Victime de procédures-bâillons, Warning Trading a bénéficié du Fonds Ripostes. Aujourd’hui, nous appelons nos lecteurs à soutenir ce dispositif essentiel.
Il vous reste jusqu’au 29 octobre pour faire un don
Il ne reste que deux jours pour soutenir une initiative indispensable à la survie du journalisme indépendant. Le Fonds pour une presse libre (FPL) mène actuellement une campagne de financement participatif dont la dernière étape doit permettre de réunir 100 000 euros supplémentaires avant le 29 octobre 2026. Cette somme doit assurer la prolongation, en 2027 et 2028, du Fonds Ripostes, un dispositif d’assistance juridique destiné aux médias et journalistes victimes de procédures-bâillons.
Chez Warning Trading, cette mobilisation nous touche particulièrement. Nous savons ce que signifie devoir consacrer du temps, de l’énergie et des ressources financières à se défendre devant les tribunaux. Notre rédaction a elle-même été confrontée à des procédures que nous considérons comme des procédures-bâillons. Nous avons bénéficié du soutien du Fonds Ripostes, notamment pour nous aider à porter notre combat juridique devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).
C’est pourquoi nous avons décidé de relayer cet appel aux dons. Au-delà de notre propre expérience, nous sommes convaincus que la protection juridique des journalistes constitue une condition fondamentale de la liberté d’informer, particulièrement lorsque leurs enquêtes portent sur des acteurs économiques puissants, des pratiques financières contestables ou des faits susceptibles de déranger certains intérêts.
Les procédures-bâillons : quand la justice devient un moyen de pression contre les journalistes
Une procédure-bâillon, également appelée SLAPP dans la terminologie internationale (Strategic Lawsuit Against Public Participation), désigne une action judiciaire abusive destinée à intimider, décourager ou réduire au silence une personne ou une organisation participant au débat public. Les journalistes et les médias d’investigation figurent parmi les cibles de ces pratiques.
Le mécanisme est particulièrement redoutable. Il ne s’agit pas nécessairement, pour celui qui engage la procédure, d’obtenir une condamnation définitive. La procédure elle-même peut devenir une sanction. Honoraires d’avocats, frais de justice, audiences successives, recours et incertitudes juridiques représentent des charges considérables pour une petite rédaction indépendante.
Un acteur disposant de moyens financiers importants peut supporter des années de contentieux. Pour un média indépendant, en revanche, quelques dizaines de milliers d’euros de frais judiciaires peuvent compromettre la poursuite de ses activités. Le temps consacré à préparer une défense est également du temps qui n’est plus disponible pour enquêter, vérifier des informations ou publier de nouveaux articles.
Il faut évidemment rappeler que toute personne estimant avoir été diffamée ou injustement mise en cause doit pouvoir saisir la justice. Le droit à la réputation et le droit à un recours effectif sont des garanties fondamentales. Le problème apparaît lorsque les procédures sont détournées de leur finalité légitime et utilisées principalement comme instruments de pression.
Pour un média comme Warning Trading, spécialisé dans la dénonciation des escroqueries financières et l’information des épargnants, cette question est particulièrement sensible. Enquêter sur des activités économiques controversées suppose de pouvoir publier des informations d’intérêt général sans craindre qu’une multiplication de poursuites ne suffise à épuiser la rédaction.
Warning Trading a bénéficié du Fonds Ripostes : nous savons pourquoi cette aide est précieuse
Notre soutien à cette campagne n’est pas seulement une prise de position de principe. Warning Trading a directement bénéficié de l’aide du Fonds Ripostes dans le cadre de ses difficultés judiciaires.
Notre rédaction a dû faire face à des procédures que nous estimons relever de stratégies d’intimidation judiciaire. Ces situations imposent de mobiliser des compétences juridiques spécialisées et des ressources financières qui ne sont pas toujours à la portée d’un média indépendant.
Le Fonds Ripostes nous a notamment apporté une aide pour engager une démarche devant la Cour européenne des droits de l’homme. Cette juridiction peut être saisie, sous certaines conditions, lorsqu’une personne estime qu’un État a méconnu les droits garantis par la Convention européenne des droits de l’homme, notamment la liberté d’expression protégée par son article 10.
