Google nous a transmis le 12 mars 2026 une notification DMCA demandant le retrait de plusieurs articles de Warning-Trading des résultats de recherche. Une nouvelle tentative de faire disparaître nos enquêtes journalistiques sur des plateformes de trading suspectes.

Une plainte DMCA adressée à Google pour faire disparaître nos articles

Le 12 mars 2026, Google nous a informés avoir reçu une plainte pour violation présumée de droits d’auteur visant plusieurs contenus publiés sur le site Warning-Trading.com. Conformément à sa procédure interne, le moteur de recherche a indiqué qu’il procéderait au retrait des pages signalées de ses résultats pour les utilisateurs du monde entier, le temps que la situation soit examinée.

La plainte a été formulée dans le cadre du mécanisme DMCA (Digital Millennium Copyright Act), une procédure initialement conçue pour permettre aux titulaires de droits d’auteur de signaler rapidement la reproduction illégale de leurs œuvres. Dans la notification transmise par Google, l’auteur de la réclamation affirme que son « contenu original » aurait été reproduit sans autorisation sur notre site.

La description de la plainte est particulièrement vague : le plaignant indique simplement qu’un contenu lui appartenant aurait été copié et publié « sur le forum » sans permission, ce qui constituerait une violation de ses droits exclusifs en tant qu’auteur. Aucune précision n’est apportée sur la nature exacte de l’œuvre prétendument copiée, ni sur les passages concernés.

Comme c’est l’usage pour ce type de procédures, la notification sera également publiée sur la base de données du site Lumen, un projet universitaire qui archive les demandes de retrait de contenu adressées aux grandes plateformes du web.

Les articles visés : des enquêtes sur des plateformes de trading suspectes

La plainte vise trois articles publiés sur Warning-Trading, tous consacrés à des plateformes de trading faisant l’objet de nombreux signalements de victimes. Les URL explicitement mentionnées dans la notification sont les suivantes :

https://warning-trading.com/trading/veltris-capital-avis-arnaque-scam-sms-2/
https://warning-trading.com/trading/zeylor-pacte-com-avis-arnaque-scam-2/

Le premier article analyse le fonctionnement du site Revexium.com. Notre enquête y décrit les méthodes utilisées pour attirer les investisseurs, notamment des campagnes de SMS et de démarchage promettant des gains rapides. L’article examine également plusieurs témoignages d’internautes indiquant avoir perdu de l’argent après avoir été contactés par ce service.

Le second article concerne Veltris Capital. Nous y présentons les éléments qui ont conduit plusieurs victimes à soupçonner une arnaque : promesses de rendements irréalistes, pression commerciale exercée par téléphone et difficultés rencontrées par certains utilisateurs pour récupérer leurs fonds. L’objectif de cet article est d’informer les internautes et de prévenir de potentiels nouveaux préjudices.

Le troisième article porte sur Zeylor Pacte. Nous y détaillons les techniques de démarchage et les alertes émises par différents utilisateurs. Comme dans de nombreuses enquêtes publiées sur Warning-Trading, nous analysons les signaux d’alerte typiques des fraudes financières en ligne : manque de transparence, promesses de profits élevés et communication agressive auprès de particuliers.

Ces articles relèvent clairement d’un travail journalistique d’enquête et de prévention. Ils ont pour objectif d’informer le public sur les risques liés à certaines plateformes financières et de permettre aux internautes de prendre des décisions éclairées.

Une procédure qui ressemble à une tentative de procédure-bâillon

Chez Warning-Trading, nous observons régulièrement que les personnes ou organisations mises en cause dans nos enquêtes ne choisissent pas la voie judiciaire classique pour contester nos publications. Au lieu de saisir les tribunaux – qui sont les seules autorités compétentes pour juger du caractère diffamatoire ou illégal d’un article – elles utilisent les procédures de signalement mises en place par les intermédiaires techniques.

Ces démarches s’apparentent souvent à ce que l’on appelle des « procédures-bâillons » (SLAPP, Strategic Lawsuit Against Public Participation). L’objectif n’est pas nécessairement d’obtenir gain de cause sur le fond, mais plutôt de faire pression sur les médias, d’intimider les journalistes ou de faire disparaître des contenus critiques d’Internet.

Les grandes plateformes technologiques comme Google, Cloudflare, Hostinger ou d’autres fournisseurs d’infrastructure ont mis en place des systèmes automatisés de traitement des plaintes. Ces mécanismes sont utiles pour traiter des violations évidentes de droits d’auteur, mais ils sont largement inadaptés lorsqu’il s’agit d’évaluer le travail d’un média ou d’un journaliste professionnel.

En pratique, ces procédures conduisent souvent au déréférencement automatique d’articles de presse avant même qu’un débat contradictoire n’ait lieu. Cette situation crée un déséquilibre important : un simple formulaire en ligne peut suffire à faire disparaître temporairement une enquête journalistique des résultats de recherche.

Warning-Trading face aux pressions et aux tentatives de censure

Depuis plusieurs années, Warning-Trading publie des enquêtes sur les arnaques financières, les plateformes frauduleuses et les méthodes utilisées par certains escrocs pour cibler les investisseurs particuliers. Ce travail d’information dérange parfois ceux qui profitent de ces pratiques.

Les tentatives de pression sont fréquentes : menaces, insultes, chantage ou procédures destinées à faire retirer nos contenus. Nous avons documenté ces méthodes dans un dossier consacré aux représailles et intimidations visant notre rédaction.

Dans certains cas, ces démarches ont même entraîné la mise hors ligne temporaire de notre site, après des signalements abusifs adressés à nos prestataires techniques. Nous avons déjà raconté comment ces procédures ont conduit à l’interruption de notre service pendant plusieurs jours.

Ces situations illustrent les limites des systèmes automatisés de modération juridique mis en place par les grandes plateformes. Lorsqu’un fournisseur technique reçoit une plainte, il lui est souvent difficile de déterminer rapidement si celle-ci est fondée ou abusive, surtout lorsqu’elle concerne un article d’enquête journalistique.

Pour notre rédaction, ces tentatives de censure renforcent au contraire notre détermination à poursuivre notre mission d’information. Le rôle d’un média est d’alerter le public sur les risques, d’enquêter sur les pratiques douteuses et de donner la parole aux victimes.

Si certaines personnes estiment que nos articles contiennent des informations inexactes ou diffamatoires, elles disposent d’une voie claire et légitime : saisir la justice. Les tribunaux sont précisément là pour trancher ce type de litige.

Contourner cette voie en utilisant des procédures de retrait automatisées auprès des plateformes revient à détourner des outils conçus pour protéger les droits d’auteur afin d’obtenir une forme de censure privée.

Dans le cas présent, nous étudions la possibilité de déposer une notification de contestation auprès de Google afin de rétablir le référencement de nos articles. Comme toujours, nous continuerons à défendre la liberté d’informer et à publier des enquêtes destinées à protéger les internautes contre les escroqueries en ligne.

Philippe Miller

Journaliste professionnel, télé et web, carte de presse n°115527, depuis 2010, spécialiste des arnaques financières, des paradis fiscaux et des mafias.

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