Google nous a informés de la réception d’une plainte DMCA ayant entraîné le déréférencement de plusieurs articles de Warning-Trading. Cette nouvelle procédure illustre une fois encore l’utilisation abusive des mécanismes de signalement automatisés pour tenter de censurer des enquêtes de presse sans passer devant un juge.

Google reçoit une plainte pour droits d’auteur visant plusieurs enquêtes de Warning-Trading

Le 16 juillet 2026, Google a notifié Warning-Trading qu’une plainte fondée sur le Digital Millennium Copyright Act (DMCA) avait été déposée contre plusieurs de nos articles. À la suite de cette réclamation, Google a indiqué avoir retiré les pages concernées de ses résultats de recherche dans le monde entier, dans l’attente d’une éventuelle notification de contestation.

Le plaignant affirme être titulaire des droits d’auteur sur un contenu qui aurait été reproduit sans autorisation. La description transmise à Google est particulièrement sommaire :

« I am filing a DMCA notice because my original material has been reproduced on a website without my permission. This use of my work is unauthorized and infringes on my copyright as the legitimate owner. »

Aucune démonstration détaillée n’est communiquée dans la notification transmise à notre rédaction. Comme dans de nombreuses procédures automatisées de ce type, Google applique une mesure conservatoire de déréférencement avant tout examen contradictoire approfondi.

La notification est référencée sous l’identifiant 4-9798000041027-1208573731 et sera publiée, après anonymisation, dans la base de données Lumen Database, qui recense les demandes de retrait adressées aux grandes plateformes.

Les articles visés par la plainte

La plainte concerne quatre enquêtes publiées sur Warning-Trading. Elles sont intégralement listées ci-dessous :

L’article consacré à Avalon Fincar présente les éléments ayant conduit notre rédaction à s’interroger sur les activités de cette plateforme, analyse son fonctionnement, les risques encourus par les investisseurs et les nombreux signaux d’alerte relevés au cours de notre enquête.

L’article concernant Corsokane.org examine les caractéristiques de ce site, les indices susceptibles de faire douter de sa fiabilité, ainsi que les précautions que les consommateurs devraient prendre avant toute opération financière.

Notre enquête sur Financiere-gfr.com rassemble les informations publiques disponibles, analyse les éléments techniques observés et expose les raisons ayant conduit Warning-Trading à publier un avertissement destiné aux investisseurs.

Enfin, l’article relatif à Revexium.org revient sur le fonctionnement de cette plateforme, les témoignages recueillis, les vérifications effectuées par notre rédaction ainsi que les différents signaux pouvant caractériser un risque élevé pour les utilisateurs.

Ces quatre publications sont des articles journalistiques rédigés dans le cadre de notre mission d’information du public sur les risques d’arnaques financières. Ils ne constituent pas des reproductions d’œuvres protégées mais des travaux rédactionnels originaux reposant sur des recherches, des analyses et des vérifications réalisées par notre équipe.

Une procédure qui s’apparente à une tentative de procédure-bâillon

Cette nouvelle réclamation s’inscrit dans une tendance que nous observons depuis plusieurs années. Plutôt que de saisir les juridictions compétentes afin de contester le contenu de nos enquêtes, certaines personnes ou sociétés préfèrent utiliser les procédures de signalement mises en place par les grands fournisseurs techniques comme Google, Cloudflare, Hostinger ou d’autres intermédiaires.

Ces mécanismes ont été conçus pour traiter rapidement des violations manifestes de droits d’auteur ou d’autres contenus illicites. Ils ne sont cependant pas adaptés à l’appréciation d’articles de presse, qui relèvent de la liberté d’expression, du droit à l’information et, le cas échéant, de l’appréciation des juridictions compétentes.

En invoquant le droit d’auteur contre des enquêtes journalistiques, un plaignant peut obtenir, au moins temporairement, un déréférencement ou une limitation de visibilité sans qu’un juge ait eu à examiner le fond du dossier. Cette pratique peut s’analyser comme une tentative de procédure-bâillon (SLAPP), c’est-à-dire l’utilisation de mécanismes juridiques ou quasi-juridiques dans le but d’intimider, d’épuiser ou de réduire au silence un média exerçant sa mission d’information.

Warning-Trading est un site de presse spécialisé dans l’identification des escroqueries financières et la protection des consommateurs. Lorsque nos articles sont contestés, les voies judiciaires existent. Elles permettent un débat contradictoire devant une juridiction indépendante. Le recours à des procédures techniques de retrait auprès des hébergeurs, moteurs de recherche ou fournisseurs de services contourne ce débat judiciaire et vise souvent à obtenir une censure rapide sans décision sur le fond.

Des procédures automatisées inadaptées aux contenus journalistiques

Les grands acteurs du numérique reçoivent chaque année des millions de notifications relatives aux droits d’auteur. Pour faire face à ce volume considérable, une large partie de ces demandes est traitée au moyen de procédures largement automatisées ou fortement standardisées.

Si cette organisation peut se comprendre pour lutter contre le piratage massif d’œuvres culturelles, elle montre rapidement ses limites lorsqu’il s’agit d’articles de presse. Une machine ou un traitement administratif accéléré ne peut apprécier correctement les exceptions au droit d’auteur, la citation, le droit de courte citation, l’intérêt général, ni la liberté de la presse.

Dans notre cas, plusieurs enquêtes journalistiques se retrouvent temporairement affectées avant même qu’un examen contradictoire complet puisse avoir lieu. Cette situation pénalise non seulement notre rédaction mais également les internautes qui recherchent des informations sur des plateformes susceptibles de présenter des risques.

Une nouvelle tentative parmi de nombreuses autres

Cette plainte ne constitue malheureusement pas un cas isolé. Depuis plusieurs années, Warning-Trading fait régulièrement l’objet de pressions, de menaces, d’insultes, de tentatives de chantage, de procédures-bâillons et de multiples signalements destinés à faire disparaître nos enquêtes des moteurs de recherche ou à obtenir leur suppression.

Nous avons déjà consacré un dossier complet à ces méthodes de rétorsion, qui visent moins à démontrer une éventuelle inexactitude de nos articles qu’à empêcher leur diffusion :

https://warning-trading.com/enquetes-et-decryptages/menace-chantage-procedure-baillon-insulte-vengeance-escrocs/

Ces pressions ont parfois eu des conséquences très concrètes. Notre site a notamment déjà été rendu indisponible pendant plusieurs jours à la suite de procédures engagées auprès de nos prestataires techniques. Nous avons relaté cet épisode dans l’article suivant :

https://warning-trading.com/droit-avis-juridique/youtube-twitter-avis/

Notre rédaction continuera néanmoins à exercer sa mission d’information dans le respect du droit, des règles déontologiques du journalisme et de la liberté de la presse. Lorsqu’une enquête est contestée, les juridictions compétentes sont les seules à même de trancher le débat contradictoire. Les procédures techniques de retrait ne devraient jamais devenir un instrument de censure de l’information d’intérêt général.

Philippe Miller

Journaliste professionnel, télé et web, carte de presse n°115527, depuis 2010, spécialiste des arnaques financières, des paradis fiscaux et des mafias.

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