Le fameux catalogue consacré par le Louvre au tableau le plus cher du monde et mis en vente par erreur refait surface de façon rocambolesque sur le site de petites annonces.

Le « catalogue fantôme du Louvre » des éditions Hazan a bien existé

Le catalogue que le Louvre avait préparé poour accompagner le prêt éventuel du Salvator Mundi par l’Arabie Saoudite lors de l’exposition consacrée à Leonard de Vinci en 2019 vient de refaire surface de façon inopinée dans une annonce publiée sur le site Le Bon Coin.

Couverture du catalogue

Couverture du catalogue

Surnommée le « catalogue fantôme du Louvre », cette monographie avait été éditée avec les éditions Hazan et mise en vente par erreur pendant quelques jours dans la boutique de l’exposition.

Le Louvre allait reconnaitre avoir étudié le Salvator Mundi en 2018

« (…) Le Salvator Mundi (…) aujourd’hui propriété du Ministère de la Culture du Royaume d’Arabie Saoudite, a été étudié par le musée  et le C2RMF en 2018 » peut-on lire dans ce livre sous la plume de Jean-Luc Martinez, alors directeur du Louvre.

Extrait de la contribution de Jean-Claude Martinez au catalogue du Salvator Mundi.

Extrait de la contribution de Jean-Claude Martinez au catalogue du Salvator Mundi.

Il avait déjà été raconté que le Salvator Mundi était venu secrètement en France pour être étudié dans un film documentaire réalisé par Antoine Vitkine. La publication de ce catalogue l’aurait admis publiquement pour la première fois.

Si ce catalogue avait été publié, on peut en inférer que le royaume aurait donc admis pour la première fois officiellement être le propriétaire du tableau, ce que le New-York Times  avait révélé quelques semaines après la vente record de 2017.

Le Louvre s’apprêtait-il à authentifier le Salvator Mundi?

« Les résultats de l’étude historique et scientifique présentés dans cet ouvrage permettent de confirmer l’attribution de l’œuvre de Léonard de Vinci » écrivait encore Jean-Luc Martinez. L’étude scientifique menée secrètement par le Louvre et le C2RMF aurait servi, si ce catalogue avait été publié, à affirmer l’authenticité du Salvator Mundi. Or, cette position semble entrer en contradiction avec ce que l’on sait de la position du Louvre concernant l’authenticité du Salvator Mundi.

Le Louvre avait annoncé avoir fait une demande officielle de prêt pour le Salvator Mundi en mai 2019.  Mais à l’époque le musée avait « décidé en interne de simplement attribuer le portrait du Christ, d’une valeur de 450 millions de dollars, à « l’atelier » de Léonard de Vinci », ce qui est attesté par d’autres documents, notamment issus d’un compte l’étude secrète qui ne va pas dans le sens de l’authenticité.

En septembre 2019, quelques jours avant l’ouverture, le commissaire de l’exposition, Vincent Delieuvin, expliquait dans une interview au Figaro qu’il ne se prononcerait sur l’authenticité du Salvator Mundi que si l’Arabie Saoudite acceptait de le prêter : « S’il vient, nous dirons ce qu’on en pense. S’il est bien de la main de Léonard, en partie ou pas du tout ».

Le Louvre a-t-il voulu donner un gage de bonne foi avec ce catalogue ?

Le mystère demeure donc sur les contradictions du Louvre. L’étude que le Louvre a menée secrètement contrevenait certainement à sa propre déontologie qui lui interdit de se prononcer sur l’authenticité d’œuvre ne lui appartenant pas. Particulièrement quand il s’agit du tableau le plus cher du monde, vendu abusivement comme un autographe de Leonard de Vinci chez Christie’s en 2017.

Accepter de l’étudier relevait manifestement d’une demande politique et d’un geste diplomatique, probablement intéressé par des contreparties économiques pour la France sur le chantier du projet culture d’Al-Ulla. La France y est déjà partie prenante via l’Agence Française pour le Développement d’Al-Ulla.un site archéologique majeur sur lequel le Louvre coopère depuis plusieurs années déjà.

Il a été prouvé que la France avait refusé de blanchir le Salvator Mundi en l’authentifiant sans réserve. Alors pourquoi avoir préparé ce catalogue? Le Louvre a-t-il été totalement opportuniste ? Ou bien voulait-il donner de purs gages de sa bonne volonté vis-à-vis de l’Arabie Saoudite en commençant à éditer ce catalogue mais en sachant très bien que ce tableau ne serait ni exposé ni authentifié ?

Si le Salvator Mundi n’est pas un autographe de Léonard de Vinci mais, au mieux, une œuvre de son atelier, il ne vaudrait plus que quelques millions d’euros. Une terrible humiliation pour le royaume saoudien qui a déboursé 450 millions de dollars pour l’acheter.

Le scoop de The Art Newspaper de 2020 confirmé

C’est The Art Newspaper qui avait révélé l’affaire de ce catalogue fantome en mars 2020, plongeant le Louvre dans l’embarras.

 

 

Extrait de l'article de The Art Newspaper qui avait révélé l'existence du catalogue fantôme.

Extrait de l’article de The Art Newspaper qui avait révélé l’existence du catalogue fantôme.

L’examen du catalogue nous a permis de confirmer en tous points l’article de The Art Newspaper qui affirmait, entre autres choses, que:

  • Ce catalogue est tirée d’une étude scientifique réalisée secrètement par le Louvre et le C2RMF à la demande de l’Arabie Saoudite
  • L’étude a été signée par Vincent Delieuvin, Myriam Eveno et Elisabet Ravaud.
  • Le livre ferait 45 pages et il aurait été été édité par les éditions Hazan.

 

L'article de The Art Newspaper était accompagné par cette illustration qui ne correspond manifestement pas au vrai catalogue.

L’article de The Art Newspaper était accompagné par cette illustration qui ne correspond manifestement pas au vrai catalogue.

 

Un code ISBN inconnu des moteurs de recherche

Ce catalogue a été étrangement « achevé d’imprimer » en Italie en décembre 2019, soit postérieurement au début de l’exposition.

Il porte le code ISBN no 97K2754111492. L’ISBN est « un numéro internationalement reconnu, créé en 1970, identifiant de manière unique chaque édition de chaque livre publié postérieurement à l’introduction de l’ISBN, quel que soit son support.

Extrait de la quatrième de couverture du catalogue.

Extrait de la quatrième de couverture du catalogue.

Or, nous n’avons pas retrouvé ce code dans les moteurs de recherches donnant accès à l’index de l’ISBN.

L’auteur de l’annonce ignorait que ce livre n’était pas censé exister

Nous avons pu échanger avec la personne qui a mis ce livre en vente. Il aurait été acheté le jour de l’inauguration de l’exposition. Cette personne ignorait que ce catalogue n’était pas censé exister quand elle l’a mis en vente.

Dans les heures qui ont suivi la mise en ligne de l’annonce, cette personne a été contactée par plusieurs demandes pressantes voulant absolument acheter ce livre. Elle a finalement retiré l’annonce et gardé le livre.

Philippe Miller

Journaliste professionnel, télé et web, carte de presse n°115527, depuis 2010, spécialiste des arnaques financières, des paradis fiscaux et des mafias.

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