Une telle démarche ne préjuge évidemment ni de la recevabilité de la requête ni de son issue. Elle constitue néanmoins une voie de recours importante lorsque les mécanismes judiciaires nationaux ont été épuisés et qu’une question relative à la protection de la liberté d’expression demeure.
Cette expérience nous a permis de mesurer concrètement l’utilité d’un dispositif de solidarité juridique. Sans accompagnement financier, certaines rédactions pourraient être contraintes de renoncer à défendre leurs droits, non parce que leurs arguments seraient insuffisants, mais simplement parce qu’elles n’auraient plus les moyens de poursuivre.
Le soutien que nous avons reçu nous conduit aujourd’hui à défendre la pérennité de ce mécanisme. Nous avons été aidés et nous souhaitons que d’autres journalistes confrontés aux mêmes difficultés puissent, à leur tour, bénéficier de cette solidarité.
Le Fonds Ripostes : une initiative du Fonds pour une presse libre et de Media Defence
Créé en octobre 2025, le Fonds Ripostes résulte d’un partenariat entre le Fonds pour une presse libre et l’organisation internationale Media Defence, spécialisée dans la protection juridique des journalistes et des médias.
Son ambition dépasse la simple prise en charge des frais d’avocat. Le dispositif vise à permettre aux rédactions indépendantes de se défendre efficacement contre des procédures judiciaires ou administratives manifestement abusives, mais aussi, lorsque le droit le permet, de demander des sanctions contre les auteurs de ces procédures.
Cette stratégie présente un intérêt majeur. Aujourd’hui, un média peut obtenir gain de cause après plusieurs années de contentieux tout en conservant une partie importante des frais engagés. Une victoire judiciaire peut donc s’accompagner d’une lourde perte financière.
Le Fonds Ripostes souhaite contribuer à modifier ce déséquilibre en favorisant des stratégies juridiques susceptibles de faire reconnaître le caractère abusif de certaines actions, d’obtenir des sanctions adaptées et de développer une jurisprudence protectrice pour les journalistes.
Un an après sa création, le dispositif a déjà démontré son utilité. Six rédactions l’ont sollicité dans huit affaires, selon le bilan communiqué par le Fonds pour une presse libre en octobre 2026. Les aides engagées représentent 53 % de l’enveloppe initialement consacrée au dispositif.
Le cas de Rue89Lyon illustre cette problématique. Poursuivi en diffamation par Jean-Michel Aulas et son fils Alexandre après une enquête concernant leurs déplacements en jet privé et leurs investissements, le média a finalement été relaxé. Toutefois, selon le FPL, la cour d’appel a annulé la condamnation des plaignants à rembourser les frais d’avocat de la rédaction.
Cette affaire montre qu’une victoire devant les tribunaux ne suffit pas toujours à réparer le préjudice économique subi par un média poursuivi. Elle souligne l’importance de disposer de moyens pour assurer une défense juridique dans la durée.
Un dernier effort de 100 000 euros avant le 29 octobre 2026
La campagne de financement du Fonds pour une presse libre a déjà rencontré un succès significatif. En seulement vingt jours, les donateurs ont permis de réunir 300 000 euros, franchissant trois premiers paliers de financement.
Ces contributions permettront notamment de soutenir davantage d’enquêtes journalistiques et de financer un programme de sécurité numérique pour huit à dix médias indépendants, avec l’organisation Nothing2Hide.
Mais la dernière étape de la campagne est précisément celle qui concerne le Fonds Ripostes. L’objectif est désormais d’atteindre 400 000 euros de collecte avant le 29 octobre, afin de consacrer 100 000 euros supplémentaires à la défense juridique des journalistes en 2027 et 2028.
Au 27 octobre 2026, à la date de consultation de la plateforme de dons, 339 228 euros avaient été collectés grâce à 5 295 contributions, soit environ 85 % de l’objectif total. Il restait donc 60 772 euros à réunir pour atteindre le dernier palier.
