Des escrocs usurpent l’identité d’Intrum et d’un commissaire de justice pour réclamer 750 euros et pousser leurs victimes à répondre sous 72 heures.
Une fausse dette d’électricité de 750 euros
Après les fausses convocations de police ou d’Interpol, les escrocs exploitent un autre levier particulièrement anxiogène : le recouvrement de dettes. Un faux document transmis à Warning-Trading se présente comme un courrier d’Intrum, société spécialisée dans le recouvrement de créances, et affiche également le logo « Huissiers Réunis ». Son titre est sans ambiguïté : « PASSAGE AU DOMICILE ». :contentReference[oaicite:0]{index=0}
Le scénario est soigneusement construit. Intrum prétendrait agir « pour le compte de votre fournisseur d’électricité ». Un supposé audit portant sur la période de janvier 2023 à août 2026 aurait fait apparaître un solde impayé de 750 euros. Le courrier explique que cette somme correspondrait à des factures d’électricité impayées, auxquelles seraient ajoutés des intérêts légaux ainsi que des « frais de relance et de suivi administratif ». :contentReference[oaicite:1]{index=1}
Tout est fait pour transformer une affirmation invérifiable en dette apparemment incontestable. Le document assure ainsi que l’audit aurait été « validé par le créancier » et que le montant serait « définitif et exigible ». Pourtant, aucun fournisseur d’électricité n’est nommé dans le document. Aucune facture précise n’est identifiée. Aucun numéro de contrat ou point de livraison n’est mentionné. Le destinataire est simplement sommé de croire qu’il doit 750 euros.
Le procédé mérite d’être pris au sérieux car il exploite une situation parfaitement plausible. De nombreux consommateurs ont déjà reçu une véritable relance pour une facture oubliée ou contestée. En choisissant l’électricité, une dépense commune à presque tous les foyers, les fraudeurs augmentent leurs chances de semer le doute.
La menace des 72 heures et du commissaire de justice
Comme souvent dans les escroqueries reposant sur l’ingénierie sociale, la prétendue dette ne suffit pas. Il faut empêcher la victime de prendre le temps de vérifier. Le faux courrier introduit donc une échéance extrêmement courte : 72 heures. Passé ce délai, prévient-il, « un commissaire de justice pourra se présenter à votre domicile afin d’engager les mesures d’exécution prévues par la loi ». :contentReference[oaicite:2]{index=2}
Cette formulation est particulièrement intimidante. Le changement de dénomination des anciens huissiers de justice, devenus commissaires de justice, est utilisé pour donner au scénario une apparence contemporaine et juridiquement crédible. Le document va jusqu’à citer un supposé « Maître François Martin », qui devrait confirmer par écrit la « mainlevée du dossier ».
Mais une menace de saisie ne doit pas être confondue avec une procédure d’exécution effectivement engagée. La Chambre nationale des commissaires de justice explique notamment que, dans le cadre d’un recouvrement judiciaire, un titre exécutoire doit être obtenu avant de procéder aux saisies. Elle rappelle par exemple explicitement cette exigence pour la saisie des rémunérations. Une procédure d’injonction de payer obéit elle aussi à des étapes précises, avec signification de l’ordonnance et possibilité d’opposition.
Autrement dit, les mots « commissaire de justice », « passage au domicile », « mainlevée » ou « mesures d’exécution » ne constituent pas en eux-mêmes la preuve qu’une saisie est possible. Les escrocs utilisent précisément ce vocabulaire parce qu’il impressionne.
Le véritable Intrum met lui-même en garde contre les messages frauduleux
L’usurpation est d’autant plus pernicieuse qu’Intrum est une véritable entreprise de recouvrement de créances. Le nom figurant sur le document n’a donc pas été inventé. C’est justement ce qui peut rendre le piège efficace : une recherche rapide sur Internet confirme l’existence de l’entreprise et de son activité.
Mais le véritable site d’Intrum comporte actuellement un avertissement destiné aux personnes confrontées à des appels et messages frauduleux. L’entreprise recommande notamment de vérifier que l’adresse électronique ou le numéro de téléphone utilisé provient réellement d’Intrum et de ne pas communiquer d’informations personnelles sans avoir reçu au préalable une information écrite concernant un dossier de recouvrement.
Les indications données par Intrum pour consulter une véritable créance diffèrent également du scénario du faux courrier. L’entreprise indique que le destinataire d’une relance peut utiliser son numéro de dossier pour accéder à son espace client, où il peut consulter les informations relatives à la facture impayée, payer ou contacter le service client par messagerie. Intrum indique également qu’une dette contestée peut faire l’objet d’une demande détaillée depuis cet espace.
Un autre détail interpelle dans le faux document. Celui-ci inclut parmi les 750 euros réclamés des « frais de relance et de suivi administratif ». Or, dans sa FAQ destinée aux débiteurs, Intrum affirme explicitement ne pas appliquer de frais de recouvrement. Cette divergence constitue un indice supplémentaire particulièrement intéressant.
Pourquoi demander simplement de répondre à l’e-mail ?
