De ses débuts modestes à Dubaï jusqu’à une condamnation à six chiffres, l’influenceur Mohamed Bdj incarne autant le rêve que l’alerte dans le monde du trading digital.

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Un influenceur financier d’origine algérienne

Originaire d’Algérie et arrivé en France à l’âge de trois ans, Mohamed Bdj est né en juillet 1998 dans un milieu modeste. Dès son adolescence, il se distingue par sa persévérance dans ses études et ses activités extrascolaires. Après des études supérieures à Paris, il découvre en 2017 le marketing en ligne et le trading : « NO RISKS, NO FUN », dicte-t-il.

Très vite, il adopte une posture visible : il revendique avoir abandonné ses premières économies pour se lancer dans le trading, et affirme avoir généré ses premiers revenus significatifs six mois après le début de l’aventure. Son profil mêle alors entrepreneur digital, influenceur et trader : il monte des programmes d’affiliation, anime des communautés en ligne, investit – ou du moins prétend investir – dans l’immobilier et les cryptomonnaies.

Luxe, Dubaï, affiliation, trading… Comme un air de déjà vu

Mohamed Bdj s’impose sur les réseaux sociaux comme une figure du succès rapide : voiture de luxe, jet privé, hôtels 5 étoiles, résidences à Dubaï.  Cette mise en scène contribue à un message-clé : « vous aussi pouvez réussir, il suffit de suivre la méthode ». Il affiche sur son site officiel ses expertises : trader, entrepreneur, mentor.

Sa communauté se construit autour de formations, d’accompagnements, de groupes privés (Telegram, etc.). Certains témoignages citent sa pédagogie, sa transparence affichée, sa disponibilité. Toutefois, ce mode d’opération n’est pas sans critiques : les promesses de gains « rapides », les dérives affiliatives et les zones de flou s’accumulent dans les articles d’avis.

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Enquêtes, scandales et condamnation de Mohamed Bdj

Malgré une image de réussite, plusieurs alertes majeures sont à noter. En premier lieu, une condamnation : l’influenceur a été condamné à payer 150 000 euros par le Trésor public à la suite d’une enquête de la DGCCRF pour pratiques commerciales trompeuses liées à un projet de NFT baptisé « CrazyKartSociety ». Selon l’enquête, entre janvier et mai 2022, les bénéfices annoncés n’ont pas été livrés et plusieurs acheteurs se sont retrouvés avec des actifs sans valeur.

En parallèle, des sites spécialisés dans le trading et la cryptomonnaie tirent la sonnette d’alarme : ils qualifient son activité d’« arnaque », soulignant notamment le modèle d’affiliation agressif, l’absence de preuves solides des résultats, et le fait que la richesse revendiquée ne reposerait pas sur des investissements concrets mais sur la vente de formations.

Un signalement sur le site Signal‑Arnaques évoque également un « groupe privé » Telegram où il aurait incité des personnes à investir dans une plateforme douteuse nommée Pu Prime.

La zone grise de l’entrepreneuriat numérique

Le cas de Mohamed Bdj incarne parfaitement la zone grise de l’entrepreneuriat numérique : d’un côté, une ascension inspirante, l’usage d’outils digitaux, la promesse d’émancipation financière. De l’autre, la tentation d’exagérer, de présenter des résultats non vérifiables, d’utiliser le marketing d’affiliation comme levier principal.

Pour un lecteur averti, plusieurs axes d’attention doivent prévaloir :

  • douter des promesses de gains rapides sans transparence de preuves ;
  • vérifier la nature des revenus : trading actif, investissements divers, ou simplement affiliation ? Plusieurs analyses indiquent que la part affiliation est très importante dans le cas de Mohamed Bdj.
  • contrôler les sanctions ou les mises en demeure : ici, la condamnation pour pratiques commerciales trompeuses est un signal fort.
  • poser la question de l’éthique de l’influence numérique : quand l’image du luxe sert à susciter l’inscription, l’investissement ou la formation, dans quelle mesure l’audience est-elle informée du risque ?

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Philippe Miller

Journaliste professionnel, télé et web, carte de presse n°115527, depuis 2010, spécialiste des arnaques financières, des paradis fiscaux et des mafias.

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