Chaque contribution supplémentaire au-delà des 300 000 euros déjà collectés est destinée au Fonds Ripostes, dans la limite de l’objectif prévu. Si les 400 000 euros sont dépassés, les sommes additionnelles permettront de financer davantage de projets journalistiques.
Le financement de la défense juridique est souvent moins visible que celui d’une enquête ou d’un reportage. Pourtant, il est tout aussi nécessaire. À quoi servirait de financer des investigations si les journalistes qui les publient ne disposaient pas ensuite des moyens de résister aux poursuites abusives ?
Comment soutenir concrètement le Fonds pour une presse libre ?
Le Fonds pour une presse libre est un organisme à but non lucratif, reconnu d’intérêt général. Il a été créé en 2019 à l’initiative de Mediapart et agit aujourd’hui de manière autonome pour soutenir les médias indépendants.
Depuis 2020, le FPL indique avoir accompagné 58 médias indépendants et reversé directement 1,46 million d’euros aux rédactions. Les projets sont sélectionnés par un comité indépendant composé notamment de journalistes, d’universitaires et de professionnels des médias.
Les dons peuvent être effectués directement sur la plateforme officielle du Fonds pour une presse libre, de manière ponctuelle ou mensuelle. Les contributions par chèque ou virement sont également possibles.
Les dons ouvrent droit, pour les contribuables remplissant les conditions fiscales applicables, à une réduction d’impôt de 66 % du montant versé. Ainsi, un don de 50 euros représente un coût net de 17 euros après réduction fiscale pour une personne pouvant bénéficier intégralement de cet avantage.
Il n’est donc pas nécessaire de disposer de moyens financiers importants pour participer. Des contributions de 10, 20 ou 50 euros, lorsqu’elles sont nombreuses, peuvent représenter une aide significative.
Le FPL précise que les dons collectés sont consacrés aux actions en faveur des médias indépendants et non à ses frais de fonctionnement. Il prévoit également de publier, avec Media Defence, des rapports financiers et d’activité permettant de rendre compte de l’utilisation du Fonds Ripostes.
Pourquoi Warning Trading appelle ses lecteurs à participer
Les escroqueries financières prospèrent notamment lorsque l’information circule mal, lorsque les victimes hésitent à témoigner ou lorsque les pratiques contestables échappent au regard du public. Le travail des journalistes spécialisés dans ces questions consiste précisément à enquêter, confronter les affirmations aux faits et publier des informations vérifiées.
Mais ce travail suppose une condition essentielle : pouvoir exercer librement son métier, dans le respect du droit, sans être financièrement paralysé par des contentieux abusifs.
Les procédures-bâillons ne concernent pas seulement les journalistes qui en sont directement victimes. Elles peuvent produire un effet dissuasif sur l’ensemble d’une profession. Lorsqu’une rédaction renonce à publier une enquête par crainte d’une procédure coûteuse, ce sont aussi les citoyens qui perdent l’accès à une information potentiellement importante.
Nous connaissons personnellement cette difficulté. Nous connaissons également la valeur d’une aide juridique qui permet de continuer à défendre ses droits. Le Fonds Ripostes nous a soutenus. Nous souhaitons aujourd’hui contribuer à faire connaître son action pour que d’autres médias puissent bénéficier du même accompagnement.
Cette solidarité ne signifie pas que les journalistes doivent échapper à toute responsabilité. Ils doivent pouvoir être critiqués, contredits et, lorsque les circonstances le justifient, répondre de leurs publications devant les tribunaux. Elle signifie simplement que l’accès à la justice ne doit pas devenir une arme d’épuisement économique contre ceux qui informent le public.
À deux jours de la clôture de la campagne, nous invitons donc nos lecteurs qui en ont la possibilité à soutenir le Fonds pour une presse libre. Un don, même modeste, peut contribuer à préserver un dispositif dont nous avons nous-mêmes pu mesurer l’importance.
Le 29 octobre 2026 marque la fin de cette collecte. Soutenir le Fonds Ripostes aujourd’hui, c’est contribuer à donner aux journalistes indépendants les moyens de défendre leur travail demain.

