Google nous notifie une plainte pour droits d’auteur visant quatre de nos enquêtes sur des plateformes suspectes. Une procédure qui interroge.

Une notification DMCA aux contours flous

Le 1er mars 2026, Google a informé Warning-Trading.com de la réception d’une plainte pour atteinte présumée aux droits d’auteur concernant plusieurs de nos publications. Selon la notification, notre site « semble porter atteinte aux droits d’auteur de tiers » et le contenu signalé va être supprimé des résultats de recherche pour les utilisateurs du monde entier. Cette demande s’inscrit dans le cadre du Digital Millennium Copyright Act (DMCA), mécanisme permettant à un plaignant de solliciter le retrait de contenus qu’il estime contrefaisants.

La description fournie par le plaignant est particulièrement vague : « I am filing a DMCA complaint regarding the unauthorized reproduction of my original content. My work has been copied and posted on the website without my permission, violating my copyright. » Aucune précision n’est apportée quant à la nature exacte du contenu prétendument reproduit, ni sur les éléments spécifiques qui seraient protégés par le droit d’auteur. Cette absence de détail interroge, d’autant que nos articles sont des enquêtes journalistiques originales, rédigées par notre rédaction.

Google précise que la notification sera publiée, après anonymisation partielle, sur le site Lumen (anciennement Chilling Effects), plateforme recensant les demandes légales de retrait. Nous disposons de la possibilité d’adresser une contre-notification. Cette procédure, bien que légitime en théorie, transfère de fait sur l’éditeur de presse la charge de la contestation, sous peine de voir son contenu déréférencé.

Suxxessfx, cyrosalnix, genesisarbit et moonetrix: 4 arnaques

La plainte cible précisément les URL suivantes :

L’article consacré à suxxessfx.com analyse le fonctionnement de cette plateforme de trading en ligne, relève plusieurs signaux d’alerte classiques des sites frauduleux (promesses de gains irréalistes, opacité sur l’identité des dirigeants, démarchage agressif) et recueille des témoignages d’épargnants s’estimant lésés.

L’enquête sur cyrosalnix-mail.com met en lumière un système reposant sur l’utilisation d’adresses électroniques et de noms de domaine difficilement traçables, ainsi que des méthodes de pression commerciale signalées par plusieurs internautes. Nous y détaillons les mécanismes fréquemment utilisés dans les escroqueries financières en ligne.

Concernant genesisarbit-expert, notre article expose les incohérences dans la présentation des services d’investissement, l’absence d’agrément identifiable et des éléments laissant penser à une usurpation de crédibilité. Là encore, l’objectif est d’informer le public sur les risques encourus.

Enfin, l’article sur moonetrix.com examine les pratiques commerciales de cette entité, les conditions de retrait des fonds et les alertes émises par des utilisateurs. Il s’agit d’un travail d’analyse et de prévention, fondé sur des éléments vérifiables et des retours d’expérience.

Dans aucun de ces contenus nous ne reproduisons une œuvre protégée identifiable appartenant au plaignant. Nos articles relèvent du travail journalistique : rédaction originale, analyse critique et citation limitée lorsque cela est nécessaire à l’information du public. Assimiler ces enquêtes à une « reproduction non autorisée » apparaît pour le moins contestable.

Une procédure automatisée inadaptée au travail journalistique

Cette nouvelle notification illustre une problématique récurrente : les grandes plateformes techniques comme Google ont mis en place des procédures de traitement automatisé des plaintes. Si ces mécanismes sont indispensables pour lutter contre la contrefaçon manifeste (films piratés, copies intégrales d’ouvrages, etc.), ils sont inadaptés lorsqu’il s’agit d’articles de presse.

Dans les faits, la plateforme ne se prononce pas sur le fond du dossier. Elle applique un principe de précaution : en cas de plainte formellement valide, le contenu est déréférencé, charge ensuite à l’éditeur de contester. Ce fonctionnement peut être détourné par des acteurs mis en cause dans des enquêtes journalistiques. Il leur suffit d’invoquer une prétendue atteinte au droit d’auteur pour obtenir, au moins temporairement, la disparition d’un article des résultats de recherche.

Nous considérons que ce type de démarche s’apparente à une tentative de procédure-bâillon. La procédure-bâillon consiste à utiliser les outils juridiques non pour faire reconnaître un droit légitime, mais pour intimider, épuiser ou réduire au silence un média ou un lanceur d’alerte. Plutôt que de saisir les juridictions compétentes pour contester nos analyses, les personnes mises en cause préfèrent détourner les mécanismes techniques de nos prestataires afin d’obtenir une censure rapide et discrète.

Un contexte de pressions répétées contre notre média

Warning-Trading.com est un site de presse spécialisé dans la dénonciation des arnaques financières et des dérives du trading en ligne. Notre mission est d’informer, d’alerter et de prévenir les épargnants. Cette activité dérange inévitablement certains acteurs peu scrupuleux.

Les menaces, tentatives d’intimidation, chantages et procédures abusives auxquelles nous sommes confrontés sont détaillés dans cet article :

Nous avons également déjà subi des mises hors ligne temporaires de notre site à la suite de signalements et de pressions exercées auprès de nos prestataires techniques. Nous l’avons raconté ici :

Ces épisodes démontrent la fragilité d’un média indépendant face à des procédures automatisées. Une simple notification peut entraîner un déréférencement mondial, avec des conséquences importantes en termes de visibilité et d’accès à l’information pour le public.

Nous rappelons que les personnes ou sociétés mentionnées dans nos articles disposent de voies de droit claires et légitimes pour contester nos publications : droit de réponse, action en diffamation, saisine des tribunaux compétents. Or, force est de constater que ces voies judiciaires sont rarement utilisées. À la place, certains privilégient des démarches techniques visant à obtenir la suppression rapide d’un contenu sans débat contradictoire.

Informer n’est pas contrefaire

Le droit d’auteur protège les œuvres originales, pas les faits ni les analyses critiques. Le travail journalistique consiste précisément à enquêter, recouper, analyser et publier des informations d’intérêt général. Assimiler ce travail à une reproduction illicite revient à confondre information et contrefaçon.

Nous étudierons avec attention l’opportunité d’adresser une contre-notification à Google afin de rétablir ces contenus dans les résultats de recherche. Au-delà de notre cas particulier, cette situation pose une question essentielle : comment garantir que les procédures de retrait pour atteinte au droit d’auteur ne deviennent pas des outils de censure privée ?

Warning-Trading.com continuera à exercer sa mission d’information, malgré les pressions. Les tentatives de déréférencement abusif ne font que renforcer notre détermination à documenter et à exposer les pratiques douteuses qui nuisent aux épargnants.

Philippe Miller

Journaliste professionnel, télé et web, carte de presse n°115527, depuis 2010, spécialiste des arnaques financières, des paradis fiscaux et des mafias.

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