Une plainte pour « contenu copié sans permission » vise notre enquête sur Primevex.com et entraîne son retrait des résultats de Google.

Le 22 septembre 2026, Warning-Trading.com a reçu une notification de Google Search Console annonçant le retrait d’une de nos pages des résultats du moteur de recherche. La raison invoquée est une prétendue violation de droits d’auteur. La plainte vise précisément notre article consacré à Primevex.com. Google indique avoir reçu une réclamation datée du même jour et résumée ainsi : « Copied content without permission ». La notification porte la référence 9-4992000041996-1914170729.

Pour notre rédaction, cet épisode s’inscrit dans une succession de tentatives destinées à obtenir auprès de nos prestataires techniques ce qui n’a pas été obtenu devant une juridiction : la disparition d’un contenu journalistique. Nous considérons cette méthode comme une forme de procédure-bâillon numérique, dans laquelle un mécanisme destiné à protéger les titulaires légitimes de droits est utilisé pour tenter de rendre inaccessible ou invisible un article de presse.

Une plainte déposée auprès de Google contre notre article sur Primevex.com

La notification adressée par Google est explicite. Le moteur de recherche explique avoir été averti que Warning-Trading.com « semble porter atteinte aux droits d’auteur de tiers ». Google précise qu’il procède en conséquence à la suppression du contenu signalé de ses résultats de recherche pour les utilisateurs du monde entier. Il nous propose parallèlement de déposer une notification de contestation si nous estimons que cette suppression est injustifiée.

La plainte concerne une seule URL. Nous la reproduisons intégralement, puisque c’est cette page précise dont le déréférencement est recherché :

https://warning-trading.com/TRADING/PRIMEVEX-COM-AVIS-arnaque-escroqueriE/

Cette URL correspond à un contenu éditorial de Warning-Trading consacré à Primevex.com. Notre site publie des enquêtes et des alertes sur les arnaques financières, les faux investissements et les acteurs présentant des risques pour les épargnants. Warning-Trading indique exercer cette activité d’enquête depuis 2013. :contentReference[oaicite:2]{index=2} La page Primevex visée n’étant actuellement pas accessible dans les résultats de recherche que nous avons pu consulter, nous ne pouvons pas en reproduire ou en résumer plus précisément les affirmations factuelles sans disposer de son texte original.

Un élément est en revanche certain : la notification de Google ne fournit, dans le document reçu par notre rédaction, aucune démonstration détaillée d’un plagiat. La rubrique « Description de la réclamation » se limite à la formule extrêmement générale « Copied content without permission ». Le document ne précise ni quels passages seraient copiés, ni quelle serait l’œuvre originale concernée, ni quelle comparaison permettrait de constater la reproduction alléguée.

Le droit d’auteur utilisé comme outil de déréférencement

Le problème dépasse largement Primevex. Un dispositif de signalement des violations de droits d’auteur est évidemment légitime lorsqu’il permet à un auteur de lutter contre la reproduction illicite de son travail. Mais son utilisation contre un article journalistique pose une difficulté particulière : apprécier la licéité d’une publication de presse peut nécessiter d’examiner les sources, les citations, leur longueur, leur contexte, la nature de l’information publiée et les exceptions prévues par le droit applicable.

Or les grands fournisseurs techniques ont industrialisé le traitement d’un volume considérable de signalements. Dans le cas présent, Google nous informe d’abord du retrait du résultat, puis nous invite à contester cette décision. La charge de la réaction repose donc sur l’éditeur du contenu. La notification précise également que la plainte doit être publiée, après suppression des données personnelles, dans la base Lumen sous le numéro 97382747, tout en avertissant que cette publication peut prendre plusieurs semaines.

Ce fonctionnement est particulièrement problématique lorsqu’il s’applique mécaniquement à un organe de presse. Un formulaire et une procédure standardisée ne peuvent pas remplacer l’examen contradictoire auquel peut procéder une juridiction. Un moteur de recherche n’est pas un tribunal et une procédure automatisée de notification n’est pas conçue pour trancher l’ensemble des questions complexes que peut soulever un travail journalistique.

C’est précisément pourquoi nous considérons ce type de démarche comme une tentative de procédure-bâillon lorsqu’elle est utilisée non pour faire constater judiciairement une violation, mais pour obtenir directement d’un intermédiaire technique la disparition d’une enquête. Les personnes ou organisations qui estiment qu’un article de Warning-Trading est illicite disposent des voies de droit permettant de le contester. Elles peuvent notamment nous mettre en cause devant les juridictions compétentes, où leurs arguments et les nôtres peuvent être examinés contradictoirement.

Pourquoi ne pas saisir un juge pour contester notre article ?

Warning-Trading.com est un site de presse spécialisé dans les escroqueries financières en ligne. Notre travail consiste précisément à publier des informations susceptibles de déplaire aux personnes et structures que nous mettons en cause. Le désaccord avec nos publications est parfaitement possible. Mais lorsqu’une personne estime qu’un article viole ses droits, le débat devrait pouvoir avoir lieu dans le cadre juridique prévu à cet effet.

Nous constatons au contraire régulièrement des tentatives visant nos intermédiaires : moteur de recherche, hébergeur, réseau social ou plateforme vidéo. Cette stratégie présente un avantage évident pour celui qui l’emploie : plutôt que de convaincre un juge, il suffit d’obtenir qu’un prestataire applique préventivement ou automatiquement ses règles internes.

