Sanction de l’AMF, condamnation à rembourser une investisseuse et sociétés en difficulté : l’écosystème Mozaik Capital accumule les signaux d’alerte.

Des rendements attractifs, un « Business Club », des investissements immobiliers et une structure luxembourgeoise : sur le papier, l’univers Mozaik Capital pouvait présenter tous les attributs d’un placement sophistiqué. Plusieurs années plus tard, le tableau apparaît beaucoup plus préoccupant. Des investisseurs disent ne plus percevoir les sommes attendues et certains cherchent désormais à récupérer leur capital.

Les éléments que nous avons consultés ne permettent pas d’affirmer que l’ensemble de l’offre Mozaik Capital constitue juridiquement une escroquerie. En revanche, plusieurs faits objectifs imposent une grande prudence : l’Autorité des marchés financiers a sanctionné un intermédiaire ayant commercialisé Mozaik Red 2025 pour la qualité des informations fournies aux investisseurs ; une cour d’appel a condamné Mozaik Capital Partners à verser 350 000 euros à une souscriptrice ; et une société française appartenant au même environnement capitalistique, PINK, a été placée en liquidation judiciaire en juillet 2026.

Mozaik Red 2025 : l’AMF avait identifié des informations problématiques

L’un des éléments les plus importants du dossier remonte au 24 octobre 2022. Ce jour-là, la Commission des sanctions de l’AMF rend une décision visant Salzillo Finance et son dirigeant Jean Salzillo. Salzillo Finance avait notamment commercialisé, entre 2017 et 2020, l’offre Mozaik Red 2025. Celle-ci correspondait à la souscription d’obligations émises par la société luxembourgeoise Mutual Colors afin, selon la présentation du produit, de financer la création de la holding Red Capital et des investissements immobiliers.

La décision de l’AMF est particulièrement instructive. Le régulateur constate que la documentation du produit faisait référence à des investissements réalisés en partenariat avec la Caisse des dépôts et consignations. Or, interrogée lors du contrôle, la Caisse des dépôts avait indiqué n’avoir aucun lien avec Mutual Colors, Mutual Colors Capital Partners, Red ou Red Estate Development. L’AMF relève également que la fiche produit évoquait un taux présenté comme garanti et une garantie du capital à échéance, tout en ne mentionnant pas les risques liés à l’investissement.

La Commission a donc retenu que Salzillo Finance n’avait pas communiqué une information « exacte, claire et non trompeuse » dans la fiche produit et le prospectus de Mozaik Red 2025. L’AMF indique par ailleurs que Salzillo Finance percevait une commission correspondant à 7 % des montants souscrits et faisait adhérer des clients au Mozaik Business Club afin qu’ils puissent souscrire aux obligations.

La sanction ne vise toutefois pas directement Mozaik Capital Partners pour ces manquements : elle concerne Salzillo Finance et Jean Salzillo. L’AMF leur a respectivement infligé des sanctions pécuniaires de 20 000 et 80 000 euros, assorties pour chacun d’une interdiction d’exercer l’activité de conseiller en investissements financiers pendant trois ans.

500 000 euros investis : une affaire judiciaire particulièrement révélatrice

Un autre dossier éclaire les difficultés rencontrées par certains investisseurs. Dans un arrêt du 11 juin 2024, la cour d’appel de Reims s’est penchée sur le cas d’une épargnante ayant investi pas moins de 500 000 euros en juillet 2018 dans des obligations baptisées « Mozaik Red eco suffisance 1 », émises par Mutual Colors Capital Partners, devenue depuis Mozaik Capital Partners.

Selon l’arrêt, l’investissement était présenté comme un emprunt obligataire de huit millions d’euros, d’une durée de huit ans, composé d’obligations nominatives de 1 000 euros et assorti d’un intérêt annuel de 7,5 %. L’investisseuse ayant ensuite exprimé ses inquiétudes sur le produit, le dirigeant du groupe lui avait écrit en juillet 2022 pour confirmer l’annulation de son contrat. Mais le remboursement attendu n’est pas intervenu dans les conditions annoncées.

L’affaire est finalement arrivée devant la cour d’appel. Celle-ci a estimé que l’annulation avait bien été acceptée et que la créance de restitution était certaine, liquide et exigible. Après prise en compte des coupons déjà versés, les magistrats ont condamné Mozaik Capital Partners à payer à l’investisseuse une provision de 350 000 euros, ainsi que 1 000 euros au titre des frais de procédure.

Cette décision ne signifie pas que tous les investisseurs Mozaik disposent automatiquement d’une créance identique. Les circonstances de ce dossier sont particulières, notamment parce que la société avait accepté par écrit l’annulation du contrat. Mais l’arrêt démontre qu’un litige important concernant le remboursement d’un placement Mozaik a déjà donné lieu à une condamnation judiciaire.

Des témoignages d’épargnants qui ne touchent plus leurs intérêts

À cela s’ajoutent des témoignages publics. Sur le forum Droit-Finances, une internaute expliquait avoir réalisé plusieurs placements par l’intermédiaire d’un conseiller financier indépendant et constatait que deux placements ne lui versaient plus les sommes attendues. Elle précisait ensuite qu’il s’agissait de « Mosaic Business Club » et de Mutual Colors au Luxembourg. Elle indiquait avoir envoyé plusieurs courriers et messages sans obtenir de réponse satisfaisante.

Un témoignage publié sur un forum ne constitue évidemment ni une décision de justice ni la preuve d’une fraude. Il mérite cependant d’être rapproché des difficultés judiciaires documentées par ailleurs. Dans le cas de cette épargnante, les placements auraient notamment dû générer des intérêts avant le remboursement ultérieur du capital. Elle écrit craindre de voir disparaître ses économies.

