À compter du 11 août, la France change profondément les règles du démarchage téléphonique. Le principe s’inverse : les entreprises devront désormais obtenir l’accord préalable des consommateurs avant de les appeler à des fins commerciales.

Une réforme qui met fin au principe du « tout est permis sauf opposition »

Le 11 août marque un tournant dans la lutte contre les appels commerciaux non désirés. Jusqu’à présent, le dispositif reposait principalement sur Bloctel, une liste d’opposition sur laquelle les consommateurs pouvaient inscrire leur numéro pour limiter le démarchage. Dans les faits, ce système était régulièrement critiqué pour son efficacité limitée. De nombreux particuliers continuaient à recevoir des appels commerciaux malgré leur inscription.

Désormais, la logique est totalement inversée. Le démarchage téléphonique devient interdit par principe. Une entreprise ne pourra appeler un particulier à des fins commerciales que dans deux situations précises : si celui-ci a donné son consentement préalable, libre et explicite, ou si l’appel concerne un contrat déjà en cours, par exemple pour proposer une offre complémentaire ou une évolution du service souscrit.

Cette évolution rapproche le démarchage téléphonique des règles déjà applicables dans d’autres domaines de la protection des données personnelles, où le consentement constitue un préalable essentiel.

Des exceptions, mais aussi de nouvelles obligations pour les entreprises

Le nouveau dispositif ne signifie pas la disparition complète des appels commerciaux. Les entreprises conservent la possibilité de contacter leurs clients dans le cadre d’une relation commerciale existante. En revanche, elles devront être capables de prouver qu’un consommateur leur a effectivement donné son accord lorsqu’elles souhaitent prospecter un nouveau client.

Le consentement ne pourra pas être implicite. Il devra résulter d’un acte positif clair, être spécifique, éclairé et pouvoir être retiré à tout moment. Les entreprises devront également conserver les éléments permettant de démontrer que cet accord a bien été recueilli conformément aux exigences réglementaires.

Les horaires autorisés pour les appels commerciaux demeurent également encadrés. Sauf accord explicite du consommateur pour un autre créneau, les appels restent limités aux jours et horaires prévus par la réglementation.

Autre conséquence importante : tout contrat conclu à la suite d’un démarchage effectué en violation des nouvelles règles pourra être considéré comme nul. Cette disposition vise à renforcer l’effectivité de la réforme en rendant les pratiques irrégulières beaucoup plus risquées pour les professionnels.

Une avancée pour les consommateurs… mais pas la fin des arnaques

Pour les consommateurs, cette réforme constitue une protection supplémentaire. Les appels commerciaux légitimes devraient diminuer sensiblement, ce qui pourrait également faciliter l’identification des sollicitations frauduleuses.

Pour autant, cette évolution ne mettra probablement pas fin aux arnaques téléphoniques. Les escroqueries organisées depuis l’étranger ou réalisées à l’aide de techniques d’usurpation de numéro (spoofing) ne respectent déjà pas la réglementation française. Les fraudeurs continueront donc vraisemblablement à appeler leurs victimes potentielles en se faisant passer pour une banque, une administration, un opérateur téléphonique ou un conseiller en investissement.

Les consommateurs devront donc conserver les mêmes réflexes de prudence : ne jamais communiquer de données bancaires par téléphone, ne pas installer un logiciel à la demande d’un interlocuteur inconnu et se méfier des sollicitations promettant des gains rapides ou exigeant une intervention urgente.

Cette réforme pourrait néanmoins produire un effet indirect positif. Si les appels commerciaux licites deviennent beaucoup plus rares, un appel non sollicité apparaîtra davantage comme un signal d’alerte. Les victimes potentielles seront peut-être plus enclines à raccrocher immédiatement lorsqu’elles sont contactées sans avoir donné leur accord.

La disparition de Bloctel ouvre une nouvelle étape

Avec cette réforme, Bloctel disparaît. Son existence devenait moins pertinente dès lors que le principe même du démarchage est inversé : il ne s’agit plus de s’opposer aux appels, mais d’autoriser explicitement les entreprises à contacter les consommateurs.

L’efficacité réelle de ce nouveau dispositif dépendra toutefois de la capacité des autorités à contrôler les professionnels et à sanctionner les contrevenants. Elle reposera également sur la vigilance des consommateurs, qui devront rester attentifs aux cases de consentement proposées lors de leurs achats en ligne ou de leurs inscriptions à différents services.

Pour les acteurs de la lutte contre les escroqueries, cette réforme constitue une évolution importante. Elle ne supprimera pas les fraudes téléphoniques, mais elle pourrait contribuer à réduire le volume des appels commerciaux légitimes, rendant plus visibles les pratiques véritablement abusives et facilitant leur signalement.


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Nicolas Gaiardo

Journaliste spécialisé dans la fraude financière et la protection des consommateurs. Fondateur du site de presse WARNING TRADING.

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