Google a transmis à Warning-Trading plusieurs notifications DMCA demandant le déréférencement de plusieurs de nos enquêtes journalistiques. Une nouvelle illustration de l’utilisation abusive des procédures de retrait automatisées pour tenter de faire disparaître des articles de presse sans passer devant un juge.

Google transmet plusieurs réclamations DMCA contre nos enquêtes

Le 20 juillet 2026, Warning-Trading a reçu plusieurs notifications de Google Search Console l’informant que différentes personnes ou entités avaient déposé des plaintes fondées sur le droit d’auteur afin d’obtenir le retrait de plusieurs de nos contenus des résultats du moteur de recherche Google.

Ces notifications ne résultent pas d’une décision de justice. Elles correspondent à des réclamations unilatérales adressées à Google dans le cadre de son processus automatisé de traitement des notifications DMCA. Google précise d’ailleurs que ces demandes peuvent conduire au retrait des contenus signalés de son moteur de recherche, tout en laissant la possibilité au propriétaire du site de déposer une contre-notification.

Les justifications communiquées sont particulièrement sommaires. Certaines se limitent à quelques lignes comme « Copied our work », d’autres indiquent simplement que l’auteur estime que son œuvre aurait été reproduite sans autorisation. Aucun jugement, aucune expertise contradictoire et aucune motivation juridique détaillée n’accompagnent ces demandes.

Les articles visés par ces demandes de suppression

Les URL concernées par ces notifications sont les suivantes :

L’article consacré à Arcticsas.com présente une analyse des signaux d’alerte relevés concernant cette plateforme, son fonctionnement, les témoignages disponibles et les éléments permettant aux investisseurs de mieux apprécier les risques associés.

L’article consacré à Bronetix.com revient sur des signalements reçus concernant cette plateforme ainsi que sur les méthodes de prospection évoquées, notamment par SMS, et expose les différents éléments ayant conduit à notre analyse.

L’enquête concernant Nonocells.com analyse les informations disponibles sur ce site, les témoignages recueillis, les caractéristiques de son activité ainsi que les risques potentiels identifiés pour les consommateurs.

L’article relatif à Nowwetrade.com détaille les différents éléments ayant conduit Warning-Trading à publier un avis sur cette plateforme, notamment les pratiques commerciales rapportées et les risques susceptibles de concerner les investisseurs.

Enfin, l’article consacré à Mohamed BDJ présente une analyse des signalements reçus ainsi que des pratiques rapportées par différents internautes dans le cadre de notre mission d’information du public.

Une procédure qui ressemble à une procédure-bâillon

Ces notifications s’inscrivent dans un phénomène que nous observons régulièrement depuis plusieurs années. Plutôt que de saisir les juridictions compétentes pour demander la suppression d’un article qu’ils estimeraient diffamatoire, inexact ou portant atteinte à leurs droits, certains individus préfèrent utiliser les procédures mises en place par les intermédiaires techniques comme Google.

Cette stratégie présente plusieurs avantages pour les auteurs des réclamations. Elle permet de contourner le débat judiciaire contradictoire et d’exercer une pression immédiate sur les éditeurs de presse. Les plateformes techniques disposent de procédures largement automatisées qui ne sont pas conçues pour apprécier la légalité d’une enquête journalistique ni arbitrer des questions complexes relatives à la liberté de la presse.

Nous considérons que ce type de démarche s’apparente à une tentative de procédure-bâillon. Une procédure-bâillon consiste à utiliser des mécanismes juridiques ou para-juridiques afin de décourager, ralentir ou faire taire une activité journalistique ou d’information d’intérêt général, sans rechercher nécessairement une décision de justice sur le fond.

Les plateformes techniques ne sont pas des juridictions

Google, comme d’autres fournisseurs de services numériques, reçoit quotidiennement un nombre considérable de notifications juridiques. Le traitement de ces demandes repose en grande partie sur des mécanismes standardisés qui permettent de gérer des volumes très importants de réclamations.

Ce fonctionnement peut être adapté lorsqu’il s’agit de retirer une copie manifestement illicite d’une œuvre protégée. En revanche, il devient beaucoup plus problématique lorsqu’il concerne des enquêtes journalistiques rédigées par des journalistes professionnels, reposant sur un véritable travail d’investigation et participant au débat public.

Une simple affirmation selon laquelle un contenu porterait atteinte au droit d’auteur ne suffit évidemment pas à démontrer qu’une enquête de presse constitue une contrefaçon. Seule une juridiction indépendante est en mesure d’apprécier les faits, d’entendre les parties et de rendre une décision motivée.

Des tentatives qui s’inscrivent dans une campagne plus large

Warning-Trading est un média spécialisé dans la dénonciation des arnaques financières, des escroqueries et des plateformes présentant des risques pour les consommateurs.

Depuis plusieurs années, notre rédaction fait régulièrement l’objet de multiples formes de pressions : menaces, intimidations, insultes, tentatives de chantage, procédures abusives et demandes de suppression adressées à nos différents prestataires techniques.

Nous avons déjà documenté l’ensemble de ces pratiques dans notre enquête consacrée aux menaces et procédures-bâillons dont notre rédaction est régulièrement victime :

La vengeance des escrocs

Ces pressions ne sont pas uniquement théoriques. Notre site a déjà été rendu inaccessible pendant plusieurs jours à la suite de procédures de ce type visant nos fournisseurs techniques. Nous avons relaté cet épisode dans l’article suivant :

Rétablissement de notre chaîne Youtube grâce à Twitter

Ces nouvelles notifications DMCA illustrent une fois encore les difficultés rencontrées par les médias spécialisés lorsqu’ils publient des enquêtes susceptibles de déranger certains acteurs. Plutôt que de contester nos publications devant les juridictions compétentes, certains choisissent de solliciter directement les intermédiaires techniques afin d’obtenir un déréférencement rapide de nos contenus. Cette stratégie ne remet pas seulement en cause nos enquêtes : elle soulève également des questions essentielles concernant la protection de la liberté de la presse face aux procédures de retrait automatisées.

Philippe Miller

Journaliste professionnel, télé et web, carte de presse n°115527, depuis 2010, spécialiste des arnaques financières, des paradis fiscaux et des mafias.

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