Cette situation illustre surtout un problème récurrent dans les investissements atypiques : pendant plusieurs années, le versement régulier d’un coupon peut rassurer le souscripteur. Il ne démontre pourtant pas, à lui seul, la capacité de l’émetteur à rembourser le capital à l’échéance. La solvabilité de la société émettrice et la réalité économique des actifs financés restent déterminantes.

Mutual Colors Capital Partners est devenue Mozaik Capital Partners

Les changements de dénomination compliquent encore la compréhension du dossier. Les statuts luxembourgeois permettent d’établir que Mozaik Capital Partners SA, immatriculée au Luxembourg sous le numéro B199665, était auparavant dénommée Mutual Colors Capital Partners. La modification apparaît dans les statuts coordonnés au 10 novembre 2023. Son siège y est indiqué au 33 rue Gabriel Lippmann, L-5365 Munsbach. :contentReference[oaicite:9]{index=9}

Les comptes disponibles pour l’exercice 2020 donnent également une idée de la structure financière de l’émetteur à cette époque. Mutual Colors Capital Partners affichait alors environ 8,23 millions d’euros de total de bilan, mais seulement 110 597 euros de capitaux propres. Les dettes atteignaient environ 8,06 millions d’euros et l’exercice 2020 faisait apparaître une perte de 700 849 euros. Ces chiffres sont anciens et ne permettent donc pas, seuls, de décrire la situation financière actuelle de Mozaik Capital Partners, mais ils constituent un élément historique important.

Les statuts précisent par ailleurs que la société dispose d’un capital social de 31 000 euros et peut notamment émettre des obligations par voie de placement privé.

Autour de Mozaik, un réseau de sociétés liées

L’environnement sociétaire mérite lui aussi l’attention. Les documents consultés font apparaître plusieurs noms récurrents : Mutual Colors, Colors Capital Companies, Mozaik Capital Partners, Mutual Colors Financial Advisor ou encore PINK. Les cartographies d’entreprises montrent notamment des liens autour d’Arnaud Daury et de différentes sociétés de cet ensemble.

Schéma du réseau de recrutement d'Arnaud Daury avec plusieurs entités et liens visibles

Cartopgrahie de l’entreprise.

La société française PINK est particulièrement intéressante. Créée en 2021 sous la dénomination BROWN, elle avait pour associé unique Mutual Colors, qui lui avait apporté 150 000 euros de capital. En mai 2022, BROWN est devenue PINK et son objet social a été élargi, notamment au conseil en stratégie, à la gestion, à la finance, au conseil en investissement financier et aux opérations liées au patrimoine.Or la situation de PINK s’est brutalement détériorée. Un redressement judiciaire a été ouvert le 12 mai 2026, avec une date de cessation des paiements fixée au 3 avril 2025. Depuis, la situation s’est encore aggravée : le tribunal des activités économiques de Versailles a prononcé sa liquidation judiciaire le 7 juillet 2026.

Ce dernier événement est postérieur aux documents initialement publiés en juin 2026, qui ne faisaient encore apparaître que le redressement judiciaire. Il constitue donc une évolution importante du dossier. Les bases d’entreprises indiquent par ailleurs que Mutual Colors demeure le président de PINK et identifient Arnaud Daury comme bénéficiaire effectif indirect.

Arnaque Mozaik Capital ? Ce que l’on peut réellement affirmer

Employer le mot « arnaque » exige de la prudence. Une condamnation civile au remboursement n’est pas une condamnation pénale pour escroquerie. De même, la sanction prononcée par l’AMF concernait l’intermédiaire Salzillo Finance et son dirigeant, et non une condamnation pénale de Mozaik Capital Partners.

Il existe néanmoins suffisamment d’éléments pour justifier une vigilance élevée. L’information remise lors de la commercialisation de Mozaik Red 2025 a fait l’objet de constats sévères de l’AMF ; la référence à la Caisse des dépôts relevée dans la documentation a été contredite par celle-ci ; les risques n’étaient pas correctement exposés selon le régulateur ; et une investisseuse ayant placé 500 000 euros a dû engager une procédure judiciaire ayant abouti à la condamnation de Mozaik Capital Partners au paiement provisionnel de 350 000 euros.

À cela s’ajoutent désormais les difficultés financières de PINK, société appartenant à l’environnement Mutual Colors. Ces faits ne suffisent pas à fusionner juridiquement toutes ces sociétés ni à attribuer à chacune les actes des autres. Ils montrent en revanche pourquoi les investisseurs concernés ont intérêt à identifier très précisément l’émetteur figurant sur leur bulletin de souscription, la nature des obligations détenues, l’intermédiaire qui les a conseillés et les engagements contractuels de remboursement.

Courrier signé par un utilisateur rapportant l'absence de versements d'intérêts de la part de Mozaïk Business Club depuis 2024.

Extrait d’un forum.

Pour les personnes qui ne perçoivent plus leurs coupons ou dont le capital n’est pas restitué, les documents contractuels et les échanges écrits peuvent devenir déterminants. L’arrêt de Reims en fournit une illustration particulièrement claire : ce sont notamment les écrits par lesquels la société avait accepté l’annulation et annoncé un remboursement qui ont permis à l’investisseuse d’obtenir une condamnation provisionnelle.

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Philippe Miller

Journaliste professionnel, télé et web, carte de presse n°115527, depuis 2010, spécialiste des arnaques financières, des paradis fiscaux et des mafias.

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