Selfbar France promet de révolutionner la distribution de boissons grâce à une technologie innovante. Mais son modèle économique et ses ambitions interrogent.
Selfbar France : une technologie qui promet de transformer la distribution de boissons
Derrière les noms Be The Change – France et Selfbar France se trouve un projet entrepreneurial qui entend révolutionner la distribution de boissons dans les bars, restaurants, festivals et autres établissements accueillant du public. Son principe repose sur des équipements automatisés permettant aux consommateurs de se servir eux-mêmes, sans passer par un serveur ou une caisse traditionnelle.
Le concept présente plusieurs caractéristiques originales. Le client utilise une carte cryptée et rechargeable, qu’il approche d’un terminal pour activer le système de distribution. Il peut ensuite se servir la quantité souhaitée. Le paiement est calculé automatiquement en fonction de la consommation réelle, avec une facturation annoncée au centilitre près.
Les promoteurs de Selfbar mettent en avant plusieurs avantages : réduction des files d’attente, limitation des erreurs de service, meilleure traçabilité des consommations et diminution du gaspillage. La technologie revendiquée associe notamment objets connectés, intelligence artificielle, communication LoRaWAN et blockchain.
L’entreprise affirme également vouloir transformer les pertes habituellement subies par les établissements en nouvelles sources de revenus. Elle présente cette approche comme une solution à la fois économique et écologique, susceptible d’améliorer la rentabilité des professionnels de la restauration.
Sur le papier, l’idée n’a rien d’absurde. L’automatisation de la distribution de boissons constitue un marché identifiable, et les professionnels peuvent effectivement avoir intérêt à réduire certaines pertes d’exploitation.
Mais une innovation technologique, même pertinente, ne garantit jamais la réussite commerciale d’une entreprise. Encore faut-il démontrer que les équipements fonctionnent durablement, que les clients les adoptent et que leur déploiement génère les revenus annoncés.
Qui se trouve derrière Be The Change et Selfbar France ?
La société Be The Change – France, immatriculée sous le numéro SIREN 982 803 082, a été créée le 14 septembre 2023. Son siège social est situé au 62 rue des Manadiers, à Saint-Martin-de-Crau, dans les Bouches-du-Rhône.
Il s’agit d’une société par actions simplifiée à capital variable, disposant d’un capital social déclaré de 1 000 euros, avec un minimum de 500 euros. Son activité officielle porte sur les commissions commerciales, notamment auprès des cafés, hôtels et restaurants, à travers des équipements autonomes.
Selfbar France est présenté comme son nom commercial, notamment dans l’annuaire de la French Tech Aix-Marseille Région Sud.
L’organisation juridique mérite d’être détaillée. Depuis le 29 juin 2024, la présidence de Be The Change – France est assurée par une autre société, Heritage Network, immatriculée sous le numéro SIREN 952 793 297.
Cette dernière est dirigée par Jonathan Cros, également identifié comme bénéficiaire effectif de Be The Change – France dans les informations publiques consultées.
Jonathan Cros a occupé, selon son parcours professionnel publié sur LinkedIn, des fonctions de cofondateur et directeur commercial de l’Ambassade Selfbar France, entre juillet 2023 et août 2025. Il présente également des activités d’apporteur d’affaires, de développement commercial et de marketing.
Les documents constitutifs de Be The Change – France permettent d’identifier plusieurs souscripteurs initiaux : Myriam Payet, Danny Perotto, Mehdi Benlahoucine, Olivier Catry, Emmanuel Tille et Heritage Network.
La répartition initiale du capital était la suivante : 19 % pour Heritage Network, 18 % pour chacun des quatre premiers associés personnes physiques et 9 % pour Emmanuel Tille.
Cette répartition historique ne permet cependant pas de déterminer à elle seule l’actionnariat actuel, ni les éventuelles évolutions intervenues depuis la constitution de la société.
Un autre nom apparaît dans la présentation du projet : Vincent Callebaut, présenté comme étant à l’origine de l’idée de Selfbar. Selon la chronologie commerciale, les premières réflexions remonteraient à la période 2008-2010, avant une phase de développement technologique et de déploiement.
