Une fausse convocation attribuée à Interpol accuse son destinataire de crimes sexuels afin de provoquer panique, réponse précipitée et extorsion d’argent.

Une « convocation » conçue pour provoquer la peur

Le document qui circule reprend les codes visuels d’une communication officielle : logo d’Interpol, cachets, signatures, références juridiques et présentation administrative. Il est même décliné en plusieurs langues, notamment en français, en anglais et en espagnol. L’objectif semble évident : donner à un courrier frauduleux une apparence suffisamment sérieuse pour empêcher son destinataire de réfléchir posément.

Le contenu va beaucoup plus loin. Le destinataire est accusé d’infractions extrêmement graves, parmi lesquelles figurent notamment la pédopornographie, la pédophilie, l’exhibitionnisme et le trafic sexuel. Le procédé est particulièrement violent. Une personne recevant soudainement de telles accusations peut être tentée de répondre immédiatement afin de se justifier, même lorsqu’elle sait n’avoir rien fait de répréhensible.

C’est précisément sur cette réaction que comptent les escrocs. Les arnaques reposant sur une fausse autorité policière utilisent volontiers la sidération, la honte et la peur des conséquences judiciaires. Dans ce cas, le document impose en outre un délai prétendument « strict » de 72 heures. Cette urgence artificielle est un ressort classique de l’ingénierie sociale : il s’agit de réduire le temps disponible pour vérifier l’information ou demander conseil.

Interpol prévient elle-même : elle ne contacte pas ainsi les particuliers

Un élément permet pourtant de démonter très rapidement ce type de scénario. Interpol met explicitement en garde contre les courriels envoyés en son nom à des particuliers. Sur son propre site, l’organisation internationale indique qu’un courriel prétendant provenir directement d’Interpol et adressé à un particulier doit être considéré comme frauduleux.

Interpol précise également qu’elle ne réclame jamais d’argent au public, ne demande pas de coordonnées bancaires et ne sollicite pas directement de virement. L’organisation avertit même que des escrocs reproduisent son identité visuelle, utilisent des noms de responsables réels et fabriquent des documents comportant des cachets d’apparence officielle afin de renforcer leur crédibilité.

La présence du nom d’un véritable haut responsable n’est donc absolument pas une garantie. Le courrier observé mentionne ainsi Valdecy Urquiza, qui est effectivement secrétaire général d’Interpol depuis novembre 2024. Cette concordance avec la réalité peut précisément participer à la manipulation : les fraudeurs savent qu’une victime peut taper rapidement un nom dans un moteur de recherche et être rassurée en constatant que cette personne existe réellement.

Mais un nom authentique placé sur un faux document ne transforme pas celui-ci en document authentique. C’est même l’une des techniques les plus simples pour fabriquer une usurpation crédible.

Un document qui mélange les institutions et les procédures

Plusieurs incohérences doivent également éveiller les soupçons. Le document semble juxtaposer Interpol, une prétendue unité de cybersécurité et la Cour pénale internationale. Une telle accumulation de références prestigieuses peut impressionner une personne peu familière avec le fonctionnement des institutions internationales, mais elle ne suffit évidemment pas à créer une procédure judiciaire valable.

Interpol est avant tout une organisation facilitant la coopération policière internationale entre ses pays membres. Ses bureaux centraux nationaux travaillent avec les services de police des différents États. L’organisation précise d’ailleurs que ces bureaux ne traitent pas directement les demandes ordinaires du public : une personne souhaitant signaler une infraction doit normalement s’adresser à la police nationale ou locale compétente.

Le mécanisme présenté dans le faux courrier – une institution internationale qui enverrait directement à un particulier un courriel l’accusant de crimes, puis lui demanderait de répondre rapidement par e-mail pour « justifier » sa situation – constitue donc un énorme signal d’alerte.

Autre indice : les escrocs cherchent souvent à reproduire l’apparence de la bureaucratie plutôt que son fonctionnement réel. Logos, tampons, signatures scannées, vocabulaire juridique et références à des articles de loi servent de décor. La quantité de symboles officiels peut donner une impression de sérieux, alors que l’authenticité d’une procédure ne se vérifie jamais au nombre de cachets figurant en bas d’une page.

Le premier message ne demande parfois aucun argent

La particularité de ce genre de fraude est que la demande de paiement n’apparaît pas nécessairement dans la première communication. Le faux courrier invite d’abord la victime à répondre. Cette étape est importante : en répondant, la personne confirme que son adresse électronique est utilisée et qu’elle est suffisamment inquiète pour engager la conversation.

Les escrocs peuvent alors poursuivre leur scénario. Ils peuvent prétendre qu’une procédure est engagée mais qu’il existe une solution pour l’interrompre : paiement d’une prétendue amende, caution, consignation, frais de dossier ou pénalité transactionnelle. Ces intitulés donnent une apparence administrative à ce qui n’est en réalité qu’une demande d’argent.

Interpol décrit elle-même ce mécanisme dans ses avertissements. L’organisation explique que certains messages frauduleux commencent sans réclamer immédiatement de fonds. Une fois le contact établi, la victime peut progressivement être conduite vers une demande financière.

