Introduite début 2016, la promesse de « cession de dettes » proposée par Ader Capital (et sa société écran Crédit Consulting) devait permettre aux particuliers endettés de se libérer de leurs crédits… mais la plupart des clients sont aujourd’hui doublement perdants.
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Le montage proposé et la promesse séduisante
Entre 2016 et 2018, Ader Capital a démarché des particuliers déjà engagés dans des crédits à la consommation, avec une offre alléchante : souscrire un ou plusieurs nouveaux crédits afin de permettre à Ader Capital de rachat/cession de la dette initiale, avec un remboursement ultérieur par le schéma proposé.
Le procédé était le suivant : le client emprunte encore, fait un versement (supposé frais d’ingénierie ou « prix de cession ») à Ader Capital, la dette initiale est « cessionnée », et Ader Capital promet de reprendre la charge des remboursements mensuels.
Holding à Londres et société écran à Maurice
Le tout reposait sur un schéma international : les fonds transiteraient par une holding à Londres (Ader Capital Ltd) puis par une structure à l’Île-Maurice, dotée d’un fonds d’investissement censé générer des rendements permettant de couvrir les engagements. L’entreprise londonienne était gérée par Eric Guilloteau et Damien Raut.
Mais dès le départ, les signaux d’alarme étaient présents. Le gendarme bancaire – Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) – déclarait que l’« activité de cession de dette en tant que telle ne requiert pas d’agrément ».
Le glissement vers l’arnaque et l’enfermement des emprunteurs
Plutôt que de soulager les emprunteurs, la mécanique a souvent aggravé leur situation : les clients se retrouvaient créanciers de nouveaux crédits, tout en restant débiteurs de leurs anciens prêts, car la « cession » n’était pas reconnue par les créanciers – aucun changement de débiteur n’avait été validé.
Un témoignage illustre : « La cliente avait déjà une dette de 25 000 €, puis a signé trois crédits conso de 10 000 € chacun, pour entrer dans l’opération ».
Quand le montage s’est enrayé fin 2018 – la société a été placée en liquidation judiciaire en novembre 2018.
Résultat : de nombreux emprunteurs continuent de rembourser leurs anciens prêts, les nouveaux crédits contractés pour entrer dans le montage, sans que la promesse d’Ader Capital ne soit tenue.
Les victimes, leurs espoirs et la procédure judiciaire en cours
Les victimes de l’affaire se comptent par centaines (voire « près d’un millier » selon certains médias) : elles se sont constituées en collectif, alertées par associations comme UFC‑Que Choisir.
UFC-Que Choisir a par ailleurs alerté sur une nouvelle phase de l’arnaque : des faux avocats ou courtiers contactent les victimes d’Ader Capital pour leur proposer des « solutions » tout aussi douteuses.
Sur le plan judiciaire, l’affaire a pris de l’ampleur : le fondateur d’Ader Capital, Éric Guilloteau, a été mis en examen en janvier 2022 pour « escroquerie en bande organisée » et « blanchiment aggravé ».
Une information judiciaire est ouverte devant le tribunal de grande instance de Rennes, et UFC-Que Choisir indique qu’un procès pourrait intervenir au plus tôt début 2026.
Le jeu des banques et les responsabilités examinées
Parallèlement à l’action pénale, des victimes ont engagé des actions civiles contre des établissements bancaires accusés d’avoir manqué à leur obligation de vigilance. Un arrêt de la Cour d’appel de Rennes du 9 octobre 2024 examinait la recevabilité d’une action contre la banque Lloyds Bank GmbH pour manquement à ses obligations de lutte contre le blanchiment et de contrôle des flux liés à Ader Capital.
La cour a statué que les demandes dirigées contre Lloyds Bank GmbH étaient irrecevables faute de démonstration de lien direct avec les contrats litigieux.
Ce volet expose la complexité de la chaîne financière : sociétés écrans, sièges diversifiés (Île-Maurice, Royaume-Uni, France), flux transfrontaliers. C’est précisément ce maillage international qui a rendu l’enquête longue et difficile.
Enjeux pour les victimes et recommandations
Pour les particuliers concernés, plusieurs constats s’imposent :
- L’offre d’Ader Capital s’appuyait sur une technologie financière et un montage international qui dépassaient largement la capacité d’analyse d’un emprunteur standard.
- Le contexte a illustré le vide législatif ou l’imprécision des régulations autour de la « cession de dettes » : l’ACPR n’a pas d’agrément spécifique à délivrer, ce qui a ouvert un créneau à des acteurs peu scrupuleux.
- Le parcours de recours est long : se porter partie civile, déclarer sa créance auprès du mandataire judiciaire, suivre l’instruction. UFC-Que Choisir rappelle que « le jugement définitif prendra encore plusieurs années ».
Pourquoi cette affaire est-elle emblématique ?
L’affaire Ader Capital figure comme un cas d’école de dérive :
- Une promesse technique séduisante : convertir un lourd fardeau de crédit en une sortie « presque gratuite ».
- Un montage international qui a brouillé les pistes et ralenti la justice.
- Des milliers de personnes fragilisées financièrement qui se sont retrouvées sans filet.
- Un environnement réglementaire pas encore entièrement adapté à ce type d’opérations novatrices et à risque.
Elle interroge aussi la responsabilité collective : des banques, des intermédiaires, des régulateurs, mais aussi des emprunteurs qui ont accepté un pari risqué à l’espoir d’une sortie rapide.
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Dans l’attente d’un jugement définitif, les protagonistes de cette affaire doivent être considéré comme présumés innocent.