Il importe toutefois de distinguer l’inventeur ou le promoteur du concept, les responsables commerciaux et les dirigeants juridiques de la structure française. Ces rôles ne sont pas nécessairement exercés par les mêmes personnes.
Des projections financières particulièrement spectaculaires
C’est probablement l’un des aspects les plus frappants du projet Selfbar : l’ampleur des ambitions financières présentées dans son argumentaire commercial.
Un prévisionnel diffusé sous la marque Selfbar France envisage une progression très rapide du nombre de fontaines déployées et du chiffre d’affaires associé.
| Année | Fontaines prévues | Chiffre d’affaires prévisionnel | Résultat net prévisionnel |
|---|---|---|---|
| 2025 | 1 000 | 513 570 € | -5,09 M€ |
| 2026 | 7 000 | 13,20 M€ | 5,21 M€ |
| 2027 | 15 000 | 34,36 M€ | 9,44 M€ |
| 2028 | 26 000 | 64,80 M€ | 18,24 M€ |
| 2029 | 38 000 | 102,69 M€ | 29,23 M€ |
| 2030 | 50 000 | 141,41 M€ | 40,65 M€ |
Ces chiffres constituent des prévisions commerciales et non des résultats financiers constatés.
Le scénario présenté suppose notamment que le parc de fontaines passe de 1 000 équipements en 2025 à 50 000 équipements en 2030, tandis que le chiffre d’affaires annuel atteindrait plus de 141 millions d’euros.
Le résultat net projeté pour 2030 dépasserait 40 millions d’euros, soit une marge nette prévisionnelle d’environ 28,7 %.
Une telle rentabilité serait remarquable. Elle nécessite donc des explications précises sur la structure des coûts, les commissions réellement perçues, les dépenses de maintenance, les modalités de financement des équipements et la réalité du marché accessible.
Autre particularité : le prévisionnel fait apparaître une perte nette d’environ 5,09 millions d’euros en 2025, suivie d’un bénéfice supérieur à 5,2 millions dès 2026. Ce retournement extrêmement rapide suppose une montée en puissance commerciale particulièrement réussie.
Les porteurs du projet disposent-ils de contrats fermes permettant de justifier ces hypothèses ? Combien de fontaines sont effectivement installées et opérationnelles ? Quels revenus récurrents sont déjà encaissés ?
Ces questions sont essentielles pour apprécier la crédibilité du modèle.
Une visibilité financière encore limitée
Les informations publiques disponibles sur Be The Change – France ne permettent pas, à elles seules, de vérifier la réalisation de ces ambitions.
Selon la fiche d’entreprise consultée sur Pappers, aucun compte annuel n’est librement accessible pour cette société. Une annonce publiée au BODACC le 28 août 2025 fait néanmoins état du dépôt de comptes pour l’exercice clos le 30 septembre 2024, accompagnés d’une déclaration de confidentialité.
Il serait donc incorrect d’affirmer que l’entreprise n’a pas déposé de comptes. En revanche, l’absence de chiffres financiers publics détaillés limite les possibilités de vérification indépendante de son activité et de sa rentabilité.
La même fiche indique un effectif de zéro salarié pour 2026. Cette information mérite d’être mise en perspective avec les ambitions de déploiement national et international du projet.
Elle ne démontre pas, à elle seule, une anomalie : une entreprise peut fonctionner avec des dirigeants, des prestataires indépendants, des partenaires commerciaux ou des sociétés sous-traitantes.
Néanmoins, lorsqu’une structure annonce un développement de plusieurs dizaines de milliers d’équipements, il est légitime de chercher à comprendre quelles ressources humaines, techniques et financières sont effectivement mobilisées.
Il faut également distinguer les activités de la société française de celles d’éventuelles autres entités exploitant la technologie Selfbar. Les chiffres annoncés à l’échelle d’un réseau ne correspondent pas nécessairement aux revenus de Be The Change – France.