Dans le cas de Primevex, le document dont nous disposons ne révèle pas l’identité du plaignant. Il ne permet donc pas d’affirmer qui se trouve derrière cette demande ni quelles sont ses motivations exactes. Il permet seulement d’établir qu’une réclamation pour droits d’auteur a été déposée le 22 septembre 2026 contre l’URL précitée et que Google a décidé de la supprimer de ses résultats.

Cette distinction est essentielle. Nous dénonçons ici le mécanisme et ses conséquences sans attribuer au plaignant une identité ou des intentions que les éléments actuellement disponibles ne permettent pas d’établir.

Warning-Trading est régulièrement confronté à des tentatives de censure et de rétorsion

Cette plainte n’arrive malheureusement pas dans un désert. Nous avons déjà consacré une longue enquête aux différentes formes de rétorsion subies par Warning-Trading : procédures judiciaires, attaques informatiques, campagnes de dénigrement, usurpations d’identité, insultes, menaces ou encore plaintes adressées à nos prestataires. Notre article « La vengeance des escrocs » documente notamment plusieurs procédures judiciaires engagées contre notre média ainsi que des campagnes destinées à affecter notre réputation ou notre fonctionnement.

Le précédent YouTube est particulièrement instructif. Fin juin 2024, plusieurs réclamations pour droits d’auteur ont visé des vignettes de nos vidéos. Trois vidéos ont été censurées en huit jours et notre chaîne a ensuite été automatiquement supprimée. Après nos contestations et une interpellation publique de YouTube, la chaîne a finalement été rétablie.

Nous avons également connu des incidents impliquant les infrastructures indispensables au fonctionnement même de Warning-Trading. Notre enquête consacrée aux représailles subies par la rédaction rapporte qu’en mai 2025 notre hébergeur Hostinger a bloqué le site pendant environ 24 heures après réception d’une plainte l’accusant d’activités frauduleuses et de phishing. Nous y documentons également une autre tentative concernant l’affaire Ushare-DT Socialize.

Ces précédents montrent les dégâts que peut provoquer une décision prise par un intermédiaire technique avant qu’un débat contradictoire ait réellement eu lieu. Une suspension d’hébergement peut rendre tout un média inaccessible. Une suppression de chaîne peut faire disparaître des années de publications. Un déréférencement peut, lui, rendre une enquête beaucoup plus difficile à trouver pour les internautes qui recherchent précisément le nom d’une plateforme avant de lui confier leur argent.

Les procédures automatisées ne peuvent pas remplacer la justice

Google prévoit heureusement une possibilité de contestation. Sa notification nous indique que si nous estimons la suppression injustifiée, nous pouvons déposer un appel — également appelé « notification de contestation » — afin de demander le rétablissement de la page dans les résultats de recherche. Google renvoie pour cela vers son formulaire juridique et fournit la référence du dossier.

Mais cette possibilité de recours ne règle pas le problème de fond. Une rédaction doit alors consacrer du temps et des ressources à défendre auprès d’une entreprise privée un article qui n’a pas nécessairement fait l’objet d’une décision judiciaire ordonnant son retrait. La répétition de telles demandes peut devenir en elle-même une technique d’épuisement : chaque notification doit être analysée, documentée et contestée.

C’est en cela que ces démarches peuvent se rapprocher de la logique d’une procédure-bâillon : le résultat recherché n’est pas nécessairement d’obtenir une décision de justice sur le fond, mais de rendre le travail journalistique plus coûteux, plus compliqué à diffuser ou moins visible. Notre historique montre que les intermédiaires techniques constituent désormais un terrain privilégié pour ce type de pression. Notre enquête sur les représailles subies par Warning-Trading documente aussi des attaques par déni de service, des usurpations d’identité et des campagnes anonymes visant notre référencement et notre réputation.

Nous continuerons à publier et à contester les demandes que nous estimons abusives

La liberté de la presse n’implique évidemment pas qu’un journaliste puisse s’affranchir du droit d’auteur, pas plus qu’elle ne soustrait un média au droit commun. Mais lorsqu’un article est contesté, les mécanismes juridiques offrent des garanties fondamentales : identification des parties, communication des griefs, débat contradictoire, examen des preuves et possibilité de recours.

Une notification adressée à un moteur de recherche ne présente pas les mêmes garanties. Dans cette affaire, ce que nous avons reçu tient en quelques lignes : une accusation de contenu copié sans permission, une URL et l’annonce de son retrait des résultats Google. Aucun passage prétendument contrefaisant n’est identifié dans la notification qui nous a été transmise.

Warning-Trading continuera donc à défendre ses publications lorsque nous estimons que les procédures de signalement des plateformes sont détournées pour obtenir leur censure. Les personnes mises en cause dans nos enquêtes ont le droit de les contester. Elles ont également accès aux juridictions légitimes pour faire valoir leurs droits. Ce cadre contradictoire est autrement plus adapté à l’examen d’un travail journalistique qu’un formulaire de retrait traité à l’échelle industrielle par un géant du numérique.

Le cas Primevex constitue ainsi un nouvel épisode d’un problème que nous observons depuis plusieurs années : transformer les outils techniques de lutte contre les contenus illicites en instruments de déréférencement d’informations gênantes. Pour un média consacré à la dénonciation des arnaques financières, l’enjeu dépasse notre seule visibilité dans Google : il concerne directement la capacité des internautes à retrouver les enquêtes publiées lorsqu’ils cherchent à vérifier la réputation d’un site auquel on leur propose de confier leur argent.

Nicolas Gaiardo

Journaliste spécialisé dans la fraude financière et la protection des consommateurs. Fondateur du site de presse WARNING TRADING.

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