Le faux ne fournit pas immédiatement de RIB ou de lien permettant de payer les 750 euros. À la rubrique « Modalités de régularisation », il demande simplement : « Pour recevoir toutes les informations nécessaires, veuillez répondre à cet e-mail. » :contentReference[oaicite:3]{index=3}
Cette absence de demande financière immédiate ne rend pas le message moins dangereux. Au contraire, elle peut faire partie intégrante du scénario. La première mission du fraudeur consiste à obtenir une réponse. Celle-ci lui confirme que l’adresse électronique est active, que le message a été lu et, surtout, que son destinataire est suffisamment inquiet pour entrer dans la conversation.
La suite peut alors être personnalisée. Le fraudeur peut envoyer de nouvelles références, une fausse facture, un RIB, un lien de paiement ou un document supplémentaire. Il peut également chercher à récupérer une pièce d’identité, une adresse, un numéro de téléphone ou des coordonnées bancaires sous prétexte de vérifier le dossier.
C’est un mécanisme classique d’ingénierie sociale : plutôt que d’exiger brutalement de l’argent dès le premier contact, l’escroc crée une conversation et augmente progressivement la pression. Une victime ayant déjà répondu peut être davantage disposée à poursuivre l’échange et à considérer son interlocuteur comme légitime.
Une mise en scène qui cherche à produire de l’autorité
Visuellement, le document tient sur une seule page et place en évidence les logos Intrum et « Huissiers Réunis ». Certaines informations essentielles, comme la référence et le montant de 750 euros, apparaissent en rouge. Le titre « PASSAGE AU DOMICILE » est centré et en capitales. :contentReference[oaicite:4]{index=4}
Cette mise en page révèle la logique psychologique de l’arnaque. Avant même de comprendre les détails, le destinataire voit simultanément une société de recouvrement, des huissiers, son domicile et une somme à payer. L’effet recherché est celui de l’urgence et de la menace.
À l’inverse, des informations que l’on souhaiterait naturellement vérifier sont absentes du document : le nom du fournisseur d’électricité concerné, les références des factures, le contrat correspondant ou encore le détail précis permettant de rattacher les 750 euros à une consommation réelle. Le document fournit davantage de menaces que d’éléments permettant d’établir la créance.
Cette asymétrie doit constituer un signal d’alerte majeur. Une personne qui reçoit une demande de paiement inattendue ne doit jamais considérer qu’une dette est authentique simplement parce qu’un document présente un logo connu et emploie du vocabulaire juridique.
Comment vérifier une prétendue dette sans tomber dans le piège ?
Face à ce type de message, il faut éviter d’utiliser les coordonnées fournies par l’expéditeur suspect. La vérification doit être effectuée par un canal obtenu indépendamment. Si le courrier prétend concerner une facture d’électricité, le consommateur peut consulter directement son espace client auprès de son fournisseur ou joindre celui-ci grâce aux coordonnées figurant sur une véritable facture.
Lorsque le nom d’Intrum est utilisé, il est également possible de se rendre soi-même sur le site officiel de l’entreprise, sans passer par un lien reçu par e-mail. Intrum propose notamment un accès aux dossiers de recouvrement et explique comment contester une dette. L’entreprise recommande elle-même de s’assurer de la légitimité de l’expéditeur avant de cliquer sur un lien de paiement.
De même, si un courrier prétend qu’un commissaire de justice intervient dans le dossier, son existence et ses coordonnées doivent être contrôlées indépendamment du document reçu. La Chambre nationale des commissaires de justice met à disposition un annuaire permettant de rechercher les professionnels.
Enfin, il ne faut communiquer ni coordonnées bancaires ni pièce d’identité avant d’avoir établi l’authenticité du dossier. Si de l’argent a déjà été envoyé à un escroc, il convient de contacter rapidement sa banque, de conserver les courriels et documents reçus ainsi que les coordonnées de paiement, puis de signaler les faits aux autorités compétentes.
Une arnaque simple, mais potentiellement très efficace
Cette fausse relance illustre une tendance fondamentale de la fraude contemporaine : les escrocs n’ont pas besoin d’inventer des institutions. Il leur suffit d’usurper celles qui existent déjà. Intrum existe. Les commissaires de justice existent. Les factures d’électricité impayées existent. Les procédures de recouvrement existent. C’est l’assemblage frauduleux de ces éléments réels qui fabrique une histoire crédible.
Le piège fonctionne alors sur une question très simple : « Et si j’avais réellement oublié une facture ? » À partir de ce doute, les 72 heures et la menace d’une visite à domicile peuvent faire le reste.
La bonne réaction consiste donc à ne jamais chercher à résoudre le problème à l’intérieur du scénario construit par l’expéditeur. Ne pas répondre précipitamment, ne pas payer, vérifier directement auprès du créancier supposé et utiliser exclusivement des coordonnées trouvées par ses propres moyens permet de casser le mécanisme de l’arnaque.
Sources et références
- https://www.intrum.fr/vous-avez-un-impaye/contact/comment-se-connecter/
- https://www.intrum.fr/vous-avez-un-impaye/j-ai-recu-une-relance/toutes-les-faq/
- https://www.intrum.fr/vous-avez-un-impaye/j-ai-recu-une-relance/je-ne-suis-pas-d-accord-avec-cette-dette/
- https://www.intrum.fr/vous-avez-un-impaye/contact/
- https://commissaire-justice.fr/gerer-un-impaye/
- https://commissaire-justice.fr/gerer-un-impaye/facture-impayee/
- https://commissaire-justice.fr/faire-executer-une-decision-de-justice/la-saisie-de-sommes-dargent/
- https://commissaire-justice.fr/contact/

