes sur Centurion
Le parcours professionnel d’Ali Kassab avait attiré notre attention bien avant son décès. Dès janvier 2022, Warning Trading avait consacré une enquête à Centurion Invest, plateforme de trading qui se présentait comme installée en Estonie alors qu’une partie de ses collaborateurs apparaissaient basés notamment à Dubaï, Tunis ou au Liban.
Centurion Invest avait surtout fait l’objet d’une mise en garde des autorités françaises. Nous avions par ailleurs identifié Ali Kassab dans une vidéo où il apparaissait comme dirigeant de Centurion. Après la publication de notre article, plusieurs internautes ont laissé des témoignages affirmant avoir perdu de l’argent ou ne plus pouvoir retirer leurs fonds. Ces commentaires constituent des témoignages et non, à eux seuls, la preuve judiciaire de chacune des accusations formulées.
Nous avions ensuite retrouvé Ali Kassab dans notre enquête consacrée à ConnectJob, projet qui ambitionnait de devenir un « Uber des services à la personne » et s’était financé au moyen d’une ICO. Le projet s’est effondré en 2018 après une intense communication et la commercialisation du token CJT.
Le partenariat entre ConnectJob et Centurion
ConnectJob avait développé des relations commerciales avec Centurion à Dubaï. Des événements promotionnels consacrés au projet avaient notamment été organisés au début de l’année 2018. Yoni Assouline, fondateur de ConnectJob, s’était lui-même rendu dans l’émirat pour promouvoir son projet.
Dans notre enquête de 2024, nous avions identifié derrière Centurion Ali Kassab, né au Liban en 1975 et lié à différentes sociétés en France et à l’étranger. En France, son nom apparaissait notamment en lien avec Wenext, Luna Safe Services et Centurion Invest Europe. À Chypre, nous avions également retrouvé son nom autour de Freedom IP Limited.
L’histoire de ConnectJob illustrait surtout les risques d’un univers où ICO, sociétés offshore, tokens et intermédiaires internationaux peuvent rendre particulièrement difficile le suivi des flux financiers. ConnectJob avait notamment choisi Gibraltar comme implantation juridique tandis que ses opérations étaient principalement conduites ailleurs.
En 2024, Ali Kassab lançait Freedom IP Capital
Ali Kassab avait de nouveau attiré notre attention en octobre 2024 avec Freedom IP Capital. Warning Trading avait alors lancé un appel à témoins afin de recueillir les expériences d’éventuels clients ou investisseurs de cette nouvelle offre.
Plusieurs éléments nous avaient conduits à appeler à une grande prudence. Le domaine freedomip.capital avait été enregistré le 15 août 2024, très peu de temps avant notre enquête. Les informations publiques permettant d’identifier précisément l’organisation et le fonctionnement de l’offre nous paraissaient insuffisantes, tandis que le site mettait en avant les actifs numériques, la blockchain et différentes opportunités destinées aux investisseurs.
Nous nous interrogions notamment sur l’origine économique précise des rendements éventuellement proposés aux investisseurs. Ce point est essentiel pour analyser une offre financière : lorsqu’un opérateur sollicite de l’argent en promettant une rémunération, l’investisseur doit pouvoir comprendre précisément l’activité produisant cette rémunération, identifier l’entité qui reçoit son argent et connaître le cadre réglementaire applicable.
Sa mort n’efface évidemment pas les questions laissées par ses activités
Le décès d’Ali Kassab change désormais la nature de notre travail sur les activités auxquelles son nom était associé. La mort d’une personne ne transforme pas rétrospectivement les faits, pas plus qu’elle ne permet de considérer comme établies toutes les accusations qui ont pu être formulées contre elle.
Les personnes qui estiment avoir subi un préjudice dans le cadre de Centurion ou d’autres projets liés à Ali Kassab conservent naturellement leurs droits. Les structures juridiques, dirigeants, associés et intermédiaires éventuellement impliqués dans ces activités doivent être étudiés indépendamment du décès de l’homme d’affaires.
Inversement, les controverses entourant son parcours professionnel ne diminuent en rien les obligations des autorités lorsqu’une personne est privée de liberté. Un détenu dépend de l’administration pour son accès à l’eau, aux soins, à des conditions sanitaires acceptables et, plus généralement, pour la protection de son intégrité physique.
Une enquête transparente est désormais indispensable
L’OMCT demande que les décès survenus en détention fassent l’objet d’enquêtes indépendantes, impartiales et transparentes et que les familles puissent être informées de leurs résultats. L’organisation réclame également la publication de données consolidées concernant les décès survenus dans les prisons tunisiennes depuis le début de l’été 2026.
Dans le cas d’Ali Kassab, plusieurs questions restent donc ouvertes : quelle est la cause médicale exacte du décès ? Dans quelles conditions était-il détenu ? Avait-il accès normalement à l’eau et aux soins ? Avait-il signalé des problèmes de santé ? Une autopsie a-t-elle été réalisée et quelles en sont les conclusions ?
Ces questions appellent des réponses documentées. Il serait aussi imprudent d’affirmer aujourd’hui qu’Ali Kassab est mort à cause de la canicule que d’écarter cette hypothèse sans investigation. Seuls les résultats d’une enquête sérieuse et les constatations médico-légales peuvent permettre d’établir les circonstances précises de sa mort.
Pour Warning Trading, ce décès clôt en tout cas brutalement le parcours d’un homme dont le nom avait traversé plusieurs dossiers consacrés à la crypto, au trading et à des montages internationaux particulièrement opaques. Il ouvre simultanément un autre dossier : celui des circonstances dans lesquelles Ali Kassem Kassab est mort alors qu’il se trouvait sous la responsabilité de l’administration pénitentiaire tunisienne.

