Le parquet de Rouen réclame un procès de Poupette Kenza pour tentative d’extorsion et association de malfaiteurs. La décision revient désormais au juge.
L’affaire judiciaire impliquant Kenza Benchrif, plus connue sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme de Poupette Kenza, franchit une nouvelle étape. Le parquet de Rouen a requis son renvoi devant le tribunal correctionnel pour tentative d’extorsion et participation à une association de malfaiteurs.
Le réquisitoire définitif a été pris le 7 juillet 2026, selon les informations communiquées par le parquet en septembre. Il concerne également Allan Liehrmann et un troisième mis en cause. Cette étape ne signifie cependant pas que le procès est définitivement acquis : il appartient maintenant au juge d’instruction de décider de la suite de la procédure.
Une affaire née d’un conflit financier et de menaces présumées
L’enquête remonte à février 2024. Un couple avait alors déposé plainte après avoir fait l’objet de surveillances et de menaces dans le contexte d’un différend financier. D’après les éléments communiqués à l’époque par le parquet de Rouen, les plaignants auraient notamment découvert une balise GPS sur leur véhicule et auraient fait l’objet d’une surveillance comprenant l’installation de mini-caméras à proximité de leur domicile.
Le couple aurait également été physiquement menacé sous condition du versement de 200 000 euros. Selon les éléments publiés depuis le début de l’affaire, l’enquête s’est intéressée au rôle d’un intermédiaire présenté comme ayant été recruté pour exercer des pressions dans le cadre de ce conflit financier.
Kenza Benchrif avait été interpellée en juillet 2024 à son arrivée en France puis mise en examen. Elle avait ensuite été placée en détention provisoire. Elle en est sortie le 31 octobre 2024 et a été placée sous contrôle judiciaire.
Dans un entretien accordé au Parisien en mai 2025, l’influenceuse avait reconnu avoir fait appel à un « homme de main » et expliqué avoir voulu se faire justice elle-même, tout en disant regretter son comportement. Ces déclarations ne préjugent évidemment pas de sa responsabilité pénale, laquelle ne peut être établie que par une juridiction.
Le parquet ne retient plus la « bande organisée »
Un élément juridique important distingue la situation actuelle de celle qui prévalait au moment de la mise en examen. En juillet 2024, Poupette Kenza avait notamment été mise en examen pour tentative d’extorsion en bande organisée et association de malfaiteurs.
Dans son réquisitoire définitif, le parquet demande désormais un renvoi pour tentative d’extorsion et participation à une association de malfaiteurs en vue de préparer un délit puni d’au moins cinq ans d’emprisonnement. Selon Le Parisien, le ministère public a donc écarté la circonstance aggravante de bande organisée. Cette évolution est loin d’être purement sémantique puisqu’elle modifie la qualification pénale envisagée et la juridiction susceptible de juger les faits.
Le parquet demande également le renvoi d’Allan Liehrmann pour les mêmes qualifications. Un troisième mis en cause est concerné par les réquisitions et fait également l’objet de poursuites envisagées pour port et transport d’une arme de catégorie A.
À ce stade de la procédure, il reste indispensable de rappeler que les personnes mises en examen bénéficient de la présomption d’innocence. Les réquisitions du parquet exposent la position de l’accusation à l’issue de l’information judiciaire ; elles ne constituent pas une déclaration de culpabilité.
Le procès de Poupette Kenza n’est pas encore décidé
La nuance est importante : le parquet de Rouen ne peut pas décider lui-même du renvoi devant le tribunal correctionnel dans cette information judiciaire. Il a formulé ses réquisitions, mais la décision appartient au juge d’instruction.
Celui-ci devra examiner les éléments réunis au cours de l’enquête avant de rendre son ordonnance. Il pourra décider d’un renvoi devant le tribunal correctionnel s’il estime les charges suffisantes, ou prononcer un non-lieu, notamment s’il considère que les conditions nécessaires à des poursuites ne sont pas réunies.
Le parquet de Rouen l’a lui-même précisé dans sa communication : il appartient désormais au magistrat instructeur de prendre une ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel ou une ordonnance de non-lieu. Par conséquent, annoncer dès aujourd’hui que Poupette Kenza sera effectivement jugée pour cette affaire serait prématuré.
Une nouvelle affaire judiciaire autour du monde de l’influence
Au-delà du cas individuel de Poupette Kenza, ce dossier illustre aussi la spectaculaire exposition médiatique que peuvent prendre les procédures impliquant des personnalités issues des réseaux sociaux. L’influenceuse rassemble environ 1,5 million d’abonnés sur Instagram et expose depuis plusieurs années une partie importante de sa vie privée et professionnelle à sa communauté.
Cette audience ne doit cependant pas transformer une procédure pénale en procès parallèle sur les réseaux sociaux. Les accusations, commentaires et prises de position diffusés en ligne ne disposent pas de la valeur des éléments contradictoirement examinés par la justice. La prudence est d’autant plus nécessaire lorsque des millions d’internautes peuvent être exposés à des versions partielles d’une affaire encore en cours d’instruction.
L’affaire rappelle également un principe beaucoup plus général : un différend financier ne peut légitimement être réglé par des méthodes d’intimidation ou de contrainte. Lorsqu’une personne estime avoir été victime d’un vol, d’un détournement ou d’une escroquerie, les voies judiciaires et les procédures légales sont précisément destinées à permettre la résolution du conflit.
Poupette Kenza est également attendue devant la justice en 2027
Cette procédure ne doit pas être confondue avec une autre affaire judiciaire concernant Kenza Benchrif. L’influenceuse et Allan Liehrmann sont convoqués devant le tribunal correctionnel de Rouen le 18 mars 2027 dans un dossier distinct.
Ils doivent notamment y répondre de faits qualifiés de travail dissimulé, pratique commerciale trompeuse et emploi d’une personne étrangère en situation irrégulière, selon les informations communiquées par le parquet. Les deux procédures ont donc des objets et des calendriers différents.
Dans le dossier relatif à la tentative d’extorsion, aucune date d’audience ne peut pour l’instant être annoncée. La prochaine étape déterminante sera l’ordonnance du juge d’instruction. C’est elle qui dira si Poupette Kenza et les autres mis en cause doivent effectivement répondre de ces accusations devant une juridiction de jugement.