Un modèle commercial qui appelle plusieurs éclaircissements
Selfbar ne se présente pas uniquement comme un fabricant d’équipements. Son argumentaire insiste sur un système permettant de redistribuer les revenus générés par les consommations, avec une gestion automatisée des paiements.
Cette dimension constitue un élément important du projet. Qui encaisse l’argent des consommateurs ? Qui rémunère les établissements ? Qui prélève les commissions ? Et surtout, quelles garanties contractuelles protègent les différents participants ?
L’utilisation revendiquée de la blockchain mérite également des précisions. Cette technologie peut servir à enregistrer certaines opérations, mais son emploi ne garantit pas automatiquement la sécurité financière, la transparence comptable ou l’absence de litiges.
Il serait notamment utile de connaître l’identité des prestataires de paiement, le rôle exact des différentes sociétés intervenant dans les flux financiers et les procédures prévues en cas de contestation.
Par ailleurs, si des particuliers ou des partenaires commerciaux sont invités à investir dans le développement du réseau, financer des équipements ou avancer des sommes d’argent, les conditions de ces opérations doivent être examinées avec attention.
La propriété des machines, les engagements de rentabilité, les délais de récupération du capital, les possibilités de remboursement et les risques supportés par les participants sont autant de sujets qui doivent être clairement documentés.
À ce stade, les éléments examinés ne permettent pas d’établir l’existence d’une fraude ou d’une escroquerie. Ils justifient en revanche des interrogations sur la manière dont les ambitions commerciales se traduisent concrètement sur le terrain.
Selfbar et Be The Change : Warning Trading lance un appel à témoignages
Warning Trading souhaite recueillir des informations complémentaires sur Be The Change – France, Selfbar France et les différentes structures ou personnes intervenant dans la commercialisation de cette technologie.
Notre démarche consiste à confronter les promesses affichées à des expériences concrètes et vérifiables. L’objectif n’est pas de mettre en cause une innovation au seul motif qu’elle affiche des ambitions importantes, mais de mieux comprendre son fonctionnement réel.
Nous recherchons notamment les témoignages de professionnels de la restauration, exploitants de bars, distributeurs, partenaires commerciaux, anciens collaborateurs, investisseurs éventuels et utilisateurs des équipements Selfbar.
Plusieurs questions nous intéressent particulièrement :
- Avez-vous signé un contrat avec Be The Change, Selfbar France ou une structure liée au projet ?
- Avez-vous acheté, financé ou exploité une fontaine Selfbar ? Si oui, quel a été votre retour d’expérience ?
- Vous a-t-on proposé un investissement ou une participation financière ? Quelles conditions et perspectives de revenus vous ont été présentées ?
- Les équipements fonctionnent-ils conformément aux promesses commerciales ?
- Les commissions, rémunérations ou remboursements convenus ont-ils été versés dans les délais prévus ?
- Disposez-vous d’informations sur le nombre réel de fontaines installées et sur les résultats économiques obtenus ?
- Avez-vous rencontré des difficultés contractuelles, commerciales ou techniques ?
Les témoignages positifs nous intéressent tout autant que les expériences négatives. Ils permettront de distinguer les difficultés éventuellement rencontrées par certains partenaires des résultats obtenus par d’autres.
Nous invitons également les dirigeants et représentants de Be The Change – France et de Selfbar France à apporter leurs précisions, notamment sur le déploiement effectif des équipements, le modèle de rémunération et les perspectives financières publiées.
Vous connaissez Selfbar ? Vous avez travaillé avec Be The Change ? Vous avez investi ou envisagé de participer à ce projet ? Votre témoignage peut nous aider à mieux comprendre cette activité.
Vous pouvez contacter la rédaction de Warning Trading en apportant, dans la mesure du possible, des documents contractuels, des échanges commerciaux ou tout autre élément permettant de vérifier les faits rapportés. Les demandes de confidentialité des témoins seront prises en considération.
L’enjeu est simple : déterminer si les ambitions affichées par Selfbar reposent sur une réussite commerciale déjà mesurable ou sur des perspectives qui restent largement à concrétiser.

