En 2025, la fraude aux moyens de paiement a atteint 1,24 milliard d’euros en France. Derrière ce chiffre, les escroqueries par manipulation inquiètent particulièrement.
Plus de 1,2 milliard d’euros de fraude en 2025
Les dispositifs techniques de sécurisation des paiements progressent, mais les escrocs aussi. En France, le montant total de la fraude aux moyens de paiement a augmenté de 3,8 % en 2025, pour atteindre environ 1,24 milliard d’euros, selon l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (OSMP), placé auprès de la Banque de France. Une évolution d’autant plus notable que le nombre d’opérations frauduleuses a, lui, diminué de près de 8 %, à environ 7,2 millions d’opérations.
Cette apparente contradiction est révélatrice de l’évolution de la menace. Certaines formes traditionnelles de fraude sont mieux maîtrisées, tandis que des escroqueries capables d’occasionner des préjudices unitaires beaucoup plus importants prennent de l’ampleur. La fraude ne disparaît donc pas : elle change de visage et se déplace vers les maillons les plus vulnérables des systèmes de paiement.
Le constat est particulièrement frappant concernant la carte bancaire. Son taux de fraude est descendu à un niveau historiquement bas, avec 47 euros fraudés pour 100 000 euros de paiements. La Banque de France constate également une amélioration des paiements sur Internet et des paiements mobiles. L’authentification forte et les dispositifs de détection semblent donc produire des résultats sur les attaques les plus directement techniques.
516 millions d’euros perdus dans les fraudes par manipulation
Mais les fraudeurs disposent d’une autre stratégie : plutôt que de contourner la sécurité informatique, ils peuvent chercher à convaincre la victime de réaliser elle-même l’opération. C’est le principe de la fraude par manipulation, dont le montant a bondi de 34 % en un an pour atteindre 516 millions d’euros en 2025.
Ces escroqueries représentent désormais 41,6 % du montant total de la fraude aux moyens de paiement. Leur poids a fortement augmenté en quelques années. En 2024, après un léger recul, elles représentaient encore 30,6 % du total. La reprise observée en 2025 montre combien il serait imprudent de considérer la menace comme maîtrisée.
Le faux conseiller bancaire constitue l’un des scénarios emblématiques. Un escroc contacte sa cible et prétend travailler pour sa banque. Il peut connaître son nom, son numéro de téléphone, parfois son établissement bancaire ou certaines informations personnelles. En invoquant une opération suspecte ou une urgence de sécurité, il cherche ensuite à convaincre la victime de valider une opération, de transmettre des informations ou de déplacer son argent.
La même logique peut prendre d’autres formes : fraude au président, substitution d’IBAN, usurpation d’identité ou manipulation d’un salarié. Le point commun est essentiel : l’escroc ne cherche plus nécessairement à casser la serrure numérique. Il tente d’obtenir de la personne légitime qu’elle lui ouvre elle-même la porte.
Quand l’ingénierie sociale contourne l’authentification forte
Cette évolution constitue un défi majeur pour les banques et les autorités. L’authentification forte, développée notamment sous l’effet de la réglementation européenne, a considérablement renforcé certains parcours de paiement. Mais elle ne protège pas totalement un utilisateur lorsqu’un fraudeur parvient à lui faire approuver volontairement une opération.
Le problème devient alors autant psychologique et informationnel que technologique. Les escrocs peuvent mettre leur victime sous pression, créer un sentiment d’urgence, se présenter comme une autorité légitime et exploiter des informations personnelles récupérées auparavant. Une fuite de données n’entraîne donc pas forcément une fraude bancaire immédiate : les informations compromises peuvent servir ultérieurement à rendre un scénario d’usurpation beaucoup plus crédible.
Les méthodes évoluent également avec les contre-mesures. Au premier semestre 2025, l’OSMP constatait par exemple que certains fraudeurs se reportaient vers des numéros de téléphone mobiles classiques en 06 ou 07 ou vers les fonctions d’appel de messageries instantanées, après le renforcement des mécanismes destinés à lutter contre l’usurpation des numéros de téléphone.
Cette faculté d’adaptation impose de ne pas réduire la prévention à un message du type « ne communiquez jamais votre code ». Une manipulation sophistiquée peut s’appuyer sur plusieurs canaux et sur un scénario construit progressivement. La victime peut croire qu’elle est précisément en train de protéger son compte contre une fraude alors qu’elle exécute les instructions du fraudeur.
De nouveaux dispositifs, mais aucune protection n’est absolue
Face à cette menace, l’écosystème bancaire déploie de nouveaux outils. Depuis octobre 2025, la vérification du bénéficiaire permet notamment de contrôler la cohérence entre l’IBAN saisi et l’identité du titulaire du compte destinataire. Le mécanisme peut contribuer à détecter certaines substitutions d’IBAN ou incohérences avant l’exécution d’un virement.
Depuis mai 2026, un fichier national des comptes signalés pour risque de fraude vient également renforcer le partage d’informations entre prestataires de services de paiement. L’objectif consiste à identifier plus rapidement des comptes susceptibles d’être utilisés pour recevoir ou faire transiter des fonds issus d’escroqueries.
Ces outils sont nécessaires, mais ils ne doivent pas créer un faux sentiment de sécurité. Une fraude par manipulation réussie repose précisément sur la capacité de l’escroc à transformer les dispositifs de confiance en arguments. Une interface bancaire authentique, une notification réelle ou une authentification forte peuvent être intégrées au scénario : « Vous allez recevoir une demande de validation pour annuler l’opération frauduleuse », prétendra par exemple l’escroc. La demande est bien réelle, mais elle sert en réalité à autoriser le paiement.
Un principe essentiel : ne jamais agir dans l’urgence
Les chiffres de 2025 rappellent ainsi une règle fondamentale : une personne qui appelle et prétend représenter une banque ne doit jamais dicter dans l’urgence une opération financière. Un appel inquiétant concernant un compte bancaire doit conduire à interrompre la conversation et à contacter soi-même son établissement par un canal connu et vérifié, par exemple depuis l’application officielle ou grâce au numéro figurant sur les documents bancaires.
Il faut également se méfier d’un interlocuteur qui demande de valider une opération, communiquer un code d’authentification, installer une application ou transférer de l’argent vers un prétendu « compte sécurisé ». Le niveau de précision de l’interlocuteur n’est pas une preuve de son identité. Des données personnelles peuvent avoir été obtenues à la suite d’une fuite, d’un hameçonnage ou d’une précédente compromission.
Le bilan 2025 de l’OSMP révèle finalement un déplacement préoccupant de la criminalité financière. Alors que certains systèmes de paiement deviennent techniquement plus sûrs, les fraudeurs concentrent davantage leurs efforts sur l’ingénierie sociale et la manipulation des utilisateurs. Avec 516 millions d’euros de préjudice en une seule année, il ne s’agit plus d’un phénomène marginal mais de l’un des principaux fronts de la lutte contre la fraude bancaire en France.

