Une nouvelle plainte pour copyright vise quatre enquêtes de Warning Trading. Nous y voyons une nouvelle tentative de procédure-bâillon par déréférencement.

Le 6 août 2026, Warning-Trading.com a reçu une nouvelle notification de Google annonçant le retrait de quatre de nos articles des résultats de son moteur de recherche à la suite d’une plainte fondée sur le droit d’auteur. Les articles concernés portent sur Arcticsas, Bronetix, Nonocells et Nowwetrade.

Cette nouvelle offensive est particulièrement intéressante : elle vise des articles republiés sous de nouvelles URL après qu’une précédente série de réclamations DMCA a déjà ciblé des articles consacrés exactement aux mêmes offres. Autrement dit, nous assistons à une tentative répétée de faire disparaître de Google des contenus journalistiques consacrés à des offres que notre rédaction considère comme dangereuses pour les épargnants.

Une plainte DMCA déposée auprès de Google le 6 août 2026

Google nous indique avoir reçu une plainte le 6 août 2026 pour une prétendue violation du droit d’auteur. Son auteur affirme en anglais être titulaire d’un contenu original qui aurait été reproduit sans son autorisation sur notre site. La notification porte la référence 7-4461000040590-0195235455 et le type de message WNC-594600.

Sur la base de cette seule réclamation, Google nous informe procéder à la suppression des contenus signalés de ses résultats de recherche pour les utilisateurs du monde entier. Google prévoit toutefois une procédure de contestation permettant au site visé de demander le rétablissement des ressources. Une copie anonymisée de la réclamation doit également être transmise à la base Lumen.

Le problème est évident : il ne s’agit pas ici d’une décision de justice rendue après un débat contradictoire entre les parties. À notre connaissance, aucun tribunal n’a établi que ces articles porteraient atteinte aux droits d’auteur du plaignant. C’est une réclamation adressée directement à un intermédiaire technique qui déclenche une procédure susceptible d’aboutir au déréférencement.

Les quatre URL de Warning Trading que le plaignant veut faire disparaître

Nous publions intégralement les URL incriminées afin que nos lecteurs puissent constater précisément quels contenus sont visés :

1. Arcticsas :

Arcticsas.com: notre avis sur cette arnaque

2. Bronetix :

Arnaque bronetix.com : nouvelle arnaque. Notre avis.

3. Nonocells :

Nonocells.com : alerte et avis arnaque!

4. Nowwetrade :

Nowwetrade.com est une belle arnaque à notre avis

Ces quatre contenus appartiennent à notre travail éditorial d’information et d’alerte sur les offres financières en ligne. Ils sont consacrés respectivement à arcticsas.com, bronetix.com, nonocells.com et nowwetrade.com. Comme dans nos autres enquêtes sur des offres suspectes, notre travail consiste notamment à examiner leur présence sur internet, leurs caractéristiques techniques, leur ancienneté, les informations permettant ou non d’identifier leurs responsables, leur conformité apparente et les différents signaux susceptibles d’alerter les épargnants.

L’objectif de ces publications est donc d’informer le public sur les risques identifiés par notre rédaction. Warning Trading est un site de presse spécialisé depuis des années dans les arnaques financières et les pratiques susceptibles de mettre en danger l’épargne des particuliers.

Une deuxième offensive contre les mêmes enquêtes

Un élément rend cette plainte du 6 août particulièrement préoccupante. Les quatre URL comportent toutes le suffixe « -2 ». Ce n’est pas un hasard. Une précédente série de plaintes DMCA avait déjà visé les versions initiales de nos articles consacrés à Arcticsas, Bronetix, Nonocells et Nowwetrade.

Nous avons déjà documenté publiquement cette première offensive dans un article consacré à la censure DMCA. Les URL précédemment visées étaient notamment :

Arcticsas.com: notre avis sur cette arnaque

Arnaque bronetix.com : nouvelle arnaque. Notre avis.

Nonocells.com : alerte et avis arnaque!

Nowwetrade.com est une belle arnaque à notre avis

Les justifications communiquées lors de ces précédentes démarches étaient déjà extrêmement sommaires. Nous avions notamment relevé des accusations se résumant à quelques mots comme « Copied our work », sans qu’une décision judiciaire ou une expertise contradictoire vienne établir la réalité d’une contrefaçon.

Cette répétition change la lecture que l’on peut faire de l’affaire. Une première demande de retrait pourrait éventuellement correspondre à un différend isolé sur le copyright. Lorsque de nouvelles URL publiant des enquêtes sur les mêmes offres sont à leur tour visées, le résultat recherché ou obtenu ressemble beaucoup plus à une stratégie d’effacement durable de ces informations dans Google.

Le copyright utilisé comme une procédure-bâillon ?

Nous considérons cette démarche comme une nouvelle forme de procédure-bâillon. Ce terme, également désigné par l’acronyme anglais SLAPP, décrit traditionnellement des procédures utilisées pour intimider ou réduire au silence des journalistes, associations, lanceurs d’alerte ou autres acteurs participant au débat public.