Cette progression est essentielle pour comprendre l’arnaque. Elle transforme une sollicitation absurde – « envoyez-nous de l’argent » – en une histoire supposément cohérente : accusation, prise de contact, explications, menace de sanctions, puis proposition permettant prétendument d’éviter des poursuites. La rançon devient alors le dernier étage d’un scénario psychologique construit progressivement.

Des accusations particulièrement efficaces pour isoler la victime

Le choix des accusations n’est probablement pas anodin. Être faussement associé à des faits impliquant des mineurs ou à des infractions sexuelles peut provoquer une peur sociale et personnelle considérable. Une victime peut hésiter à montrer le document à ses proches ou à demander conseil, précisément à cause de la nature infamante de ce qui lui est reproché.

Cet isolement profite aux escrocs. Une personne qui partage le courrier avec un tiers – avocat, policier, proche ou professionnel de la cybersécurité – augmente fortement ses chances de comprendre qu’elle fait face à un faux. À l’inverse, une victime enfermée dans une conversation privée avec le fraudeur peut être progressivement soumise à davantage de pression.

Le ressort est proche de celui que l’on retrouve dans certaines formes de sextorsion ou d’usurpation d’identité : le fraudeur ne cherche pas seulement à convaincre, il cherche à créer une émotion assez forte pour court-circuiter les réflexes habituels de vérification.

Interpol considère d’ailleurs les escroqueries d’ingénierie sociale comme une menace importante. En 2026, l’organisation a de nouveau alerté sur la sophistication croissante des fraudes financières et sur l’utilisation de techniques exploitant la confiance, la peur ou l’autorité apparente pour obtenir de l’argent et des informations confidentielles.

Que faire lorsqu’on reçoit une fausse convocation de ce type ?

La première précaution consiste à ne pas répondre au message et à ne pas utiliser les coordonnées qu’il contient pour tenter d’obtenir des explications. Il ne faut pas davantage cliquer sur un lien ou ouvrir une pièce jointe supplémentaire éventuellement envoyée par l’expéditeur.

Il faut surtout ne transmettre aucun document d’identité, aucune donnée bancaire et aucun paiement. Une demande de virement, d’achat de cryptomonnaies, de mandat, de cartes prépayées ou de règlement censé faire disparaître une procédure constituerait une confirmation supplémentaire du caractère frauduleux du scénario.

La vérification doit toujours être réalisée indépendamment du message reçu. Il est possible de consulter le site officiel d’Interpol et, en cas de doute sur une éventuelle procédure réelle, de contacter les autorités de police nationales par leurs canaux officiels, et non au moyen d’un numéro de téléphone ou d’une adresse fournis par le courrier suspect.

Interpol dispose également d’un formulaire spécifique permettant de signaler une suspicion de fraude ou d’utilisation abusive de son nom. L’organisation demande notamment aux personnes ayant reçu des messages contenant des coordonnées bancaires ou des instructions de transfert d’argent de les signaler.

Si un paiement a déjà été effectué, la rapidité est essentielle. Il convient d’alerter immédiatement sa banque afin de tenter de bloquer ou rappeler le transfert et de conserver l’ensemble des éléments disponibles : messages, adresses électroniques, coordonnées bancaires, numéros de téléphone, justificatifs de paiement et documents reçus. Un signalement ou une plainte auprès des services de police compétents permettra ensuite de documenter les faits.

L’autorité d’Interpol utilisée contre les victimes

Cette arnaque illustre un paradoxe particulièrement inquiétant : les escrocs utilisent le nom d’une organisation internationale chargée de lutter contre la criminalité pour commettre eux-mêmes une fraude. Plus l’institution usurpée paraît puissante, plus la menace peut sembler crédible.

Le faux document ne cherche finalement pas à résister à une expertise approfondie. Il cherche seulement à survivre aux premières minutes suivant sa réception. Si la peur l’emporte sur la vérification, le fraudeur a déjà obtenu un avantage considérable.

Le meilleur réflexe reste donc de rompre cette mécanique : ne pas répondre, ne rien payer, conserver les preuves et vérifier auprès de sources indépendantes. Un logo Interpol, une signature et le nom d’un véritable responsable ne remplacent jamais une authentification sérieuse.

Sources et références

  • https://www.interpol.int/fr/Ce-que-vous-pouvez-faire/Assurez-votre-securite/Attention-aux-courriels-utilisant-le-nom-d-INTERPOL-a-des-fins-frauduleuses
  • https://www.interpol.int/fr/Contacts/Signaler-une-suspicion-de-fraude-ou-d-abus-du-nom-d-INTERPOL
  • https://www.interpol.int/en/Who-we-are/General-Secretariat/Secretary-General
  • https://www.interpol.int/Who-we-are/Member-countries/National-Central-Bureaus-NCBs
  • https://www.interpol.int/fr/Infractions/Criminalite-financiere/Fraude-par-ingenierie-sociale
  • https://www.interpol.int/fr/Infractions/Criminalite-financiere/Escroquerie-aux-faux-ordres-de-virement
  • https://www.interpol.int/fr/Actualites-et-evenements/Actualites/2026/INTERPOL-report-warns-of-increasingly-sophisticated-global-financial-fraud-threat

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Philippe Miller

Journaliste professionnel, télé et web, carte de presse n°115527, depuis 2010, spécialiste des arnaques financières, des paradis fiscaux et des mafias.

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