Condamné à deux ans de prison pour violences, StayFocus illustre la dérive d’une notoriété fondée sur les excès et la provocation.
De la cage au tribunal : la fin d’une illusion
Quelques mois seulement après avoir prôné la paix et le respect dans l’octogone, l’influenceur polynésien StayFocus vient d’être condamné à deux ans de prison ferme pour violences. Le contraste est saisissant : celui qui répétait aux jeunes de « se battre dans la cage, pas dans la rue » a fini par faire l’inverse, en frappant un passant pour un simple « mauvais regard ».
L’agression s’est déroulée dans la nuit du 10 au 11 octobre, près du marché de Papeete. Fortement alcoolisé, Moana, alias StayFocus, 37 ans, croise un homme tout aussi ivre. L’échange est bref : une salutation sans réponse, un regard jugé provocant, puis un coup de poing. La victime s’effondre, inconsciente, avant d’être prise en charge par des témoins. L’influenceur, d’abord en fuite, revient sur les lieux quelques minutes plus tard, visiblement paniqué.
Interpellé par la police, il présente un taux d’alcoolémie de 1,11 mg par litre d’air expiré. Trop ivre pour être entendu, il sera auditionné le lendemain. Devant le tribunal correctionnel, il reconnaît les faits, se disant « désolé » et conscient d’avoir « montré le mauvais exemple ».
Un casier judiciaire déjà bien chargé
Ce n’est pas la première fois que StayFocus comparaît devant la justice. Sorti de prison en mai 2024, il avait déjà été condamné à sept reprises, notamment pour violences aggravées, consommation de stupéfiants et même agression sexuelle. À cette liste s’ajoute aujourd’hui une huitième condamnation.
Lors de l’audience, le procureur a dénoncé une « violence gratuite » et une récidive inquiétante. « Une personne sensée passe son chemin. S’il n’a pas fait demi-tour, c’est qu’il est sûr de sa force », a-t-il estimé. Le tribunal l’a condamné à 18 mois de prison ferme, assortis de six mois de sursis révoqué. L’influenceur a été immédiatement écroué à la prison de Nuutania.
Le profil judiciaire de Moana contraste avec son image publique : celle d’un homme prônant la discipline du MMA et le respect mutuel. Quelques mois plus tôt, il s’était illustré dans un combat d’exhibition très médiatisé contre un autre influenceur, Scanos, au Taho’e MMA Challenge de Mahina.
Le combat qui devait tout changer
Le 31 mai 2025, plus de 300 spectateurs assistaient à ce duel très attendu entre les deux TikTokeurs polynésiens. Portés par des millions de vues et des milliers de commentaires, StayFocus et Scanos avaient transformé leur rivalité numérique en confrontation encadrée.
Dans l’octogone, la tension s’était finalement muée en respect. Battu par décision unanime, StayFocus avait tenu un discours apaisé : « Les jeunes, venez dans la cage. Faut pas aller se battre dans la rue, sinon on risque de mourir. » Son adversaire, Scanos, renchérissait : « La hache de guerre est enterrée. Maintenant, c’est mon frère. »
Pour les organisateurs, dont le promoteur de MMA Henri Burns, l’objectif était clair : détourner les conflits de la rue vers le sport, dans un cadre sécurisé. « Mieux vaut qu’ils se battent dans l’octogone, avec des règles et des juges, plutôt que dans la rue », expliquait-il alors.
Mais cette tentative de rédemption publique n’aura été qu’un bref répit. Quatre mois plus tard, StayFocus retombe dans ses travers, démontrant que la notoriété ne suffit pas à soigner les blessures plus profondes.
Un influenceur prisonnier de son image
Sous ses airs de “philosophe du bitume”, StayFocus vit dans une grande précarité. Sans emploi, hébergé dans la maison familiale, il dépend financièrement de ses abonnés. « Ce ne sont pas mes sous que je dépense. Ce sont mes followers qui me paient mon alcool », a-t-il reconnu devant la cour. En échange, il tourne des vidéos, offre des dédicaces, se met en scène.
Cette relation de dépendance entretient un cercle vicieux : plus il provoque, plus il attire l’attention – et donc les cadeaux. Une mécanique bien connue sur les réseaux sociaux, où la viralité récompense les excès plutôt que la raison.
Pourtant, l’homme ne manque pas de lucidité. Lors de ses passages devant le juge, il répète qu’il veut « donner de bons conseils » à sa communauté. Mais la réalité est toute autre : ses vidéos, souvent tournées sous l’emprise de l’alcool, deviennent des symboles de dérive et de désinhibition, loin du modèle qu’il prétend incarner.
De la cellule à TikTok : l’incorrigible besoin d’attention
À peine condamné, StayFocus a refait surface sur les réseaux… depuis sa cellule. Une vidéo tournée depuis la prison de Nuutania a circulé massivement dès le lendemain de son incarcération. On l’y voit, torse nu, souriant, lançant à la caméra : « Bienvenue à Nuutania, prrr prrr ! Scanos, je t’attends de pied ferme ! »
La séquence, relayée sur TikTok et Facebook, a dépassé 35 000 vues en quelques heures. Un nouveau scandale pour l’administration pénitentiaire, et la preuve que la frontière entre notoriété et déchéance est désormais inexistante.
Cette mise en scène depuis la prison illustre un phénomène inquiétant : même derrière les barreaux, certains influenceurs continuent de capitaliser sur leur image, au mépris des conséquences judiciaires ou morales.
Entre influence et responsabilité
Le parcours de StayFocus révèle les failles d’une génération d’influenceurs sans cadre, pour qui la visibilité est devenue une fin en soi. À défaut d’encadrement ou de revenus stables, la recherche de “buzz” l’a mené à l’autodestruction.
Pour les autorités, son cas interroge la responsabilité sociale de ces figures numériques auprès des jeunes Polynésiens. L’image d’un homme se disant « modèle de respect » tout en accumulant les condamnations envoie un message contradictoire et dangereux.
Le MMA, discipline de rigueur et de maîtrise de soi, lui offrait pourtant une chance de réhabilitation. Mais sans accompagnement psychologique, ni réelle prise en charge de son addiction à l’alcool, l’influenceur n’a jamais pu transformer cette opportunité en reconstruction durable.
Une chute emblématique
En quelques mois, StayFocus est passé du statut de symbole de réconciliation à celui de récidiviste incarcéré. Son histoire, tragique et médiatisée, dépasse le simple fait divers : elle raconte les dérives d’une influence sans responsabilité, où la misère sociale s’habille des codes de la célébrité numérique.
L’homme qui prêchait la discipline a finalement sombré dans la même violence qu’il prétendait combattre. Derrière le slogan « dans la cage, pas dans la rue », il n’y avait qu’une illusion – celle d’un influenceur égaré, prisonnier de son propre personnage.
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