Le cas présent possède une particularité : plutôt que de demander à une juridiction compétente de trancher un litige avec Warning Trading dans le cadre d’une procédure contradictoire, l’auteur de la plainte utilise le dispositif de signalement d’un intermédiaire technique, Google. L’effet recherché est potentiellement considérable. Pour un site d’information, disparaître des résultats de Google signifie perdre une part importante de l’accès du public à ses enquêtes.

Si une personne ou une entreprise estime qu’un article de Warning Trading est illégal, diffamatoire, contrefaisant ou factuellement erroné, il existe des juridictions légales et légitimes devant lesquelles elle peut faire valoir ses arguments. Ces juridictions permettent précisément à chacune des parties de produire ses preuves et ses arguments et à un juge indépendant de statuer.

Nous constatons pourtant régulièrement une autre stratégie : certains acteurs que nos enquêtes dérangent ne saisissent pas ces juridictions et préfèrent solliciter Google, un hébergeur, un CDN, un registrar ou un autre prestataire technique afin d’obtenir directement une suppression, un blocage ou un déréférencement.

Google n’est pas un tribunal et ses procédures automatisées montrent leurs limites

Les grands fournisseurs techniques doivent naturellement disposer de mécanismes permettant de traiter les véritables atteintes aux droits d’auteur. Personne ne conteste l’utilité de ces dispositifs lorsqu’un film, une photographie, un livre ou une autre œuvre protégée est effectivement reproduit illicitement.

Mais ces procédures sont conçues pour traiter un volume considérable de réclamations et reposent nécessairement en partie sur des mécanismes standardisés et automatisés. Elles sont beaucoup moins adaptées lorsqu’elles doivent apprécier un article de presse produit par des journalistes professionnels, avec son contexte, ses sources, ses citations, son travail d’enquête et l’intérêt public des informations publiées.

Un formulaire informatique ne remplace pas un juge. Une accusation de violation du copyright ne constitue pas une preuve de violation du copyright. Pourtant, entre le dépôt de la plainte et son éventuelle contestation, le plaignant peut obtenir exactement l’effet qu’il recherche : rendre une enquête beaucoup plus difficile à trouver.

C’est précisément cette vulnérabilité des procédures techniques que nous dénonçons. Un mécanisme légitime de protection de la propriété intellectuelle peut être détourné pour devenir un outil de gestion de réputation et de censure privée.

Warning Trading subit régulièrement menaces, chantages et tentatives de censure

Cette affaire n’est malheureusement pas isolée. Depuis des années, Warning Trading enquête sur les escroqueries financières et publie des informations qui dérangent. Cette activité journalistique nous expose régulièrement à des menaces, insultes, chantages, tentatives d’intimidation, pressions juridiques et demandes adressées à nos prestataires techniques.

Nous avons consacré une enquête entière à ces méthodes :

La vengeance des escrocs

Le principe est presque toujours identique : lorsque l’on ne parvient pas à faire disparaître l’information en convainquant le journaliste, on essaie d’agir sur l’infrastructure qui lui permet d’être diffusée. Moteur de recherche, hébergeur, registrar, réseau de diffusion ou plateforme deviennent alors des points de pression.

Ces attaques ont déjà produit des conséquences très concrètes. Warning Trading a même été mis hors ligne pendant plusieurs jours à la suite de démarches de ce type. Nous avions raconté cet épisode et ses conséquences dans cet article :

Rétablissement de notre chaîne Youtube grâce à Twitter

Nous continuerons à documenter publiquement les tentatives de censure

La meilleure réponse à une tentative de disparition de l’information reste sa documentation. C’est la raison pour laquelle nous publions les références de cette plainte, sa date, son motif et l’intégralité des URL qu’elle vise.

Nous ne prétendons pas qu’une plainte DMCA serait, par nature, abusive. Le droit d’auteur mérite évidemment d’être protégé. Mais lorsqu’il est invoqué de façon répétée contre des enquêtes journalistiques consacrées aux mêmes offres, sans qu’une décision de justice contradictoire ait préalablement établi leur illégalité, nous estimons légitime de nous interroger publiquement sur l’objectif réel de ces démarches.

Le droit d’auteur ne devrait pas devenir un droit à faire disparaître une enquête embarrassante. Et les procédures techniques mises en place par Google et les autres intermédiaires d’internet ne devraient pas offrir un raccourci permettant d’obtenir auprès d’un prestataire privé ce que l’on n’a pas demandé — ou pas obtenu — devant un tribunal.

Warning Trading continuera donc à enquêter sur les arnaques financières, à alerter les épargnants et à rendre publiques les tentatives visant à empêcher nos lecteurs d’accéder à nos enquêtes. Chaque fois que nos contenus seront visés par ce type de procédure, nous documenterons les méthodes employées afin que chacun puisse juger sur pièces.

Philippe Miller

Journaliste professionnel, télé et web, carte de presse n°115527, depuis 2010, spécialiste des arnaques financières, des paradis fiscaux et des mafias.

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